CHOI-FM: la fin d'une situation intenable

La décision du CRTC de ne pas renouveler la licence de la station CHOI-FM semble prendre par surprise le milieu journalistique. À titre de journalistes, d'universitaires et de formateurs en journalisme radio, nous devons nous réjouir de cette décision qui met fin à l'extrême confusion qui régnait dans le domaine depuis plusieurs années.

Nous avons la ferme conviction que la liberté d'expression n'est pas plus en danger aujourd'hui qu'hier. Peut-être même se porte-t-elle mieux. Face à l'extrême violence de certains propos et à l'intimidation, il était en effet très difficile au commun des mortels de s'approprier la parole. Certains se désolent en croyant qu'il est triste de voir disparaître un média de plus au Québec, mais le CRTC est très cohérent: il invite déjà à remplacer cette station sur la même fréquence.

La faiblesse du CRTC dans la manière de gérer les pratiques professionnelles des employés de cette radio est l'une des raisons importantes qui font qu'on ne prenait plus cet organisme très au sérieux. Le CRTC n'avait donc plus le choix. Il devait agir. Cette fois, c'est la bonne.

Bien sûr, il aurait sans doute été souhaitable que la profession se dote d'outils qui lui auraient permis d'intervenir elle-même et de s'autoréglementer. Cela n'a pas été possible pour des raisons dont les journalistes doivent aujourd'hui se préoccuper, et ce malgré différentes tentatives ces dernières années... Sans doute la crainte sincère des uns de voir une intervention de l'État limiter la liberté d'expression. Crainte aussi d'avoir à faire de véritables choix éthiques, pour d'autres. La tête dans le sable, enfin, pour les derniers.

Des journalistes qui voulaient empêcher le CRTC d'avoir à aller jusque-là auraient dû il y a longtemps tenter beaucoup plus courageusement de mettre un terme eux-mêmes à ce genre d'activité.

Finalement, ce que le CRTC vient de choisir d'interdire ne constitue pas une menace dans le monde de l'information radio parce que cela n'a rien à voir avec du journalisme radio. Ce n'est qu'une parodie. «Un animateur avec des outils de journaliste», disait André Arthur il y a quelques années, lorsque la FPJQ — était-ce par masochisme? — l'avait invité comme conférencier à l'un de ses congrès. Plutôt un chirurgien avec une scie à chaîne, pensaient certains.

Ce que le CRTC vient d'interdire ne constituait pas non plus l'exercice légitime de la liberté d'expression. Les journalistes disposent dans notre pays du droit de dire la vérité. Ils ont encore ce droit. En ce sens, cette décision n'est pas un dangereux précédent, mais elle rappellera à ceux à qui le chapeau fait qu'il existe des règles éthiques et déontologiques pour la pratique de la radio.

Un enseignement plus facile

Il sera désormais plus facile d'assurer la formation de jeunes journalistes, à l'Université de Montréal et ailleurs au Québec, qui se destinent à la radio. On leur disait quoi, jusqu'à maintenant? Il y a des lois à respecter, mais l'application de ces lois est une véritable plaisanterie. Vous les respectez... si vous voulez. Sinon, vous faites comme cette radio poubelle?

La situation était intenable. Nous ne pouvons pas enseigner autre chose que le fait que l'information doit être au service de la démocratie. Tout autre usage est frauduleux. De plus, nous vivons dans un pays libre où les journalistes radio, comme les autres citoyens, doivent respecter la loi de la radiodiffusion ou travailler démocratiquement à la changer s'ils le souhaitent. Il n'y a pas d'autre option dans un pays libre.

La radio est un média magnifique et extrêmement puissant. C'est à cause de ça qu'on ne peut pas y faire n'importe quoi. Bien sûr, de nombreux auditeurs ne sont pas dupes de ce qu'ils entendent. Certains écoutent seulement pour savoir jusqu'où «ils» sont encore capables d'aller et qui, la prochaine fois, sera la victime de ces rituels dégradants... Et peut-être s'en scandaliser.

Mais il est évident qu'une partie de l'auditoire adhère aussi fortement aux propos, puisque ceux-ci se situent dans un rapport de grande proximité, d'intimité même, entre l'auditeur, seul à écouter, et l'animateur, qui semble lui parler à lui seul.

L'usage pervers de la radio a contribué à plusieurs dérives dans plusieurs pays dans le monde, notamment au Rwanda où les propriétaires de la Radio des Mille Collines ont été reconnus coupables d'incitation au génocide devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda, à Arusha.

À l'inverse, c'est aussi un puissant outil de reconstruction et de cohésion sociale. Détenir une licence est donc un grand privilège. Les ondes sont un bien public. L'usage qu'on en fait doit servir les intérêts publics.

Il est possible dans notre pays de s'enrichir à partir des ondes publiques. C'est déjà, pour des gens d'affaires, une grande chance. Considérons au moins le fait que cela soit dans les limites de la loi. Les propriétaires de la station CHOI-FM font croire à la population que seules les lois du libre marché doivent gérer cette industrie. Ce n'est pas vrai. Profiter de cette décision pour accuser de rectitude politique les médias qui répondent aux exigences de la profession, en présentant une programmation respectueuse des chartes des droits et libertés et socialement inclusive, est démagogique et irresponsable.