Les CHSLD étaient-ils vraiment dans l’angle mort?

Lorsque les premiers cas d’éclosion sont survenus dans ces établissements bien gardés, le personnel de soins n’était ni prêt ni bien équipé, et il a été rapidement submergé par le nombre de cas, aussi bien chez les résidents que parmi ses membres.
Jacques Nadeau Le Devoir Lorsque les premiers cas d’éclosion sont survenus dans ces établissements bien gardés, le personnel de soins n’était ni prêt ni bien équipé, et il a été rapidement submergé par le nombre de cas, aussi bien chez les résidents que parmi ses membres.

Les CHSLD étaient-ils vraiment dans l’angle mort des services de santé en situation de pandémie ?

Cette expression qu’on a beaucoup entendue et qui a été reprise par la protectrice du citoyen dans son dernier rapport est empruntée au vocabulaire de la balistique et ironiquement fait référence au temps de guerre où nous sommes en raison de la COVID-19. Elle laisse entendre que le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) n’a pas vu réellement ce qui se passait dans les CHSLD parce qu’il y avait un écran.

Même si plusieurs situations ont pu faire écran, telles que la trop grande distance entre le palier décisionnel et le terrain, l’hypercentralisation, l’opacité bureaucratique, le manque d’agilité et la complexité des processus, permettez-nous de nous inscrire en faux contre l’idée que le MSSS ne pouvait pas savoir ou ne savait pas ce qui allait se passer, dans les CHSLD, et ce, dès le 13 mars 2020.

Le Guide pour l’adaptation de l’offre de services en CHSLD en situation de pandémie COVID-19, publié par la Direction générale des aînés et des proches aidants du MSSS, version du 12 mars 2020, montre au contraire que le MSSS savait très bien que les CHSLD étaient à risque et que le réseau devait les aider à se préparer à une pandémie de COVID-19.

Dans le Guide, deux énoncés traduisent une volonté clairement affirmée du ministère de construire autour des CHSLD un mur à l’intérieur duquel seraient regroupés, traités et soignés les résidents déjà hébergés en CHSLD et affectés de la COVID-19, ainsi que les personnes hospitalisées, en perte d’autonomie fonctionnelle et psychosociale qui requièrent un hébergement en CHSLD.

Il s’agit, d’une part, « de prendre tous les moyens possibles afin d’éviter les transferts des usagers affectés de la COVID-19, hébergés en CHSLD, vers les salles d’urgence des centres hospitaliers » ; d’autre part, « de prévoir une admission rapide dès la phase d’alerte, des personnes qui requièrent un hébergement en CHSLD et qui occupent un lit de courte durée en centre hospitalier… afin de maximiser la disponibilité de ce type de lits pour les soins aigus ».

Personnel submergé

Le problème avec ce Guide, c’est que, lorsque les premiers cas d’éclosion sont survenus dans ces établissements bien gardés, le personnel de soins n’était ni prêt ni bien équipé, et il a été rapidement submergé par le nombre de cas, aussi bien chez les résidents que parmi ses membres.

Le ministère savait tout cela.

Il savait que le protocole PCI (prévention et contrôle des infections) COVID-19 n’était pas encore connu du personnel et que l’ensemble du personnel soignant n’était pas formé à l’utilisation correcte de l’équipement de protection individuelle.

Il savait que l’équipement de base (masques, blouses, gants, linceuls, antibiotiques) était en nombre insuffisant.

Il savait qu’il manquait de matériel pour les perfusions et les soins respiratoires et que, malgré la compétence des infirmières pour installer une perfusion, il n’y avait aucune capacité d’assurer la surveillance des médicaments intraveineux sur une période de 24 heures.

Il savait que le manque chronique de fournitures et de ressources humaines dans nos CHSLD conduirait à la défaillance de ce secteur de notre système de santé et à un taux de mortalité exponentiel chez les résidents.

Comment un gouvernement compétent et responsable n’aurait-il pas pu prévoir tout cela ?

L’usage du terme angle mort ne fait que masquer le fait que ceux qui nous gouvernent avaient en fait pris la décision de négliger nos CHSLD et leurs résidents vulnérables, sans oublier le personnel qui y travaille, les yeux grands ouverts.

7 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 21 décembre 2020 05 h 10

    Enfin quelqu'un qui dit la vérité...

    Enfin quelqu'un qui dit la vérité... Ce gouvernement est tout simplement un ramassis de vauriens qui par des prêches répétives réussit à convaincre la population qu'il ne "savait pas", qu'il "faisait le nécessaire", que c'était "la faute aux autres", que... et que...
    Le summun est P-M Legault qui criait en pleine TV que la faute était les salaires trop bas des préposés... Comme il s'agissait d'une évidence, tous les journalistes s'écrirairent "oui, oui, c'est cela". Mais, le fait que des personnes y oeuvraient - et étaient contaminées par manques d'équipements - quand même était passé sous silence... Pire, le trio Legault-Arruda-McCann, encore à la tv, criait que les différents personnels qui faisaient des sorties médiatiques décriant les manques récurrents d'équipements de protection étaient tout simplement des menteurs... Et pour mettre le tout bien en "boîte", aucune personne - députés de l'opposition, grandes centrales syndicales, ect. - ne se joignirent aux personnes dénonçant ce qui se passait réellement pour dire en point de presse parallèle: "MOI, JE LA CROIS, CAR C'EST VRAI...". En fait, ils ont laisser toute la place médiatique au trio. Le tout avec la complaisance des journarlistes dits professionnels...

    En fait, il s'agit de propagande gouvernementale, et à force de mentir et de répéter les mêmes mensonges à l'infini, le GV-Q-Legault s'est maintenant convaincu lui-même de dire la vérité... Et comme personne n'ose lui "mettre les points sur les I", le GV-Q-Legault en est rendu à s'autoproclamer "SAUVEUR DU PEUPLE"...

  • Guy Tassé - Inscrit 21 décembre 2020 08 h 22

    Perception et réalité

    De cette année de pandémie je retiens trois choses: les faits, le discours du gouvernement et l'interprétation populaire et médiatique. Après un assez bon départ, la gestion de la crise n'a plus été qu'un enchaînement de réactions. La disproportion entre réalité et perception est géante. Le discours a pris la place de l'action. Rencontres presque quotidiennes avec la presse, échanges au jour-le-jour, la gestion est devenue médiatique, au dépend d'un certain recul et d'une réflexion rigoureuse. Le politique a pris ascendance sur la santé publique. L'objectivité et la liberté de critiquer ont fondu comme neige au soleil. La question qui me trouble n'est pas celle de critiquer le gouvernement mais plutôt celle de questionner le jugement populaire face à celui-ci. Et aussi le jugement des média. C'est déroutant.

  • Steeve Gagnon - Abonné 21 décembre 2020 08 h 48

    Soyons cynique

    Il est à noter que les CHSLD débordaient avant la pandémie et que le gouvernement envisageait de bâtir de coûteuses maisons des aînés. Il semble qu'il va pouvoir en faire l'économie...

  • Cyril Dionne - Abonné 21 décembre 2020 08 h 57

    L’angle droit et mort bout à 90 degrés

    Enfin, un discours cohérant sur cette situation ignoble et la vérité qui en découle. Ensuite devrait venir l’enquête publique sur le génocide des CHSLD et ses conclusions avant les élections.

    Oui, la bureaucratisation avec son jumeau identique, les syndicats, sont une des raisons principales de cette débâcle coûteuse en vie humaine. La magie de la bureaucratie, c’est que personne n’est responsable, redevable et personne ne perd son emploi. Lorsque vous réunissez ces conditions avec un syndicat qui surprotège les employés de la fonction publique, j’espère que personne n’est surpris de cette situation.

    La raison principale du terrible bilan qui n’est certainement pas terminé, revient au gouvernement Lego avec la santé publique qui doivent en assumer les responsabilités. Le transfert des usagers affectés de la COVID-19 vers les CHSLD a assuré des foyers de contamination partout. Vous couplez avec cela le manque criant d’équipement sanitaire et surtout le manque de formation du personnel, cela a alimenté le désastre et continuent d’assurer la tempête parfaite dans ces maisons de fin de vie.

    Mais la raison principale où les principaux responsables ne sont pas inquiétés de cette mauvaise gestion, eh bien, ce sont ceux qui n’ont presque plus de voix dans les affaires publiques qui en meurent. Il faut le dire, c’est à plus de 92% que les gens de 70 ans et plus ont été et sont les victimes de cette pandémie. Alors pour les autres, ce coronavirus ne représente que des inconvénients à leurs activités régulières. Ils n’en meurent pas et dans 95% des cas, n’en sont même pas malades. C’est pour cela que vous avez des négationnistes qui parcourent les rues sans masque.

  • Michel Lebel - Abonné 21 décembre 2020 09 h 18

    Une commission d'enquête

    Faut-il conclure que le tout mérite une commission d'enquête? Je penserais que oui. Trop de zones d'ombre demeurent.

    M.L.

    • Loyola Leroux - Abonné 21 décembre 2020 16 h 54

      J'ai hâte a une Commission d'enquête sur les commissions d'enquête ? Faire un bilan, une habileté inconnue au Québec, du nombre de recommandations qui ont été appliquées dans la réalité Evidemment, tout en protégeant les adeptes de notre sacrosainte nouvelle religion des ''Doua du person humain'' la liste des salaires, bénéfices, bonus, etc., reçus par les commissaires et leurs petits amis pourrait-elle être rendue publique !!! Combien couterait une commission d'enquête pour chaque groupuscule qui se sent attaqué ?