On doit appliquer la loi 101 aux cégeps

«Ce que le ministre Jolin-Barrette doit comprendre, c’est que la politique qu’il doit viser et soutenir, c’est celle de la reconfiguration des institutions en mettant fin à la dualité du système de l’enseignement collégial», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Ce que le ministre Jolin-Barrette doit comprendre, c’est que la politique qu’il doit viser et soutenir, c’est celle de la reconfiguration des institutions en mettant fin à la dualité du système de l’enseignement collégial», écrit l'auteur.

Le ministre Simon Jolin-Barrette vient de se faire claquer une porte sur les doigts. À peine avait-il terminé l’entretien lors duquel il évoquait timidement jongler avec l’idée d’étendre la loi 101 aux cégeps que le premier ministre Legault s’empressait d’intervenir : ça ne se fera pas.

Il a beau se dire nationaliste, notre premier ministre n’en reste pas moins frileux. Il n’aime pas la chicane et l’on sent bien que le dossier de la langue commence sérieusement à lui donner quelques frissons. Il veut bien donner l’impression d’agir pour corriger la situation, mais en puisant dans le répertoire des moyens déjà éculés par une rhétorique larmoyante depuis des décennies : les exigences pour les PME, les sociétés à charte fédérale, les communications aux entreprises et, ô ironie sinistre, communications dans la fonction publique, dans les services, etc. Du prévisible, que du prévisible.

Cela ne veut pas dire que le répertoire des mesures sans cesse différées n’aurait pas d’efficacité. Mais cela révèle néanmoins une incapacité à penser autrement parce que la situation n’est plus ce qu’elle était. Le confort des solutions familières n’entretiendra que la complaisance si utile à la politique des petits pas. Le gouvernement veut bien de la rhétorique de l’urgence, mais son mouvement profond, son attitude fondamentale, c’est celle de se hâter lentement. Le français est en passe de devenir un attribut folklorique à Montréal. Et il ne faudrait surtout pas revoir la configuration institutionnelle qui n’a rien pu faire pour empêcher cette dégradation ?

Ce que le ministre Jolin-Barrette doit comprendre, c’est que la politique qu’il doit viser et soutenir, c’est celle de la reconfiguration des institutions en mettant fin à la dualité du système de l’enseignement collégial. Il faut cesser de financer le choix de s’assimiler. Il faut revoir le financement public et accorder les fonds en proportion du poids démographique et en toute cohérence avec la volonté de construire et de développer une société intégralement française.

Couper l’accès aux fonds publics

Il ne faut pas interdire le cégep en anglais, il faut couper l’accès aux fonds publics aux individus qui tournent le dos aux institutions du Québec français. Seuls les ayants droit à l’éducation en anglais selon les termes de la loi 101 devraient pouvoir les fréquenter avec le soutien des deniers publics. Les contribuables n’ont pas à soutenir des choix privés qui sapent l’intérêt général. Le libre choix subventionné pour l’enseignement supérieur est une pure aberration. C’est une notion bancale qui pervertit la gestion des fonds publics et laisse se structurer dans l’architecture institutionnelle des contradictions qui condamnent le Québec français à s’automutiler pour permettre à ceux et à celles qui veulent y échapper de se tailler des zones d’immunité. Nulle part ailleurs pareilles distorsions ne seraient tolérées.

Le premier ministre ne veut pas étendre la loi 101 au cégep ? Tant pis, mais lui, le comptable pragmatique, lui qui se targue de gérer avec le souci constant des résultats, devrait se rendre à l’évidence : le financement public du libre accès aux cégeps anglais sape à sa base même l’ambition de faire du français la langue commune et la langue de travail. Former en surnombre une main-d’œuvre en anglais pour ensuite invoquer la loi et le droit de travailler en français ? Il y a des limites à s’abriter derrière les grands énoncés de principes pour mieux se payer de mots. Notre comptable de premier ministre devrait pourtant admettre que le surfinancement des cégeps et établissements anglophones est un mauvais résultat de politique publique. Financer des choix privés avec l’argent des contribuables et se contenter de faire des phrases sur l’intérêt général et la fierté québécoise, c’est aussi un mauvais résultat.

Le premier ministre ne veut pas augmenter les taxes. Soit. Mais en finançant le privilège privé et l’assimilation, il surtaxe l’ensemble des contribuables qui n’ont pas à porter le poids d’une allocation de fonds publics contraire à notre intérêt national et destructrice des fondements de notre identité.

Il faut cesser de penser l’accessibilité aux cégeps anglais comme une seule affaire de liberté individuelle et de choix exercé par « des adultes » comme on l’entend depuis trop longtemps. Il ne s’agit pas de retirer des droits à qui que ce soit, mais bien de savoir si les fonds publics qui rendent possible cette accessibilité sont du meilleur usage. Qu’on les ramène là où cet usage les situe et l’on verra bien les inflexions de la courbe des inscriptions. Il deviendra inutile d’octroyer 50 millions à Dawson pour un agrandissement contraire à la saine gestion des fonds publics.

Il faut placer la notion d’équité au centre de l’équation. L’accessibilité financée par les fonds publics ne sera juste que si elle se finance à même des budgets construits en tenant compte du poids démographique de la minorité des ayants droit. Faire autrement, c’est commettre une impardonnable faute comptable, Monsieur le Premier Ministre.

15 commentaires
  • Brigitte Garneau - Abonnée 26 novembre 2020 06 h 11

    "Il faut placer la notion d'équité au centre de l'équation"

    Vous avez entièrement raison M. Laplante. Comme quoi le Premier Ministre et le Comptable se retrouvent en conflit...d'intérêts. Encore faut-il se "souvenir" de ceux-ci.

  • André Baril - Abonné 26 novembre 2020 07 h 32

    Merci M. Laplante, excellente argumentation.

  • Germain Dallaire - Abonné 26 novembre 2020 07 h 40

    Se bouger le c..

    On ne peut se contenter d'un ministre qui semble de plus en plus isolé dans son gouvernement. La population doit s'exprimer. L'heure est à l'action: samedi 13 hres en façe de l'hôtel de ville de Montréal. (http://suivi.lnk01.com/v/443/991a3f8a080312765e086

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 26 novembre 2020 08 h 28

    Absolument d'accord!

    Si la loi nouvelle loi 101 n'inclut pas les Cegeps et si des investissements majeurs continuent d'être fait dans l'éducation supérieur anglophone, je pense que la CAQ va perdre des plumes, beaucoup.

    Legault ne semble comprendre pourquoi il a été élu, les québécois n'ont plus de patience, ils veulent des changements drastiques sans la menace de l'indépendance, mais si les changements ne sont pas fait, gageons qu'ils seront prêt à risquer l'indépendance avec le PQ, puisque il est facile présentement de constater que c'est la seule vraie solution.

    Alors plante toi mon Legault!

  • Serge Daigno - Inscrit 26 novembre 2020 08 h 44

    Trois morceaux de robot

    « Seuls les ayants droit à l’éducation en anglais selon les termes de la loi 101 devraient pouvoir les fréquenter avec le soutien des deniers publics. »

    Votre réflexion est sensée, empreinte de gros bon sens, et, tel un livre comptable, parfaitement équilibrée.