L’Union européenne et l’avenir de l’anglais

«Un important rééquilibrage entre les langues dans l’Union européenne serait bienvenu après ce Brexit», estime l'auteur.
Photo: Kenzo Tribouillard Agence France-Presse «Un important rééquilibrage entre les langues dans l’Union européenne serait bienvenu après ce Brexit», estime l'auteur.

Pourquoi l’Europe inféode-t-elle ses langues à celle du Royaume-Uni qui la quitte ? Maintenant qu’il ne figure plus parmi les langues officielles de l’Union européenne (UE), l’anglais ne devrait-il pas leur céder la place en Europe ?

La diversité et le multilinguisme définissent le projet originel de l’UE. Le Royaume-Uni était son seul membre à avoir choisi l’anglais comme langue officielle. Fidèle à sa culture, l’Irlande avait choisi le gaélique irlandais, et Malte, le maltais. Après le Brexit, l’anglais passe donc de la 3e à la 17e position sur le plan linguistique en Europe. Ce grand tournant européen pourrait-il être l’occasion d’un retour à l’usage du multilinguisme au sein des institutions européennes ?

Il pourrait paraître étrange que, malgré le Brexit, la langue anglaise conserve sa prépondérance au sein de l’Union européenne. Les données des services linguistiques de l’administration européenne montrent que la grande majorité des documents du Conseil, de la Commission et des textes parlementaires sont rédigés premièrement en langue anglaise. Le terrain est propice pour nourrir certaines inquiétudes à l’égard de l’avenir des langues européennes dans le monde quand on en voit une autre utilisée comme lien commun sur le continent où est né Molière. C’est un peu comme adopter le dollar américain en tant que monnaie d’échange en Europe. Il y a là une perte de souveraineté et un désaveu des cultures du Vieux Continent.

Utiliser plusieurs langues dans les communications officielles ne pourrait que les renforcer en Europe. Actuellement, les documents sont souvent produits en anglais, puis retraduits dans les autres langues de l’Union quand ils arrivent à destination. C’est une source de gaspillage de fonds et d’accumulation d’imprécisions linguistiques dans ces textes. Des mots et des figures de style intraduisibles peuvent être massacrés avant de se rendre au lecteur final. Beaucoup dénoncent le « globish » résultant de l’utilisation d’une langue étrangère mal maîtrisée dans les communications internes de l’Union.

Que de nombreux Européens aient l’anglais comme deuxième langue n’est pas une bonne raison pour lui conserver son rôle dominant en Europe. Ce pourrait d’ailleurs n’être qu’un phénomène passager qui risquerait de devoir être corrigé dans quelques décennies. Selon plusieurs, le Chinois pourrait bien devenir la langue dominante du commerce et des affaires au cours de ce siècle. L’Europe serait-elle prête à utiliser le chinois dans ses communications au détriment de ses propres langues si cela se produit ? C’est pourtant ce genre de logique qui semble actuellement excuser l’emploi de l’anglais dans l’Union européenne. Ne serait-il pas plus normal de voir le Parlement européen promouvoir les langues de sa population plutôt que de continuer à les soumettre à la langue d’un pays qui le quitte ?

Dernier point, et non le moindre vu de l’étranger, l’Europe, qui dilapide actuellement son capital linguistique, donne le mauvais exemple aux francophones du monde entier qui se battent pour conserver leur culture. Si les Européens ne tiennent plus au français, cela pourrait rendre plus difficile pour les francophones des pays où ils se font actuellement assimiler de le conserver. L’Europe veut être l’un des grands acteurs de la scène mondiale. Ne doit-elle pas être en mesure de donner l’exemple en ce qui concerne l’utilisation de ses langues dans ses communications ? Un important rééquilibrage entre les langues dans l’Union européenne serait bienvenu après ce Brexit.

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