Pourquoi nous avons passé Noël dans le Sud

«Lors de notre séjour dans le Sud, nous étions probablement plus en sécurité là-bas qu’ici», écrit l'auteur.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Lors de notre séjour dans le Sud, nous étions probablement plus en sécurité là-bas qu’ici», écrit l'auteur.

La première raison qui nous a poussés à partir dans le Sud est purement financière. La Presse titrait récemment qu’Air Transat était au bord du gouffre et que sa survie était incertaine. Comme nous avions un crédit-voyage de plus de 5000 $ de cette compagnie, la perspective de perdre cette somme advenant une faillite était un risque que nous ne voulions tout simplement pas prendre. Il faut souligner ici que nous avions entamé une procédure pour être remboursé, mais à part un accusé de réception, nous n’avions toujours pas de nouvelle plus de six mois plus tard. Si les gouvernements avaient forcé les compagnies aériennes à rembourser leurs clients dans des délais raisonnables, comme ils l’ont promis, nous ne serions jamais partis…

Ensuite, quand le gouvernement Legault a décidé que les rassemblements ne seraient finalement plus permis durant les Fêtes et que les enfants allaient faire la classe à distance dans la première semaine de janvier, la quarantaine de 14 jours exigée au retour d’un voyage paraissait être un moindre mal. Être isolé en bulle familiale au Québec ou dans le Sud, le choix pour nous devenait évident.

Avant de prendre notre décision, nous avons également tenté d’évaluer l’impact potentiel d’un voyage dans le Sud sur la propagation de la maladie au Québec. Allions-nous devenir des vecteurs de transmission et contribuer à engorger notre système de santé déjà fragile ?

Les données que nous avons consultées semblaient indiquer que cette probabilité était mince. En effet, dans le cadre d’un projet pilote mené en Alberta, seulement 1,4 % des voyageurs entrés au Canada après un séjour à l’étranger étaient déclarés positifs au coronavirus lors de leur arrivée à l’aéroport. Or, 100 % des voyageurs canadiens sont placés en quarantaine à leur retour au pays. Aussi, lorsque nous avons comparé le Canada et les principales destinations des Caraïbes quant au nombre de cas déclarés par jour par 100 000 habitants, nous avons constaté que la maladie était plus active au Canada qu’au Mexique et à Cuba et à peu près autant qu’en République dominicaine. Autrement dit, il nous a semblé que nous avions plus de chance de transmettre la maladie aux habitants des Caraïbes que de l’attraper là-bas ! C’est d’ailleurs ce constat qui a poussé le gouvernement cubain à imposer un test négatif aux voyageurs qui voudront entrer dans l’île à partir du 10 janvier prochain.

Comme tout le monde le sait, le Québec est le cancre du Canada en matière de propagation du virus. Lors de notre séjour dans le Sud, nous étions probablement plus en sécurité là-bas qu’ici. Ainsi, les craintes de nos travailleurs de la santé de voir « des gens bronzés venir se faire soigner à l’urgence » doivent être mises en perspective.

Surtout que le plus grand problème de santé publique au Québec, comme partout en Occident, celui qui met réellement notre système de santé en danger demeure notre mode de vie sédentaire, la malbouffe, l’obésité et toutes les maladies chroniques qui en découlent. D’ailleurs, les personnes qui se retrouvent à l’urgence en raison de la COVID-19 sont souvent celles qui souffrent des maladies chroniques liées à ce mode de vie malsain. Au lieu de dénoncer les Québécois qui vont dans le Sud, il faudrait parler des vrais problèmes.

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