​Diversité ou discrimination? le cas universel de McGill

«(...) les débats autour des grands principes qu’articule la politique de McGill peuvent sembler être le fait de quelques intellectuels et étudiants isolés dans leur tour d’ivoire», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir «(...) les débats autour des grands principes qu’articule la politique de McGill peuvent sembler être le fait de quelques intellectuels et étudiants isolés dans leur tour d’ivoire», écrit l'auteur.

Dans une lettre récemment publiée dans The Gazette, Samuel Veissière, Julius Grey et d’autres professeurs de l’Université McGill ont dénoncé, avec raison, le climat de censure, de diffamation, de peur et d’érosion de la liberté d’enseignement qui vont grandissant dans cette université.

Ils y faisaient entre autres référence, sans la nommer, à la culture dite woke(éveillé, c’est-à-dire conscient des injustices envers les minorités, selon la définition qu’en fait Le Monde), ainsi qu’à l’activisme d’idéologues radicaux qui causent tant de dommage sur les campus américains, et maintenant chez nous. La réponse de l’Université n’a pas tardé.

La journée même, tout le corps professoral recevait un message de la direction rappelant l’importance à la fois de la liberté d’enseignement et celle de respecter l’équité ainsi que la dignité des personnes, précisant au passage, comme il se doit, que l’équité et l’intégration n’ont pas préséance sur la liberté d’enseignement, ou inversement.

Difficile de s’opposer à une telle politique : elle mise sur l’équité, la diversité et la justice, tout en protégeant la liberté d’enseignement, préservant de ce fait la mission première des universités, soit l’avancement des connaissances et plus largement la recherche de la vérité, même lorsque cette vérité peut déplaire.

Une telle position est en fait si élégante de par sa simplicité et peut paraître si évidente, qu’il est difficile de s’imaginer qu’il puisse y avoir opposition entre les grands principes qu’elle met en avant. Difficile aussi de voir comment des concepts aussi importants en démocratie, soit l’équité et la diversité, peuvent même faire obstacle à la liberté d’enseignement et à la liberté d’expression.

Tour d’ivoire ?

Ainsi, pour la majorité des Québécois, ceux qui se lèvent chaque matin pour se rendre au travail, ceux qui ont peut-être perdu leur travail, ceux qui se démènent pour subvenir à leurs besoins, ceux aussi qui veulent accéder à l’université pour ouvrir leurs horizons et développer des compétences qui les aideront à se trouver un emploi, les débats autour des grands principes qu’articule la politique de McGill peuvent sembler être le fait de quelques intellectuels et étudiants isolés dans leur tour d’ivoire.

Mais il n’en est rien, car bien que cette politique puisse sembler irréprochable, il ne s’agit là que de théorie ; dans la pratique, la réalité est tout autre, car sous cette supposée diversité, celle-là même qui semble s’opposer à la liberté d’enseignement comme le souligne Julius Grey, se cachent haine, racisme et discrimination. C’est ici que le tout a un impact bien réel sur tous les Québécois.

Chaque année, entre décembre et février, et ce, dans toutes les universités canadiennes, les professeurs étudient les demandes d’admission soumises par des milliers de candidats. Dans nos programmes de psychologie du counselling à McGill, le but est de sélectionner les meilleurs candidats, puis de former ces futurs psychologues et conseillers en orientation qui offriront des services à la population.

Comme dans la plupart des programmes hautement contingentés, l’analyse des dossiers se fait à l’aide d’un système de pointage, des points étant accordés à la performance scolaire des candidats et, comme nous formerons des cliniciens, à l’expérience clinique qu’ils auront préalablement acquise, par exemple en faisant du bénévolat dans un centre offrant du soutien psychologique.

Étiquettes

Or, voici que cette année, nos programmes comptent introduire une nouvelle échelle qui serait utilisée lors d’une entrevue et qui donnerait autant de points que celles pour les notes passées ou l’expérience clinique, et ce, pour favoriser l’admission d’étudiants issus de groupes dits minoritaires et adhérant à une définition de la « justice sociale » selon laquelle toute minorité est de facto opprimée.

La notion de groupe minoritaire n’étant pas en soi définie, chaque professeur y va donc de ses revendications — les personnes gaies, les mères, les personnes pratiquant telle ou telle religion, les anglophones, les allophones, et ainsi de suite —, la logique étant que toutes ces personnes sont de toute façon opprimées.

L’exercice devient rapidement une démarche qui ne vise plus à soutenir les personnes issues de groupes minoritairesou de groupes supposément minoritaires, mais bien à exclure systématiquement une certaine majorité, car ces Québécois majoritaires ne sont tous que des racistes, comme certains professeurs dans nos programmes aiment le souligner, sans que cela fasse sourciller.

Le but n’est ainsi plus de donner préférence, à compétence égale, àune personne appartenant à un groupe véritablement minoritaire, ce qui serait justifié, mais bien de disqualifier le travail et les efforts ainsi que l’expérience durement acquise par une personne du simple fait qu’elle appartiendrait à une dite majorité.

Or, cette étiquette de « majorité » est à géométrie suffisamment variable pour être ultimement apposée, et c’est là le véritable but de l’exercice, à ceux que l’on veut délibérément exclure : les blancs en raison de leur privilège blanc, les hommes en raison de la toxicité masculine, les francophones en raison de leurs lois discriminatoires qui enfreignent les droits des anglophones et allophones, les hétérosexuels en raison de leur privilège cis, les pères célibataires, car contrairement aux mères célibataires, ils ne seraient pas confrontés aux énormes défis de la monoparentalité, les personnes de descendance européenne, car elles ne sont que des colonisateurs, et ainsi de suite.

Discrimination

Ainsi, avec ce nouveau système de pointage, un Québécois de descendance française aura beaucoup moins de chance d’être admis dans l’un de nos programmes. Une personne hétérosexuelle et qui ne se dit pas non binaire sera aussi désavantagée, et ainsi de suite. Un homme québécois, de descendance européenne, par surcroît s’il a la peau blanche et s’il est hétérosexuel, n’a quant à lui plus la moindre chance d’être admis dans l’un de nos programmes.

Et ce serait là un pas vers une plus grande diversité ? Car ironiquement, si l’exercice visait véritablement la diversité, il nous faudrait admettre plus d’hommes dans nos programmes, car dans une cohorte typique de 20 ou 25 étudiants, il n’y en a habituellement qu’un ou deux.

Il nous faudrait aussi admettre plus de francophones, car dans une cohorte typique, nous en comptons rarement plus de trois ou quatre. Et il nous faudrait admettre plus de Québécois, de tous horizons et sans égards à leurs origines, ceux-là mêmes qui paient nos salaires de professeurs, car ils y sont aussi minoritaires, les personnes hors Québec et hors Canada se voyant donner plus de points au nom de cette pseudodiversité.

L’empereur a de nouveaux habits. Il est temps de le lui dire et d’appeler les choses par leur nom. De la discrimination, même si elle est promue par quelques idéologues radicaux supposément pour corriger les erreurs et injustices du passé, demeure de la discrimination.

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