Les premiers ministres et la lecture

«Que le premier ministre se drape du costume de
Photo: iStock «Que le premier ministre se drape du costume de "Capitaine Lecture" fournit une belle occasion de réfléchir à la place de la lecture et des livres dans notre société», écrivent les auteurs.

Quelle audace ! Voilà qu’un premier ministre du Québec s’affiche comme lecteur et participe à sa façon à la promotion de la lecture et des œuvres littéraires créées par des autrices et auteurs d’ici explorant des genres littéraires et des univers variés ! Cela tranche avec la situation d’un ancien premier « sinistre » (comme l’aurait écrit Sol) canadien à qui un écrivain célèbre avait décidé d’envoyer chaque semaine un livre afin d’élargir sa culture littéraire au-delà des biographies de joueurs de hockey qu’il affectionnait particulièrement. On est loin aussi des déclarations d’un précédent ministre de l’Éducation québécois qui estimait qu’aucun enfant ne mourrait de ne pas pouvoir disposer d’un accès à de nombreux livres dans les écoles.

Que le premier ministre se drape du costume de « Capitaine Lecture » fournit une belle occasion de réfléchir à la place de la lecture et des livres dans notre société et aux responsabilités qui pèsent sur nos politiciennes et politiciens de tous les niveaux de pouvoir, appelés à contribuer de façon active et significativeau développement d’« une nation delectrices et de lecteurs », pour emprunterla formule proposée par Alexandre Jardin. En d’autres temps et d’autres lieux, des régimes politiques ont assis leur pouvoir en brûlant des livres. Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, au Québec, c’est la liste des livres interdits qui s’affichait à l’entrée des églises.

Quel chemin parcouru ! Il faut souligner les actions politiques essentielles qui ont permis dans l’histoire récente du Québec de promouvoir la lecture, de soutenir l’édition en français, de développer le réseau des bibliothèques publiques et des bibliothèques scolaires, de mettre en place des programmes essentiels favorisant l’alphabétisation et le développement des compétences en littératie, ou encore de soutenir la recherche dans ces domaines.

Malgré toutes ces avancées, la situation reste fragile et une proportion encore trop importante de la population est privée de l’accès à la lecture et au monde de l’écrit. D’éminents économistes ont démontré combien cette situation constitue un frein important au développement économique du Québec. Il faut souligner aussi combien cette réalité représente une limitation importante au développement personnel,à la santé, mais aussi à la participation citoyenne et à l’engagement dans lesdébats de société.

Au-delà de l’opération de relations publiques, nous sommes en droit d’attendre que M. Legault chausse ses bottines pour leur permettre de suivre ses babines, et qu’il engage l’ensemble de son gouvernement à poser des actions concrètes visant à permettre au plus grand nombre de Québécoises et de Québécois de toutes origines et de tous milieux de suivre son exemple en s’affichant fièrement comme lectrices et lecteurs, et en partageant avec d’autres leurs plaisirs de lecture.

Pour terminer, voici donc quelques suggestions, non de lecture, mais d’actions à mener afin de s’assurer que :

Le ministre responsable de la langue française réserve dans son plan à venir pour la valorisation du français des moyens spécifiques pour la promotion de la lecture en français et pour le développement des compétences en littératie des populations les plus vulnérables ;

Le ministre de l’Économie révise certains programmes de soutien pour que de jeunes maisons d’édition puissent survivre à la crise actuelle ;

Le ministre de l’Éducation s’assure que, dans les écoles en construction ou en rénovation, on porte une attention particulière à la qualité des espaces de lecture et d’écriture, et aux livres disponibles dans ces espaces ;

La ministre responsable des personnes âgées fasse la promotion des pratiques de lecture et d’écriture auprès de ces personnes afin de contrer leur isolement et de maintenir leurs compétences cognitives et sociales ;

Le ministre de la Famille encourage de multiples manières les pratiques de littératie familiale…

Et la liste pourrait s’allonger, parce que c’est l’ensemble des secteurs dela société qui peuvent contribuer à améliorer les choses ! M. Legault, on souhaite ardemment que votre gouvernement entier en soit un de lecteurs et de lectrices, et que vos actions nourrissent les compétences et le goût de lire de toute notre population !

5 commentaires
  • Claude Noël - Abonné 4 décembre 2020 07 h 38

    Lecture d'ici et d'ailleurs...mais à quel prix?

    J'ai avec le temps appris à lire ce que je faisait très peu. Et pourtant j'ai un diplôme universitaire. Maintenant je fais ma lecture tous les jours et avec des sujets très variés. Mais aux prix que sont vendus les livres en librairie...l'argent manque. Pour m'aider j'achète les moins chers,Livres de poche. Maintenant ils sont en librairie plus tôt. Et je n'aime pas aller en bibliothèque pour lire ou prendre des volumes pour x jours. La Culture coûte chère qu'on le veuille ou non....Claude Noël

  • Louise Melançon - Abonnée 4 décembre 2020 08 h 41

    Et les enseignants...

    Une prise-de-parole bienvenue de la part de professeurs de Faculté d'éducation... mais la formation des enseignants aussi doit être mise à la tâche...non?

  • Claude Vaillancourt - Abonné 4 décembre 2020 09 h 23

    Les chefs d’État et la lecture

    Pour nourrir cette réflexion, un article publié dans la revue Relations (no 750, août 2011) :

    https://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/les-chefs-detat-et-la-lecture/?fbclid=IwAR3YXUWlLZzFBIIhvzqr2_KFRbNIeqwZm8cBupRst-1hb4aJPlnSCveQRRI

  • Jean-Paul Carrier - Abonné 4 décembre 2020 10 h 21

    Vous avez oublié le plus important

    En tête de liste des suggestions d’actions. Les parents doivent limiter le temps d’accès aux jeux vidéo des jeunes et de leur mettre un livre entre les mains. Je ne dis pas de bannir les jeux vidéo, mais une balance s’impose. Personne ne devient amoureux de la lecture rendue dans une résidence pour personne âgée. Ça commence durant l’enfance. Cette année j’étais émerveillé de constater que mes petits-enfants avaient tous suggéré des livres comme cadeau de Noël. Ce n’est pas venu par miracle. L’implication des parents est la source de cette belle réussite. Il y a de l’espoir et elle commence au sein des foyers.

  • Gilles Théberge - Abonné 4 décembre 2020 14 h 28

    Que c'est ingénieux.

    Bravo !