«Homo sapiens» en a vu d’autres…

«Plus près de nous, la grippe espagnole (1918-1919) a tué environ 50 millions de personnes dans le monde, plus que la Première Guerre mondiale», écrit l'auteur.
Photo: National Museum of Health and Medicine «Plus près de nous, la grippe espagnole (1918-1919) a tué environ 50 millions de personnes dans le monde, plus que la Première Guerre mondiale», écrit l'auteur.

La présente pandémie provoque d’inévitables détresses psychologiques dans la population, notamment chez les jeunes, comme en témoignent de nombreux reportages et articles parus dans plusieurs médias depuis quelques semaines. À titre d’exemple, l’Association des pédiatres du Québec a publié ce communiqué le 5 octobre dernier : les restrictions sanitaires sont en train de créer de sérieux problèmes chez toute une génération d’ados, on peut même parler d’un « sacrifice générationnel ». Or, de telles mises en garde ne contribueraient-elles pas à augmenter le niveau d’inquiétude chez les jeunes ? Pourquoi faut-il se montrer si alarmiste ? Les jeunes n’ont-ils pas le droit de s’attendre à mieux de la part des adultes ?

Les élèves du secondaire, à tout le moins, aiment entendre du positif, même s’il s’agit de situations difficiles à vivre pour eux et la société. Pourquoi ne pas en profiter pour discuter, voire enseigner, des sujets démontrant que, depuis l’apparition de la vie sur Terre, de nombreux événements dramatiques s’y sont déroulés ? Il y aurait eu un certain nombre de grandes extinctions biologiques, dont cinq grandes extinctions de masse. La fin de l’ordovicien (–438 millions d’années), la fin du dévonien (–370 millions d’années), la fin du permien (–248 millions d’années), la jonction trias-jurassique (–215 millions d’années) et la fin du mésozoïque, voici 65 millions d’années. La grande crise du permien fut la pire de toutes, car environ 95 % des espèces disparurent de la Terre. Pourtant, les êtres vivants continuent de peupler notre planète.

Depuis l’apparition de notre espèce, Homo sapiens, il y a environ 300 000 ans, les humains ont fait face à une multitude de dangers, dont plusieurs épidémies causées par de nombreux agents pathogènes, comme les bactéries, les virus et les champignons.

Le choléra, dont le foyer d’origine est l’Asie, est décrit pour la première fois en Inde il y a 2500 ans. Jusqu’à l’ère chrétienne, quarante épidémies de peste se seraient succédé, selon la Bible. La grande peste noire fit au moins 25 millions de victimes en Europe, entre 1346 et 1353. L’endémie se prolongea durant trois siècles, jalonnée par les épisodes tristement célèbres de la peste de Venise (1575-1577), de Lyon (1628), de Nimègue (1635), de Londres (1665), de Marseille (1720).

Plus près de nous, la grippe espagnole (1918-1919) a tué environ 50 millions de personnes dans le monde, plus que la Première Guerre mondiale. Le plus étonnant est que les jeunes étaient les plus touchés (la moitié des morts étaient des adultes de 20 à 40 ans). Au Québec, environ 400 000 personnes tombèrent malades en 1918, et 3 % en sont morts. Malgré tout, nous sommes toujours là.

Il serait important de discuter avec les ados des événements difficiles vécus dans le passé par l’humain. En racontant aux jeunes notre histoire, en mettant cette pandémie en perspective, nous réussirons à les rassurer. Nous devons leur dire que la vie est belle, malgré tout, et que l’avenir est rempli de promesses. Oui, les temps sont durs depuis le début de l’année, mais nous sommes forts. Nous en avons vu d’autres.

7 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 26 novembre 2020 06 h 20

    Les hommes de fer de la Nouvelle-France (et les femmes itou...)

    S'il n'existait pas un tabou discret mais efficace sur le financement de films montrant ce que furent vraiment nos ancêtres au temps de la Nouvelle-France, les adolescents d'aujourd'hui découvriraient que les Canadiens et les Canadiennes de naguère ne furent pas exactement ce genre de chiffes molles que d'étroits cénacles proposent aujourd'hui en exemple.

    • Pierre Rousseau - Abonné 26 novembre 2020 08 h 15

      Je ne sais pas de quoi vous parlez sauf pour admettre que le Québécois contemporain est loin d'avoir le courage et la résilience de ses ancêtres. Nos ancêtres ont couru l'Amérique dans le passé bien avant les anglophones et l'ouest a été habité par des Canadiens, avec et au sein des nations autochtones, bien avant les autres. On sait que pour les Américains, Lewis & Clark ont « découvert » la voie continentale vers le Pacifique... or cette expédition était guidée par un Canadien, Toussaint Charbonneau et sa conjointe Shoshone, Sacagawea. On rapporte aussi que les expéditions de Sir Alexander Mackenzie et de Simon Fraser comptait des « guides » Canadiens-français. Serge Bouchard donne aussi beaucoup d'exemples de nos ancêtres courageux et déterminés qui ont voyagé dans tous les coins de l'Amérique du Nord.

    • Léonce Naud - Abonné 26 novembre 2020 11 h 57

      Pierre Rousseau: vous affectez de ne pas savoir de quoi je parle parce que vous refusez de l'admettre.

    • Loraine King - Abonnée 26 novembre 2020 14 h 48

      À Léonce Naud: parlez-vous du manque de bras?

    • Léonce Naud - Abonné 26 novembre 2020 17 h 01

      Loraine King: Je mentionne l'existence d'un tabou sur le financement par Ottawa et Québec de films d'action historiques qui pourraient connaître autant de succès que n'en a connu le film «Le dernier des Mohicans». On illustrerait ainsi les gens d'action, avec leurs alliés Indiens tels le grand Pontiac, que furent les ancêtres des Québécois d'aujourd'hui à l'époque de la Nouvelle-France. Je sais très bien que cette simple suggestion vous hérisse. Mais que voulez-vous?, dirait notre Grand Manitou de Shawinigan.

  • Françoise Labelle - Abonnée 26 novembre 2020 07 h 11

    Prendre du recul

    L'anthropologie a plusieurs vertus, entre autres celle de mettre en contexte la présente pandémie. La peste du 14e siècle a laissé ses marques dans l’art et la société. Probablement plus que ce que laissera la présente pandémie.
    Les jeunes sont aussi concernés par les changements climatiques et l'inaction des aînés. Là, l'anthropologie n'est d'aucun secours puisque que nous sommes la cause du présent bouleversement climatique, contrairement au bouleversement climatique qui ont eu cours dans l'histoire.
    Enfin, l'anthropologie donne des réponses à cette faculté proprement humaine que sont le langage et l'intelligence symbolique. La solidarité humaine dans des groupes de plus en plus larges est à la base de ce développement. Cette solidarité, et le langage, sont en train d'être détruits au profit de quelques-uns. Les mots ne signifient plus la même chose pour de grands pans de la société.
    «The Symbolic Species: The Co-evolution of Language and the Brain» Terrence Deacon, disponible en anglais sur kindle.

  • Cyril Dionne - Abonné 26 novembre 2020 10 h 05

    « Le luxe est le refus fondamental de l'être humain de limiter sa vie à une survie » Stéphane Marchand

    C’est toute une génération qui sera touchée par cette pandémie. Oui, plusieurs auront des retards académiques importants et dans certain cas, ils seront insurmontables. Le constat d’échec en milieu scolaire sera flagrant, et il ne faut pas oublier le primaire dans cette équation puisque c’est celui-ci qui aligne l’enfant dans la bonne direction. Or, les échecs vont se multiplier à la fin de cette calomnie infernale tout comme pour les faillites personnelles.

    Cela dit, il faudrait leur dire qu’au Québec, ils sont chanceux de ne pas vivre en zone de guerre ou bien dans un endroit où la famine guette constamment. Ils sont privilégiés de vivre au Québec ou bien dans un pays occidental. Ce sacrifice générationnel est encore pire ailleurs.

    Bon. Que dire des générations qui pâtissent dans les CHSLD et les maisons pour aînés, eux, qui sont les premiers et les seuls à mourir de ce coronavirus à 92%? Ils ont aussi connu la 2e guerre mondiale et la Grande Dépression pour la plupart et ils ne se plaignent pas. Ce sont eux les bâtisseurs de notre société que plusieurs semblent traiter comme des moins que rien ces temps-ci. Tout est relatif dans la vie et passer une pandémie dans les conditions présentes n’est certainement pas la fin du monde.

    Nous vivons dans une société hyper-individualiste où les chartes et les droits individuels outrepassent tous les droits de la collectivité. Ce n’est plus ce qu’on peut faire pour les autres, c’est ce que les autres peuvent faire pour nous. Oui, misère.