Doutes et préjugés sur la vaccination

«Il est intéressant de noter qu’en 2017-2018, pour un vaccin aussi banal que celui contre l’influenza, seulement 32% des personnes de 18 à 74 ans ont été vaccinées, soit bien en dessous de l’objectif de 80% fixé par le programme national de santé publique», écrit l'auteur.
Photo: Ludovic Marin Agence France-Presse «Il est intéressant de noter qu’en 2017-2018, pour un vaccin aussi banal que celui contre l’influenza, seulement 32% des personnes de 18 à 74 ans ont été vaccinées, soit bien en dessous de l’objectif de 80% fixé par le programme national de santé publique», écrit l'auteur.

L’une des leçons que l’on peut déjà tirer de la COVID-19 est que, malgré les appels répétés des autorités au respect des mesures sanitaires, les citoyens hésitent à s’y conformer complètement. Cela est d’autant plus inexplicable que la contravention aux règles peut entraîner des conséquences sérieuses, voire fatales, pour soi et ses proches.

La pandémie actuelle a ceci de particulier : le respect des directives par une grande majorité se voit effacé, ou sinon considérablement hypothéqué, par la délinquance et la négligence d’une minorité. Aucune région ne semble d’ailleurs y échapper, la durée de cette crise s’imposant comme facteur aggravant.

Ce constat à l’évidence banal est cependant plus complexe si on s’y attarde davantage. Admettons que chaque personne a sa propre interprétation ou perception d’un risque associé à la contravention d’une règle, par-delà sa responsabilité à l’assumer ou non.

Comme pour notre décision de nous conformer aux règles sanitaires, nous serons prochainement amenés à nous prononcer sur la vaccination. Allons-nous accepter de nous faire vacciner ou prendrons-nous plutôt le risque de ne pas le faire ? Que déciderons-nous ? Risquer de ne pas être vacciné pour divers motifs ou croyances personnelles ou se faire vacciner en assumant le risque d’effets secondaires, s’il y en a.

Deux penchants

L’analyse des comportements par rapport à la vaccination ne date pas d’hier. En 1990, des chercheurs notaient deux penchants ou préjugés chez les sujets observés. Le premier est une tendance à s’abstenir d’être vacciné quand on connaît l’existence d’un risque potentiel. Le second penchant est celui de ne pas se faire vacciner ou encore de reporter la vaccination faute de preuve d’efficacité du vaccin.

Cette analyse sans doute contestable illustre néanmoins le fait qu’une personne devant prendre la décision de se faire vacciner sera aussi amenée à s’interroger sur sa propre responsabilité. Serai-je responsable d’une décision que j’aurai prise ou que je n’aurai pas prise, c’est-à-dire de ne pas me faire vacciner, que cela soit par prudence ou à cause de l’absence de preuve d’efficacité ? Est-ce que la gravité et la magnitude de la COVID-19 auront un impact ?

Que conclure de tout cela, sinon qu’on ne doit pas tenir pour acquis que les recommandations pour la vaccination seront pleinement respectées ? À preuve, on répertorie actuellement au Québec 28 vaccins disponibles, lesquels permettent d’éviter 21 maladies graves. Mais qu’en est-il de la réalité ou, plus techniquement, de la couverture vaccinale, soit la proportion des personnes vaccinées ? Il est intéressant de noter qu’en 2017-2018, pour un vaccin aussi banal que celui contre l’influenza, seulement 32 % des personnes de 18 à 74 ans ont été vaccinées, soit bien en dessous de l’objectif de 80 % fixé par le programme national de santé publique. On relève des niveaux plus élevés, mais pas nécessairement optimaux, chez les personnes de 75 ans et plus, soit 65 %.

La crise de la COVID-19 est bien évidemment une situation jamais vue auparavant et peu comparable avec le virus de l’influenza, de la rougeole, du zona ou de la pneumonie. C’est un monstrueux virus qui continuera certainement à faire des ravages. Il se peut bien qu’on se jette massivement sur la vaccination, mais rien ne garantit une observance optimale, à cause des abstentionnistes ou des négationnistes. Une vaccination obligatoire serait peut-être une solution, mais il revient également à nos gouvernements de tenir compte des préjugés sur la vaccination dans leur stratégie de communication et d’incitation.

4 commentaires
  • Yvon Montoya - Inscrit 10 décembre 2020 06 h 22

    Il y a aussi le principe du «  consentement éclairé », un principe majeur depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour ne pas laisser aux seuls chercheurs le pouvoir de décision. Ce principe est important a respecter. On le comprend mieux si on avait accès aux études en cours, a leurs résultats. Rendre obligatoire le vaccin serait dangereux d’autant plus que les études actuelles ne sont faites que sur des volontaires a l’age maximal de 55 ans. Il y a un problème actuellement a ce sujet. A regarder les résultats cliniques, j’ai accès aux documents cliniques parce que mes contacts avec des chercheurs dans l’industrie pharma me les procurent, il vaut mieux attendre encore un bout...Merci.

  • François Beaulé - Inscrit 10 décembre 2020 06 h 58

    Au contraire, c'est plus facilement explicable que la criminalité

    Monsieur l'avocat devrait savoir que les lois ne sont pas toujours suivies. Cette réalité donne du travail très bien rémunéré aux juges et aux avocats. Il est interdit de tuer, de voler, de violer et pourtant des hommes, et plus rarement des femmes, le font pareil. Et, de toute évidence, la criminologie peine à trouver des solutions à cette problématique millénaire.

    Le non-respect des règlements de la circulation automobile provoque des blessures graves et des décès. Le non-respect des règles sanitaires relativement au fameux coronavirus est plus facilement explicable puisque les relations humaines sont un besoin primordial. Les limiter sur une longue période est inhumain. De nombreux témoignages expriment la souffrance que les règles sanitaires induisent.

    Il ne sera pas nécessaire de donner le vaccin à tout le monde pour procurer une immunité collective. Si 70% de la population est vaccinée, cela suffira à bloquer l'épidémie.

  • Cyril Dionne - Abonné 10 décembre 2020 09 h 11

    Plusieurs doutent du doute et de chaque mot qu’ils voient comme un préjugé

    On parle ici de tout et de rien.

    Premièrement, si les respect des directives ne sont pas suivis par tout le monde, eh bien, il s’agit d’une délinquance naturelle qui est normale partout dans toutes les sphères de la société. Nous avons des limites de vitesse sur les routes et plusieurs outrepassent ces directives de façon journalière. Au Québec, les pancartes routières pour plusieurs sont des suggestions et non pas des lois. Donc, il faut oublier tout cela à moins de vouloir vivre dans une dictature.

    Deuxièmement, il y a beaucoup d’antivaccins dans le monde pour toutes sortes de raisons différentes. Pour plusieurs, l’abstention à ces vaccins découle des croyances religieuses. Pour d’autres, c’est tout simplement des peurs qui sont alimentées par des conspirationnistes de partout qui carburent aux pseudosciences. Vous seriez surpris d’apprendre le nom de plusieurs d’entre eux qui sont des vedettes d’Hollywood, Jim Carrey oblige entre autre. Au moins au Québec, la grande majorité consent à la vaccination.

    Troisièmement, attention, lorsqu’on apprendra que plusieurs vaccinés sont décédés même de cause autre que la COVID-19, ceci amplifiera la peur chez plusieurs et les antivaccins y trouveront une cause. Cela, ce n’est pas si ça va arriver, mais quand. La désinformation jouera son air de plus bel, surtout aux États-Unis où plus de 60% ne sont pas pour la vaccination étatique.

    Enfin, il faut le dire, 97,5% de tous les décès touchent seulement ceux qui ont 60 ans et plus. Pour les 70 ans et plus, c’est de l’ordre de 92% et ceci, partout sur la planète. La plupart des gens sont asymptomatiques et ne développent pas la COVID-19. Difficile à vendre cette salade chez les jeunes où personne n’en meurt. Ce sont ceux qui ont des comorbidités qui sont les plus à risque chez les plus jeunes. Dans cette ère de droits individuels invoqués autant par les extrémistes de la gauche et de la droite, l’hyper-individualisme est roi et le sens de la collectivité est mort.

  • Coeur D'artichaut - Inscrit 10 décembre 2020 15 h 55

    Pour un certicat de vaccination obligatoire!

    Un bon argument à faire valoir aux récalcitrants, pour prix de leur liberté de choix ou plutôt de leur incivisme. Il va sans doute leur falloir produire un certificat de vaccination obligatoire afin d'avoir accès de nouveau aux lieux publics: voyages, restaurants, cinémas, théâtres, lieux de culte, emplois dans l'espace public, etc., n’importe quel autre endroit où les gens seront à proximité les uns des autres, connus comme étant super-propagateurs, quoi!