L’environnement, le grand oublié de 2020

«Comme pour la destruction d’écosystèmes, les perturbations climatiques ou les problèmes de santé environnementale, les riches sont les derniers à souffrir des conséquences», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Comme pour la destruction d’écosystèmes, les perturbations climatiques ou les problèmes de santé environnementale, les riches sont les derniers à souffrir des conséquences», écrit l'auteur.

Tandis que l’année 2020 tire à sa fin, la tentation de la fuite vers l’avant se fait sentir comme jamais. Malheureusement, l’espoir de tourner la page sur la pandémie n’écarte pas la crise environnementale, pour laquelle il n’y a pas de vaccin.

Pourtant, à pareille date l’an dernier, le Québec vibrait encore de la mobilisation monstre pour le climat avec les grèves climatiques et la manifestation historique du 29 septembre, réunissant plus de 600 000 personnes à travers la province. Un effort monumental et « grassroots » mené par des citoyens de tous les âges, des étudiants et des groupes écologistes communautaires.

Sauver notre peau

Tragiquement, les mois suivants ont été monopolisés par la crise sanitaire, qui a accaparé toute l’attention. La crise nous a forcés à penser à notre santé avant tout, à notre emploi (si on avait encore un emploi) et à nos proches, bref, à sauver notre peau.

Tout d’un coup, il n’était plus question de penser au climat, à la biodiversité ou à l’impact environnemental des masques jetables, comme si c’était superflu. Mais c’est humain : quand tu crains pour ta survie aujourd’hui, tu ne penses pas à demain.

En même temps, c’est cette logique qui nous condamne, dans un capitalisme avancé, à foncer à la vitesse grand V dans la catastrophe environnementale. Et nos sociétés industrielles s’avèrent aussi fragiles, par exemple par la facilité avec laquelle la chaîne d’approvisionnement peut être perturbée ou par le fait que le prix des aliments de base affecte certains ménages plus que d’autres. Notre société est profondément inégale, soutenue finalement par des travailleurs au statut précaire de qui on exige toujours des sacrifices. Comme pour la destruction d’écosystèmes, les perturbations climatiques ou les problèmes de santé environnementale, les riches sont les derniers à souffrir des conséquences.

En 2020, on aura beaucoup parlé de science, du danger que posent ceux qui refusent d’y croire. Excellent ! Mais le mouvement environnemental québécois, qui s’appuie lui aussi sur la science, n’a jamais reçu ce type d’écoute en 50 ans, ni auprès de l’État québécois — éternel partenaire des compagnies extractives — ni auprès du secteur privé, qui se contente de se maquiller en vert sans jamais vraiment changer. L’État a préféré répondre aux groupes écologistes avec des coupes et du profilage politique.

Qu’importe les rapports d’experts, année après année, le Québec est toujours lié au modèle de croissance infinie, au PIB, le pied sur l’accélérateur. En revanche, le passage à un « capitalisme vert » que nous proposent Équiterre et l’Alliance SWITCH semble du pareil au même.

Cela n’a pas empêché le gouvernement Legault de présenter un Plan vert édulcoré, qui n’atteint aucune cible. Il n’a pas encore pris position contre le projet GNL, malgré l’avis d’experts et le dépôt d’une pétition de 110 000 signatures.

Personne, non plus, ne semble avoir réagi lorsque le gouvernement a relancé le Plan Nord — ce cadeau pour l’industrie minière — ou lorsqu’on apprenait que le ministère des Forêts et de la Faune semble saboter la création d’aires protégées en faveur de l’industrie forestière. C’est business as usual.

En 2021, cessons de faire les mêmes erreurs. Si on a appris quelque chose de cette gestion de crise, c’est qu’il vaut mieux prévenir que guérir.

Écoutons la science même quand elle heurte nos privilèges.

Écoutons l’empathie peu importe nos différences.

Et surtout, rappelons-nous à quel point 2020 a été dégueulasse, parce que c’est peu comparativement à la crise perpétuelle que l’on prépare en ignorant l’environnement. À côté du réchauffement planétaire, de l’acidification des océans ou de l’effondrement massif de la biodiversité, la pandémie ne sera qu’une catastrophe parmi tant d’autres.

* Bruno Massé est l’auteur de l’ouvrage La lutte pour le territoire québécois. Entre extractivisme et écocitoyenneté, aux Éditions XYZ (2020).

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