Bibliothèque Saint-Sulpice, sa raison d’être aujourd’hui

«La bibliothèque Saint-Sulpice serait un écrin magnifique pour la conservation et l’interprétation d’une partie du patrimoine du Québec», estiment les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «La bibliothèque Saint-Sulpice serait un écrin magnifique pour la conservation et l’interprétation d’une partie du patrimoine du Québec», estiment les auteurs.

Il y a maintenant plus de 16 ans que la bibliothèque Saint-Sulpice est désertée. Depuis 2004, plus d’une vingtaine de projets ont été élaborés en vain. Le dernier, celui de faire de Saint-Sulpice une bibliothèque pour adolescents et un laboratoire d’innovation pour tous, foisonnait de bonnes idées. Toutefois, était-ce le bon lieu pour ce programme ? Le travail réalisé pourra certainement être appliqué en d’autres lieux puisque les besoins existent.

À son ouverture en 1915, la bibliothèque Saint-Sulpice est la première véritable grande bibliothèque francophone à Montréal. Jean-René Lassonde nous a rappelé que la bibliothèque Saint-Sulpice a comme « modèle avoué la bibliothèque Sainte-Geneviève à Paris ». Cette inspiration se lit dans l’édifice par les références au Trianon, à l’hôtel Carnavalet et par l’utilisation du grès chamois de l’Ohio pour rappeler la pierre utilisée à Paris. Dessinée par l’architecte Eugène Payette, elle a fait l’objet d’un classement « immeuble patrimonial » en 1988. Le Répertoire du patrimoine culturel souligne qu’elle possède « parmi les plus riches intérieurs publics du Québec ». Saint-Sulpice, c’est notre Sainte-Geneviève.

Nous avons très peu de monuments chargés d’autant de sens que la bibliothèque Saint-Sulpice. Par sa force symbolique et sa valeur à plusieurs titres, elle a le potentiel de contribuer à l’imaginaire collectif des générations présentes et à venir. C’est ce potentiel et cette valeur qui sont reconnus par le classement patrimonial. Au-delà de cette décision, ce qui importe vraiment, c’est la responsabilité et l’engagement à long terme pour continuer à faire vivre ce lieu. Sans un tel engagement, la décision du classement patrimonial perd son sens et, à terme, il n’y a pas de patrimoine.

Les coûts pour reconvertir un bâtiment à un autre usage peuvent exploser et prendre des proportions alarmantes, surtout pour un immeuble patrimonial. Le respect de l’esprit du programme initial peut s’avérer une voie prometteuse. Nous avons un tel exemple à l’Université Concordia avec la reconversion de l’ensemble conventuel des Sœurs grises en résidence pour les étudiants et la transformation de la chapelle en bibliothèque.

Montréal, ville étudiante

 

L’architecture, au-delà du bâti, c’est l’environnement et la ville dans lesquels s’inscrit un édifice. Montréal est la région métropolitaine qui compte le plus d’étudiants universitaires par habitant en Amérique du Nord, devant Boston, avec plus de 170 000 étudiants. Aussi, Montréal est riche de cultures et de métissages de tous les horizons. Cette histoire plurielle continue de nous façonner et de nous fasciner.

La bibliothèque Saint-Sulpice serait un écrin magnifique pour la conservation et l’interprétation d’une partie du patrimoine du Québec. Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) pourrait faire sienne ce projet original et audacieux, tout en respectant la vocation première du lieu. Sans apporter de modifications majeures, ce sont 300 000 documents qui pourraient y être localisés, rue Saint-Denis. C’est un secret de polichinelle que l’espace dans les voûtes de BAnQ manque déjà. Une deuxième avenue pourrait porter sur les précieuses archives et collections des bibliothèques des communautés religieuses, qui devront possiblement être prises en charge par l’État au cours des prochaines années. On se rappellera la réaction récente à la possible mise en péril des très précieuses archives et collections des Sulpiciens jusqu’à ce que la ministre de la Culture nous rassure. Une troisième possibilité serait de faire de la bibliothèque Saint-Sulpice un lieu d’ancrage de la politique patrimoniale actuellement à l’étude. Comme nous l’a rappelé récemment Phyllis Lambert, « les archives sont essentielles pour sauvegarder les bâtiments. Si vous n’avez pas de documents, ce n’est pas suffisant d’avoir seulement le bâtiment ».

Culture numérique

 

Une bibliothèque au XXIe siècle est bien ancrée dans la culture numérique et favorise la circulation des idées et des connaissances. Cette renaissance de Saint-Sulpice intégrerait le numérique dans le patrimonial, ce que l’équipe de BAnQ sait déjà faire, et qu’elle pourrait amplifier.

Comme le premier bibliothécaire de la Saint-Sulpice, Aegidius Fauteux, en rêvait dans La Patrie le 21 décembre 1901 : « Ces deux cent mille volumes, ces manuscrits précieux, cette noble demeure, tout cela est à toi. » Plus d’un siècle est passé et c’est le même rêve que nous formulons, mais cette fois-ci, en intégrant le numérique au service des connaissances, des documents précieux et des livres rares de ce centre de diffusion et d’interprétation du patrimoine de BAnQ. Un rêve enthousiasmant qui redonnerait à la bibliothèque Saint-Sulpice sa raison d’être et son rôle comme lieu symbolique rassembleur.

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