BAnQ–Saint-Sulpice, une bibliothèque au grand potentiel

«Nous croyons que la bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal a le potentiel de devenir une bibliothèque unique, vivante, et aimée», écrivent les auteurs.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Nous croyons que la bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal a le potentiel de devenir une bibliothèque unique, vivante, et aimée», écrivent les auteurs.

En octobre dernier, le gouvernement du Québec remettait le Prix du Québec Gérard-Morisset à Claude Dubé pour son travail pour la préservation du patrimoine québécois, patrimoine qu’il voulait source de fierté pour tous.

La semaine dernière, le gouvernement du Québec annonçait qu’il abandonnait un projet de bibliothèque technologique pour adolescents à BAnQ–Saint-Sulpice, qui aurait donné à l’édifice patrimonial un sursaut de vie après 15 ans d’inoccupation. L’annonce n’a été suivie d’aucun nouveau projet, laissant entendre que ce magnifique bâtiment retournera au silence.

Une nouvelle Loi sur le patrimoine québécois est en préparation et devrait être présentée à l’Assemblée nationale au printemps prochain. Récemment, madame Phyllis Lambert et monsieur Serge Joyal, dans Le Devoir, discutaient du fait que la future loi allait donner plus de pouvoir aux administrateurs des villes et villages du Québec pour décider quels édifices patrimoniaux protéger et mettre en valeur.

Dans un monde idéal, cela pourrait être une avenue à considérer, mais dans la réalité quotidienne des municipalités, qui tirent leur financement de la taxation des biens immobiliers, il sera toujours tentant pour les villes et villages du Québec de favoriser un projet immobilier aux revenus importants plutôt qu’un bâtiment patrimonial aux revenus réduits et qu’il faut protéger. Nous l’avons constaté avec tristesse quand la Ville de Mascouche a décidé de démolir le manoir seigneurial de cette ville, un manoir exceptionnel du XVIIIe siècle et en bon état jusqu’en 2015, année où Mascouche en a pris possession. Pour sa part, la Ville de Québec nous a aussi offert de tristes exemples de permis de démolition octroyés à des développeurs immobiliers peu imaginatifs et incapables d’inclure dans leurs plans le bien patrimonial public.

Nous sommes très heureux du travail qu’ont accompli monsieur Claude Dubé et ses différents partenaires pour préserver le patrimoine. Nous aimerions que le gouvernement du Québec tienne compte du travail de toutes ces personnes qui ont à cœur le bien public et qu’il édicte des lois qui prennent soin de celui-ci. Car à quoi cela sert-il de reconnaître le travail d’individus passionnés pour leur pays et son histoire si dans la réalité de tous les jours on ne tient pas compte de l’objet de leur travail ? C’est tout simplement de l’hypocrisie, de l’aveuglement devant le devoir de marquer la réalité d’un peuple par ses réalisations, qu’elles soient physiques ou intellectuelles.

L’édifice de la bibliothèque Saint-Sulpice est un bien patrimonial à la fois par son architecture et son design intérieur et par les éléments qui ont servi à son mandat : tables, éclairage, rayonnage. Nous avons, pour une rare fois, un ensemble unique, bien conservé, à garder intact pour les générations à venir. Une bibliothèque majestueuse comme il y en a quelques exemples à travers le monde, et dont les villes et pays qui en sont les propriétaires défendent avec amour la nécessité, en tant que témoins de leur culture et de leur histoire.

L’édifice de la bibliothèque Saint-Sulpice a été conçu pour être une bibliothèque. C’est un bâtiment totalement intégré, une œuvre d’art totale, ayant une fonction très claire : conserver des livres et produire des activités connexes : expositions, conférences, projections de films. Pourquoi ne pas profiter de ce lieu pour y déposer les nombreuses archives en quête d’espace, comme les archives des communautés religieuses et celles des Sulpiciens, archives qui témoignent de l’histoire de notre pays ? Comme d’autres archives civiles de première importance.

Conserver des archives ne veut pas dire les mettre dans un coffre-fort inaccessible. Bien au contraire. C’est rendre accessible un patrimoine à la recherche, à la lecture, à l’exposition, à la discussion, à la médiation, à la documentation, à la publication, aux médias électroniques…

Ce bâtiment est un lieu unique à Montréal. Un lieu de sérénité. Un lieu mythique. Pourquoi vouloir en faire un lieu d’excitation, de spectacle, d’animation sans frein, de consommation ? Cet endroit pourrait devenir une bibliothèque ayant une résonance internationale, si on savait y loger les documents qui attirent l’attention de chercheurs de partout dans le monde. À titre d’exemple, nous citerons la bibliothèque-centre de recherche du Centre canadien d’architecture, qui est un lieu universellement connu pour ses collections uniques en architecture. Il faut en cela remercier madame Lambert pour sa vision à long terme sur l’architecture et le patrimoine.

Nous croyons que la bibliothèque Saint-Sulpice de Montréal a le potentiel de devenir une bibliothèque unique, vivante, et aimée. Le succès de la campagne de financement publique mise sur pied récemment est la preuve que des gens sont prêts à appuyer un projet pour sauver ce bien public avec un objectif clair.

Nous espérons que la prochaine Loi sur le patrimoine implantera les structures nécessaires et donnera à des personnes en poste les responsabilités de sauver le patrimoine exceptionnel du Québec et qu’elles auront les moyens qui leur permettront d’agir.

2 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 5 décembre 2020 10 h 15

    Convaincant

    Il est tellement évident que cet édifice élégant et représentatif du style de la ''Belle Époque'' doit demeurer une bibliothèque, un pendant spécialisé de la ''Grande'' de la rue Berri.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 décembre 2020 10 h 45

    Finalement

    Le GV- CAQ est aussi fossoyeur que les Libéraux ,autant fédéraliste avec un timide nationalisme de façade pour endormir et

    meme anesthésier les québécois ."To be or to be". Dormir et mourir , telle est la question.? On verra ,dit-il .Alors que les lumières

    rouges sont tellement visibles et clignotent sans arret .