Pour une vision plus large et moins égoïste de la santé publique

«Les pays occidentaux interviennent quand les problèmes sont chez eux, mais ils sont égoïstes et négligents quand les problèmes sont localisés dans les pays en développement», écrit l'auteur.
Photo: Kathy Willens Associated Press «Les pays occidentaux interviennent quand les problèmes sont chez eux, mais ils sont égoïstes et négligents quand les problèmes sont localisés dans les pays en développement», écrit l'auteur.

Selon un décompte récent, le virus de la COVID a causé 1,8 million de décès à l’échelle mondiale. Est-ce que ce nombre de décès est exceptionnel, quand on le compare à d’autres enjeux de santé publique ?

La pollution de l’air cause 6 ou 7 millions de décès par année, selon le Programme des Nations unies sur l’environnement (2019). Ce bilan ne tient pas compte du changement climatique, qui augmente l’intensité et la fréquence des inondations, ouragans, tornades, vagues de chaleur, sécheresses, feux de brousse et feux de forêt. À moyen terme, le nombre annuel de victimes se calculera en millions d’habitants.

Voici d’autres statistiques annuelles de santé publique :

– Tuberculose : 1,4 million de morts et 10 millions de cas en 2019, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

– Malaria : 409 000 de morts et 229 millions de cas en 2019 (OMS).

– Sida : 690 000 de décès en 2019 et 38 millions de personnes vivant avec le sida (OMS).

– Accidents de la route : 1,3 million de morts et de 20 à 50 millions de blessés par année (OMS). Environ 7 % de ces morts surviennent dans les pays riches.

– Grippe due au virus de l’influenza : depuis plusieurs années, entre 291 000 et 646 000 décès par année (US Center for Disease Control).

– Morsures de serpents : par année, 138 000 morts et 400 000 autres victimes avec un handicap permanent (National Geographic, déc. 2020).

Ce bilan ne vise pas à critiquer les efforts de contrôle de la COVID. Il sert plutôt à rappeler deux réalités : premièrement, chaque année depuis longtemps, des pays en développement connaissent des crises de santé publique aussi graves que celle de la COVID ; deuxièmement, les pays occidentaux interviennent quand les problèmes sont chez eux, mais ils sont égoïstes et négligents quand les problèmes sont localisés dans les pays en développement.

Le développement des vaccins le confirme à nouveau. Comme la COVID touche beaucoup les pays occidentaux, quatre vaccins différents ont été développés avec succès en moins d’une année. Pour les autres enjeux mentionnés précédemment, le développement de vaccins, de traitements ou de solutions exige des décennies. Pourquoi ? Parce que la très grande majorité des victimes vivent dans les pays pauvres. C’est évident pour la pollution, les accidents de la route, le changement climatique, la tuberculose, les morsures de serpent et la malaria (94 % des décès survenant en Afrique).

Pour l’avenir proche, l’OMS établit une autre priorité, celle des infections résistantes aux antibiotiques. Comme les pays occidentaux surutilisent les antibiotiques, les microbes « s’adaptent » et deviennent résistants. C’est pour cela que la tuberculose est devenue si meurtrière. Sans changement des pratiques, la situation va empirer.

Dans quelques mois, ce sera la fin de la pandémie. Il ne faudra surtout pas revenir à nos vieilles habitudes. Il faudra continuer la mobilisation contre les menaces collectives, surtout le changement climatique qui aggravera tous les problèmes de santé publique.

Heureusement, il existe des interventions qui réduisent simultanément plusieurs menaces. Par exemple, réduire la consommation de viande, qui est responsable de nombreux problèmes de santé et d’environ 20 % du changement climatique. Et la surproduction de viande est la principale cause des infections résistantes aux antibiotiques, car les producteurs donnent abondamment des antibiotiques à leur cheptel pour augmenter la productivité.

Pour atténuer le changement climatique, il faudra aussi diminuer beaucoup l’utilisation du charbon et du pétrole. Cela réduira la pollution de l’air. Dans les transports, une baisse de l’usage du pétrole et de l’automobile réduira les accidents de la route.

Les pays occidentaux doivent prendre le leadership de la baisse des émissions de gaz à effet de serre ; ce sont eux qui, par leurs émissions historiques, ont causé le changement climatique alors que les pays pauvres en sont et en seront surtout victimes. Les pays occidentaux devront aussi développer des vaccins et des médicaments adaptés aux besoins des pays en développement.

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