​Point de vue: Noël, fête astronomique

Avec le recul, il semble tout à fait approprié de célébrer Noël durant la période du solstice d’hiver. La victoire de la lumière, célébrée sous diverses formes par de nombreux peuples, des Maoris de la Nouvelle-Zélande aux Micmacs des provinces atlantiques, replace Noël dans une tradition plusieurs fois millénaire.
Photo: Friso Gentsch Agence France-Presse Avec le recul, il semble tout à fait approprié de célébrer Noël durant la période du solstice d’hiver. La victoire de la lumière, célébrée sous diverses formes par de nombreux peuples, des Maoris de la Nouvelle-Zélande aux Micmacs des provinces atlantiques, replace Noël dans une tradition plusieurs fois millénaire.

Le sapin, un arbre qui reste vert toute l’année, est décoré de boules, de guirlandes et de lumières scintillantes, une étoile trônant au sommet. Au pied de l’arbre, des cadeaux s’entassent en vue des réunions familiales, quoique cette année les Fêtes seront moins courues que d’habitude, pandémie oblige.

On nous rappelle d’être bienveillants et généreux envers celles et ceux qui ont moins de chance que nous. Partout à l’extérieur, des décorations multicolores nous rappellent l’importance de la lumière au cœur de la nuit. Tout cela pour la fête de Noël, bien sûr, qui marque la naissance de Jésus.

Mais pour peu que l’on considère Jésus comme un personnage historique, il est à peu près certain qu’il n’est pas né un 25 décembre, ni même il y a 2020 ans cette année. Dans son compte rendu de la Nativité, l’évangéliste Luc raconte que des bergers apprennent la naissance de l’enfant alors qu’ilspassent la nuit aux champs pour garder leurs troupeaux. Or, à cette époque, cela ne se produisait qu’au moment de l’agnelage, au printemps, quand les brebis s’apprêtent à mettre bas.

Pour ce qui est de l’année de naissance de Jésus, notre calendrier actuel est basé sur les calculs du moine-historien Dionysius Exiguus (Denis le Petit, littéralement !), qui a vécu au VIe siècle de notre ère. Une révision de ses calculs montre qu’il s’est trompé d’au moins quatre années et que la naissance de Jésus aurait plutôt eu lieu en l’an 4 avant notre ère. Nous nous apprêtons donc peut-être à entrer dans l’année 2025, et non pas 2021 !

Quoi qu’il en soit, on peut se demander quel est le lien entre nos traditions de Noël et la naissance de l’Enfant Jésus. Après tout, il n’y a pas beaucoup de sapins en Palestine… Le fait est que les racines de la fête de Noël plongent dans des rites plurimillénaires qui datent de bien avant la naissance de Jésus et qui ont été célébrés partout dans le monde autour du solstice d’hiver, la journée la plus courte de l’année. Noël, fête astronomique, vraiment ?

Solstice

Les célébrations du solstice étaient importantes et populaires pour les peuples anciens, et certaines de leurs traditions ont survécu jusqu’à nous. Ainsi, notre fête moderne de Noël tire son origine d’une fête païenne célébrée par les Romains le jour du solstice d’hiver, il y a plus de 2000 ans.

Dans le calendrier romain, le solstice se produisait alors le 25 décembre et l’on célébrait ce jour-là le Deus Sol Invictus, le dieu Soleil invaincu. Après de nombreuses réformes du calendrier, le solstice a été ramené vers le 21 décembre, mais la date du 25 décembre pour la fête du Soleil était devenue trop familière pour que l’on songe à la déplacer dans le calendrier. Le 25 décembre est donc resté.

À la fin du IVe siècle de notre ère, sous le règne de l’empereur Théodose, le christianisme devint la religion d’État de l’Empire romain. On entreprit alors de « christianiser » les nombreuses fêtes païennes, mais, conscients de l’importance des manifestations traditionnelles de la fête du solstice pour le peuple romain, on décida de convertir la fête du solstice en une célébration de la naissance de Jésus. C’est ainsi que la convention a finalement établi la fête de Noël le 25 décembre, jour traditionnel de la célébration du solstice d’hiver.

De nombreuses traditions associées à Noël nous viennent directement des Romains. Dès le début, Noël a été associé au Soleil invaincu et donc au retour de la lumière. Les Romains avaient coutume d’allumer des lampes en guise de porte-bonheur et nous faisons écho à ce geste lorsque nous allumons des bougies et décorons nos maisons avec des ampoules électriques multicolores.

Les Romains ornaient également leurs portes de branches de laurier, une plante qui restait verte tout au long de l’année, afin de célébrer la permanence de la vie au cœur même de l’hiver. Même la coutume d’échanger des cadeaux et de faire l’aumône nous vient des Romains, qui donnaient à leur famille, aux amis et aux pauvres des denrées et des objets profanes ou sacrés. À Rome et dans l’Empire, le jour du solstice était férié et sacré : nul ne pouvait commercer et tous les combattants devaient respecter une trêve.

Au solstice d’hiver, les Germains du nord de l’Europe avaient coutume d’allumer des bûchers au sommet des collines afin de nourrir le Soleil, ce qui est à l’origine de la traditionnelle bûche de Noël. Les Germains décoraient également des conifères, les décorations rappelant les fruits que l’été allait ramener en abondance. Ce sont eux qui nous ont légué le sapin de Noël, une tradition popularisée au XIXe siècle par la reine Victoria et le prince Albert.

Avec le recul, il semble tout à fait approprié de célébrer Noël durant la période du solstice d’hiver. La victoire de la lumière, célébrée sous diverses formes par de nombreux peuples, des Maoris de la Nouvelle-Zélande aux Micmacs des provinces atlantiques, replace Noël dans une tradition plusieurs fois millénaire. Le solstice marque la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle étape. N’en va-t-il pas de même pour les fêtes de fin d’année ? À tous et à toutes, joyeux Noël et bonne et heureuse année 2021 !

À voir en vidéo

9 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 24 décembre 2020 01 h 53

    Et dire que pendant des siècles les gens se sont entretués à cause des religions basées sur des mythes!!

    Merci infiniment, monsieur Pierre Chastenay, pour cette leçon inestimable de l'origine de Noël.
    Effectivement les origines de ces festivités remontent à la célébration païenne de la Soltice.
    En effet, en 2004, le journaliste du Globe & Mail, Tom Harpur, à écrit un livre intitulé: «Le Christ païen» dont il explique les anciennes racines égyptiennes du christianisme, le vrai sens de la Bible, la clé pour savoir si Jésus a vraiment existé, et le besoin de comprendre le mythe et l'allégorie.
    Il s'oppose directement aux enseignements étroits et littéralistes des églises chrétiennes traditionnelles. Selon l'auteur, les travaux d'un certain nombre d'érudits ont prouvé hors de tout doute que la figure historique et les événements de la vie de Jésus-Christ sont en fait un amalgame d'anciens mythes sacrés, principalement d'origine égyptienne.
    Harpur soutient que les histoires contenues dans les Évangiles, comme les textes sources et les rituels égyptiens sur lesquels ils sont basés, n'étaient pas censées être comprises littéralement, mais plutôt comme des vérités allégoriques.

    • Léonce Naud - Abonné 24 décembre 2020 12 h 54

      Les religions: relier d'abord, exterminer ensuite. Comme le mot «religion» l'indique (du latin religare), il s'agit de lier solidement entre elles un certain nombre de personnes au moyen d’une croyance commune, ce qui leur procure unité, cohésion et augmente prodigieusement leur force de frappe. Par la suite, cette unité merveilleuse sert à massacrer l'entourage demeuré mécréant avec ardeur et en toute bonne foi, question d'étendre sans cesse le domaine du «vrai» dieu, et donc celui de ses croyants. Comme l'a observé le stratège Chinois Sun Tze: «Les guerres se gagnent dans les temples quarante ans avant de se gagner sur les champs de bataille.» Là-dessus, un livre essentiel: «La cité antique», par Fustel de Coulanges.

    • Réjean Martin - Abonné 24 décembre 2020 13 h 26

      au fond, les religions, c'est du complotisme avant la lettre, n'est-ce pas ?

    • Christian Roy - Abonné 24 décembre 2020 13 h 42

      Il est urgent de vulgariser une exégèse des textes bibliques qui soit ouverte et multiple. Encore faut-il avoir cette capacité de saisir les textes à des niveaux où logent différentes "vérités".

      C'est avec une curiosité et une ouverture d'esprit sans cesse renouvelées que doit se faire la lecture de tout texte "sacré" qui, au fond, sont de magnifiques oeuvres d'art aux résonnances infinies.

  • Serge Pelletier - Abonné 24 décembre 2020 05 h 16

    Bravo pour votre texte.

    Bravo pour votre texte. Excellent résumé. Espérons que les bien-pensants qui n'arrêtent pas de crier que "c'est une fête chrétienne", et que cela est disriminatoire envers les tenants des diverses religions "allumerons" à la lecture de votre texte... Et plus particulièrement ceux d'une "certaine religion" postérieure découlant d'un amalgame des pratiques et croyances de la chrétienté et du juiveté.

    Oups, ne pas oublier que l'Empire Romain d'Occident à fait, en grande partie, sien et ajouter les coutumes et dieux de la Grèce et des "barbares" conquis, et que cette même Grèce avait elle aussi fait antérieurement la même pratique...

    • Christian Roy - Abonné 24 décembre 2020 13 h 27

      L'appropriation culturelle est donc une tradition ancestrale.

  • Pierre Fortin - Abonné 24 décembre 2020 11 h 11

    Je ne vous savais pas aussi historien


    Merci Monsieur Chastenay pour ces rappels historiques qui ont la vertu de nous montrer à quel point notre imaginaire collectif se transforme en agrégeant toutes sortes de croyances de cultures diverses.

    Mais vous avez oublié cette autre invention de Noël qui s'est incrustée dans la culture depuis bientôt cent ans : c'est Coca-Cola et l’illustrateur Haddon Sundblom qui nous ont façonné et vendu ce Père Noël mythique, joufflu et tout rougeaud qui fait rêver les enfants.

    N'y avez-vous vraiment jamais cru ?

  • Sylvain Auclair - Abonné 24 décembre 2020 13 h 38

    Erreur de calendrier

    Si Jésus était né à la date qu'on suppose, ce serait demain son 2019e anniversaire, pas son 2020e. Il serait né le 25 décembre 1, pas le 25 décembre de l'an 1 avant lui-même... Il n'y a pas eu d'année zéro.

  • François Beaulé - Inscrit 25 décembre 2020 07 h 42

    Fête de Noël et fête du solstice

    M. Chastenay explique bien la christianisation de la fête du solstice d'hiver de l'hémisphère nord. Il faudrait savoir si les peuples de l'hémisphère austral fêtaient ou fêtent encore leur solstice d'hiver six mois avant ou après.

    La fête de Noël a donc une longue histoire dans notre civilisation. Elle a traversé des millénaires. Mais elle a perdu son sens pour un nombre important d'Occidentaux depuis quelques décennies. Ces gens n'aiment pas noël, ils sont tristes et bougons et ont hâte que cela finisse. En abandonnant la religion chrétienne, notre société matérialiste a créé un vide que les cadeaux ne comblent pas.

    Cela montre la grande importance des croyances, des rites et des célébrations pour cultiver l'unité d'un peuple et la joie commune. Joyeux Noël... à ceux pour qui cette fête a encore un sens !