Les médias et la COVID-19: des fleurs et quelques épines

«Les adeptes des médias sociaux ont redécouvert les vertus des médias traditionnels en leur manifestant davantage de confiance», écrivent les auteurs.
Photo: Cindy Ord/Getty Images/AFP «Les adeptes des médias sociaux ont redécouvert les vertus des médias traditionnels en leur manifestant davantage de confiance», écrivent les auteurs.

Les efforts importants qu’ont déployés les médias pour couvrir la pandémie ont largement atteint leur objectif d’éclairer des citoyens préoccupés par la crise sanitaire et ses conséquences, mais ils ont aussi laissé leur lot d’inquiétude ou d’insatisfaction, en particulier chez les jeunes. C’est ce que permet de constater une nouvelle enquête menée en novembre avec le Centre d’études sur les médias et CROP (1).

Au total, 80 % des répondants considèrent que les médias traditionnels — télévision, radio et journaux — les ont aidés à mieux comprendre la crise : 22 % se disent « très d’accord » avec cet énoncé, 58 % « assez d’accord ». Ce résultat est nettement supérieur à la réponse à une question identique obtenue ailleurs dans le monde, plus tôt cette année, lors d’une enquête du Reuters Institute for the Study of Journalism. Les Américains, par exemple, n’étaient que 52 % à penser que les médias les aidaient à mieux comprendre la crise.

Les médias québécois doivent toutefois éviter de pavoiser trop vite, car la couverture intense de la pandémie semble avoir essoufflé une partie de la population. En effet, 41 % des personnes interrogées croient que les médias en exagèrent l’importance (62 % chez les 18-24 ans). La moitié des répondants considèrent aussi que, depuis le début de la crise, il y a de plus en plus de fausses nouvelles dans les médias traditionnels (70 % chez les jeunes). Par contre, jeunes et vieux s’accordent sur un point : ils sont plus de 80 % à considérer que, depuis la COVID-19, davantage de fausses nouvelles circulent dans les médias sociaux.

Une confiance qui ne vacille pas

Un des objectifs de ce sondage était de vérifier si la grande confiance envers les médias traditionnels que nous avions notée lors d’une enquête de même nature, à l’automne 2019, avait été érodée par la couverture de la pandémie. Médias et journalistes ont en effet fait l’objet de vives critiques depuis le printemps, tant sur les réseaux sociaux que lors de manifestations, ainsi que de la part de partisans ou d’opposants aux mesures décrétées par l’État.

La confiance envers les médias reste élevée. Au total, 30 % des répondants disent faire confiance à tous les médias traditionnels et 62 % à certains d’entre eux. Cela laisse tout de même voir une certaine retenue vis-à-vis des médias dans leur ensemble, mais il n’en reste pas moins que 8 % seulement des répondants disent ne faire confiance à aucun média traditionnel. La confiance envers les journalistes a légèrement fléchi, mais affiche un taux honorable de 66 %. Il était de 72,5 % il y a un an. Les journalistes devraient toutefois, comme les médias qui les emploient, s’inquiéter du peu de confiance que leur font les jeunes (49 %).

Une polarisation accrue

Par contre, si la confiance est en général élevée, les comportements sont aussi davantage polarisés. Nous observons que la pandémie a conforté les attitudes existantes. Les personnes qui se fient habituellement à tous les médias traditionnels avancent en effet que leur confiance s’est accentuée alors que, à l’opposé, les individus qui n’ont aucune confiance envers ces mêmes médias disent en avoir encore moins depuis le début de la pandémie. Les avis sont de plus en plus tranchés. Chacun s’enfonce dans sa bulle et la cohésion sociale en sera plus difficile.

Une autre observation mérite l’attention. Les adeptes des médias sociaux ont redécouvert les vertus des médias traditionnels en leur manifestant davantage de confiance. En effet, après huit mois de crise sanitaire, si le tiers de l’ensemble des répondants font davantage confiance aux médias traditionnels, la proportion monte à 57 % chez ceux qui fréquentent les médias sociaux pour s’informer. Il est permis de penser que plusieurs d’entre eux, conscients des fausses nouvelles qui circulent dans les réseaux sociaux, sentent le besoin de se tourner vers des sources d’information jugées plus fiables.

Bref, malgré le contexte d’inquiétude et d’incertitude qu’engendre la pandémie, les médias traditionnels conservent au Québec une grande crédibilité et emportent l’adhésion d’une bonne partie de la population en quête de réponses à ses questionnements. Nos médias ont bien des faiblesses, mais on cherche en vain la « crise de confiance » dont certains analystes font état. Nous sommes loin de la situation observée aux États-Unis par exemple.

C’est là sans aucun doute un aspect positif dans le contexte où les fausses nouvelles et les informations plus ou moins fondées circulent largement dans notre société comme ailleurs. Ainsi, d’autres données de ce sondage montrent que 24 % des répondants croient que la COVID-19 n’est pas plus dangereuse qu’une grosse grippe (jusqu’à 46 % chez les 25-34 ans, le groupe qui semble le plus réceptif à divers aspects des théories du complot). Ce groupe d’âge est aussi, avec ses cadets, celui qui puise le plus aux médias sociaux pour s’informer. 59 % des 18-24 ans et 61 % des 25-34 ans disent s’informer sur la COVID autrement qu’en consultant télévision, journaux et radio. Les médias traditionnels doivent chercher les causes de cette désaffection et trouver le moyen d’engager d’urgence le dialogue avec les 18-34 ans.

(1) La collecte des données en ligne s’est déroulée entre le 19 et le 24 novembre 2020 par l’entremise d’un panel Web; 1000 questionnaires ont été remplis par des Québécois de 18 ans et plus. Les résultats ont été pondérés selon les données sociodémographiques usuelles. Compte tenu du caractère non probabiliste de l’échantillon, le calcul de la marge d’erreur ne s’applique pas.