À force de songer au bracelet électronique, est-ce que l’on perd des vies?

«En décembre 2019, le gouvernement Legault relance le sujet en se disant
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne «En décembre 2019, le gouvernement Legault relance le sujet en se disant "ouvert" au bracelet électronique», écrit l'autrice.

D’emblée, je veux saluer le plan d’action du gouvernement, annoncé récemment pour lutter contre la violence conjugale.

Bien que je n’aie pas le recul ou les connaissances nécessaires pour saisir l’ampleur des investissements ou pour comprendre techniquement l’entièreté des mesures mises en place, un élément m’a particulièrement dérangée : le bracelet électronique pour les conjoints violents. Je m’explique : j’ai l’impression que ça tourne en rond. C’est frustrant, surtout sachant que les mesures d’éloignement actuelles ne fonctionnent tout simplement pas, et que le bracelet pourrait y remédier.

L’incapacité des moyens existants pour tenir à distance sécuritaire un conjoint violent, et ainsi protéger et rassurer la victime, je l’ai vue de près. Ma meilleure amie a vécu de la violence conjugale pendant des mois. Et au moment où elle a eu le courage de s’en sortir et de dénoncer, un interdit de contact ou une mesure d’éloignement n’ont pas su la protéger, la rassurer et encore moins empêcher son ex-copain de la contacter de nouveau. Pendant des semaines, elle a craint pour sa vie. Elle dormait peu. Elle redoutait chaque voiture qui passait près d’elle ou devant sa maison. Elle s’empêchait des sorties. Et elle maudissait l’injonction qu’elle savait inefficace et insuffisante. Si je suis persuadée d’une chose, c’est qu’un bracelet électronique porté par son ex-copain l’aurait grandement rassurée, et m’aurait rassurée aussi.

Et pourtant, déjà à l’époque du gouvernement Couillard, on aborde l’idée du bracelet électronique, mais finalement, rien de concret. En décembre 2019, le gouvernement Legault relance le sujet en se disant « ouvert » au bracelet électronique. Aujourd’hui, un an plus tard, le gouvernement « songe » au bracelet électronique et décide de lancer une étude de faisabilité. Le rapport devrait être remis dans un an, donc en décembre 2021.

Logistiquement, ça doit comporter son lot de défis et je peux comprendre. Mais pendant tout ce temps-là, pendant qu’on passe seulement d’une idée éphémère, à une ouverture, puis à un intérêt d’en savoir plus, des drames se produisent. C’est frustrant.

Je suis aussi consciente qu’au terme de l’étude, on comprendra peut-être que cette idée n’est pas la bonne ou qu’elle ne fonctionne tout simplement pas, de façon réaliste. Mais pendant qu’on réfléchit, qu’on songe et qu’on fait une étude, on ne cherche pas non plus de solutions de rechange ou de meilleures idées. Peu importe l’issue, on aura perdu du temps et des vies. Peu importe l’issue, on aura créé d’autres traumatismes. D’autres femmes auront craint pour leur vie, redouté les voitures et mal dormi la nuit.

Du haut de mes 20 ans, comme je l’ai dit plus tôt, je n’ai pas les connaissances nécessaires pour savoir précisément comme se déploie une telle démarche et comment elle évolue. Je n’attribue aucune mauvaise intention à Mme Charest, Mme Guilbaut ou M. Legault, bien au contraire. J’ai la conviction que personne ne veut d’un fléau comme la violence conjugale.

Mais je me permets de poser de questions. Je me questionne sur le fait de savoir pourquoi c’est si long et si frustrant ? À savoir s’il n’y aurait pas un moyen de rendre logistiquement plus efficace le processus.

Et si, justement, la réponse à mes questions se retrouve au cœur de la marche à suivre, alors peut-être qu’il faudrait me l’expliquer, nous l’expliquer à tous. Peut-être que plus d’informations et de détails nous permettraient de mieux comprendre et de moins critiquer.

Comme vous, tout ce que je souhaite au final, c’est que les victimes n’aient plus de raisons de craindre pour leur vie.

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2 commentaires
  • Hélène Lecours - Abonnée 9 décembre 2020 07 h 28

    Le bracelet?

    Je me pose exactement les mêmes questions au sujet de ce procédé avec lequel je suis, personnellement, tout à fait d'accord. Ça fait des années que, selon moi, cela devrait être mis en place. Pourquoi tant d'hésitation? J'aimerais le savoir moi aussi. ça me semble tellement évident que ça devrait être fait, et plus vite que ça. Sinon une puce électronique quelque part sur ceux (et celles) qui ne peuvent surmonter leur rage quelle qu'en soit la raison, plus de l'aide psychologique bien sûr.

  • Pierre Rousseau - Abonné 9 décembre 2020 08 h 34

    Faux sentiment de sécurité ?

    La situation des victimes de violence familiale est loin d'être facile et les moyens de l'éradiquer ne sont pas évidents. Le bracelet électronique pourrait certainement être un outil utile pour prouver que le conjoint violent viole les ordonnances interdisant le rapprochement avec la victime mais ne garantit en rien une intervention rapide de la police. Lorsque l'alerte est donnée, quelle est le temps de réaction des policiers pour se rendre sur les lieux (j'imagine que l'appareil comprend un GPS) ? Jusqu'à quel point une personne qui craint pour sa vie peut compter sur une intervention rapide ? Devrait-elle prendre les moyens pour se protéger ?

    Le bracelet électronique n'empêche pas non plus les contacts indirects (via le téléphone, les réseaux sociaux, les amis etc.), encore moins l'intimidation et en de rares occasions le contact avec le conjoint violent pourrait être initié par la victime (il ne faut pas oublier que dans certains cas, les conjoins ont vécu ensemble pendant plusieurs années et pourraient avoir des enfants).

    Ceci dit, ça vaudrait certainement la peine au moins de faire des projets pilotes pour tester cet outil et le gouvernement devrait cesser de procrastiner et agir au lieu de dormir au gaz, comme c'est souvent le cas dans les innovations en matière criminelle.