L’éradication des violences faites aux femmes doit être une priorité

«D’un côté, des ultrareligieux portés par des courants politiques conservateurs ou d’extrême droite qui prennent les femmes en otage, quitte à fermer les yeux sur les drames des avortements clandestins, et de l’autre côté, une société en mouvement, libre, qui fait preuve comme en Pologne d’un courage et d’une ténacité exemplaires qui ne se laisse rien imposer», écrivent les singataires.
Photo: Wojtek Radwanski Agence France-Presse «D’un côté, des ultrareligieux portés par des courants politiques conservateurs ou d’extrême droite qui prennent les femmes en otage, quitte à fermer les yeux sur les drames des avortements clandestins, et de l’autre côté, une société en mouvement, libre, qui fait preuve comme en Pologne d’un courage et d’une ténacité exemplaires qui ne se laisse rien imposer», écrivent les singataires.

Les limitations du droit à l’avortement en Pologne, suivies des imposantes manifestations du mouvement « Grève nationale des femmes » pour rejeter cette énième tentative de restriction qui concerne, cette fois-ci, de graves malformations de l’embryon, illustrent bien l’intensité du combat des femmes en Europe et dans le monde.

Cela est encore plus vrai avec l’héritage laissé par Donald Trump aux États-Unis. D’un côté, des ultrareligieux portés par des courants politiques conservateurs ou d’extrême droite qui prennent les femmes en otage, quitte à fermer les yeux sur les drames des avortements clandestins, et de l’autre côté, une société en mouvement, libre, qui fait preuve comme en Pologne d’un courage et d’une ténacité exemplaires qui ne se laisse rien imposer.

Lorsque le Parlement est bloqué, les femmes investissent la rue. Non, la démocratie ne se fait pas avec des citoyennes de seconde zone dont on verrouille la sexualité. La démocratie se façonne à travers un État qui garantit des droits. Or, ces droits, surtout lorsqu’il concerne les femmes, « fluctuent » au gré des conjonctures politiques. Si bien qu’en 1994, au Caire, lors de la Conférence internationale sur la population et le développement, le Vatican et certains pays musulmans formèrent une alliance pour s’attaquer aux droits reproductifs. Depuis, ce bloc, soutenu par les évangélistes, rêve d’altérer les résolutions internationales par des dispositions relatives au respect des traditions et des « pratiques culturelles ». La religion force le passage et pour les droits des femmes, c’est la marche arrière garantie.

Turbulences extrêmes

La Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, le 25 novembre, revêt cette année un aspect particulier puisqu’elle intervient dans un contexte international de turbulences extrêmes qui ont vu, avec la crise de la COVID, les violences intrafamiliales et conjugales augmenter. En Europe, dans l’espace public, les femmes sont victimes de harcèlement, de violences et de viols. Lorsqu’elles décident d’agir sur le plan légal, le dépôt de plainte à la police et l’accès à la justice dans des délais raisonnables deviennent des enjeux majeurs. La précarité économique et sociale des femmes est tout aussi préoccupante. Comment expliquer que des questions aussi déterminantes que l’égalité salariale, la faible rémunération des emplois majoritairement féminins et le travail partiel non choisi tardent encore à être résolues ?

À l’échelle internationale, les femmes subissent les violences liées aux conflits, à la montée de la pauvreté, au trafic d’êtres humains. Les autres crises n’ont pas disparu. La guerre ouverte que livrent les groupes islamistes et certains États musulmans aux femmes se poursuit, réduisant certaines d’entre elles à l’esclavage. En Afghanistan, les talibans qui invisibilisent les femmes et les empêchent d’accéder à l’éducation sont en passe de revenir au pouvoir grâce à la passivité de la communauté internationale, sinon à sa complaisance à l’endroit des fossoyeurs d’autrefois. En République islamique d’Iran, des femmes résistantes au voile comme Nasrin Sotoudeh croupissent dans les prisons, sont torturées et violées. En Arabie saoudite, les opposantes au régime comme Loujain al-Hathloul subissent le même sort. Comment ne pas parler des excisions, des infanticides des filles, des crimes d’honneur et des mariages de mineures ? Comment passer sous silence que l’accès à la pornographie dès le plus jeune âge amène de plus en plus de très jeunes filles à vivre leur sexualité de manière dégradante et à sombrer dans la prostitution ?

Laïcité indispensable

Nous, féministes, universalistes et laïques, affirmons que la séparation des pouvoirs politiques et religieux est une condition indispensable au respect des droits des femmes et à la reconnaissance de leur caractère universel. Les femmes sont plus autonomes et libres dans les pays où la loi les protège, plutôt que dans des pays où les religions patriarcales sont la source du droit ou bénéficient « d’accommodements ». L’évolution du Québec pour consacrer le principe de la laïcité de l’État est fort encourageante.

Nous féministes, universalistes et laïques, sommes attachées à l’universalité des droits de la personne, dénonçons avec force un courant relativiste qui ferme les yeux sur les injustices, les violences et les discriminations dont sont victimes des femmes de culture ou de foi musulmane. Ce courant refuse de s’opposer au voilement des femmes et même des fillettes au nom de l’antiracisme ou du respect du « choix individuel » au prétexte de ne pas faire le jeu de l’extrême droite et de ne pas stigmatiser les musulmans. Ce « féminisme intersectionnel » qui fait de « l’antiracisme » ou de la « lutte contre l’islamophobie » un credo, comme ce fut le cas lors des agressions sexuelles, à Cologne, lors des célébrations du 31 décembre 2015, ou plus récemment avec l’affaire Mila, cette jeune adolescente victime de menaces de mort, renonce au féminisme et à la solidarité internationale. En somme, c’est une inclusivité excluante.

Nous féministes, universalistes et laïques, sommes attachées au principe de solidarité internationale, il ne peut y avoir d’avancée pour les droits des femmes qu’ensemble, d’un bout à l’autre de la planète. C’est dans la continuité de nos luttes que nous ferons reculer les intégrismes religieux, les mouvements d’extrême droite et tous les courants liberticides qui s’opposent à l’émancipation des femmes.

À l’heure où la France s’apprête à légiférer sur le séparatisme, soyons claires : le séparatisme prôné par les intégrismes religieux et par les sectes cache aussi un autre séparatisme : celui entre les femmes et les hommes. Il cache aussi un suprémacisme, celui des hommes sur les femmes. Nous, signataires féministes universalistes et laïques, appelons à lutter sans relâche pour une société où l’éradication des violences à l’encontre des femmes et l’égalité des droits entre les femmes et les hommes constitue le socle de notre démocratie.

* Cette lettre est signée par 25 femmes et organismes :
Malika Akhdim, militante féministe et laïque, Collectif Laïcité Yallah (Belgique)
Djemila Benhabib, politologue et écrivaine, porte-parole du Collectif Laïcité Yallah (Belgique)
Anne-Marie Bilodeau, avocate à la retraite (Québec)
Laure Caille, présidente de Libres MarianneS (France)
Yeter Celili, militante féministe et laïque, Collectif Laïcité Yallah (Belgique)
Nadia El-Mabrouk, professeur à l’Université de Montréal (Québec)
Aude Exertier, avocate (Québec)
Chantal Faubert, féministe universaliste (Québec)
Nadia Geerts, Essayiste et militante laïque et féministe. Prix international de la laïcité 2019 (Belgique)
Rachida Hamdan, présidente des Résilientes (France)
Christine Le Doaré, juriste, porte-parole des VigilantEs (France)
Leila Lesbet, enseignante, membre du conseil du statut de la femme (2013-2018) (Québec)
Christine Lévesque, enseignante (Québec)
Louise Mailloux, professeur de philosophie (Québec)
Kaoukab Omani, éducatrice, Collectif Laïcité Yallah (Belgique)
Sylvie Poffé, directrice culturelle Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind (Belgique)
Pour les Droits des Femmes du Québec (PDF-Québec)
Claire Simard, professeure-chercheure retraitée (Québec)
Michèle Sirois, anthropologue et militante féministe (Québec)
Annie Sugier, physicienne, présidente de la Ligue du Droit International des Femmes (France)
Johanne St-Amour, militante féministe et laïque (Québec)
Ina Van Looy, directrice Centre d’éducation à la citoyenneté du Centre Communautaire Laïc Juif David Susskind (Belgique)
Michèle Vianès, présidente de Regards de Femmes (France)
Andrée Yanacopoulo, docteur (Québec)
Linda Weil-Curiel, avocate, vice-présidente Ligue du Droit International des Femmes Arlette Zilberg : orthophoniste, porte-parole des VigilantEs, (France)

6 commentaires
  • Ginette Chartrand - Abonnée 25 novembre 2020 09 h 22

    Merci à toutes pour ce texte.

  • Jean-François Trottier - Abonné 25 novembre 2020 09 h 23

    Très bien! Et ajoutons

    Les statistiques démontrent clairement, et depuis longtemps, que le violence dite conjugale est aussi répandue et grave quand les victimes sont des hommes que quand elles sont des femmes.

    Tout comme beaucoup de violences faites aux femmes sont institutionnalisées, le silence qui entoure celle faite aux hommes est général, opaque, tabou.
    Au mieux elle prête à rire, un "mieux" pour le moins relatif.

    Le pire de ces violences est le silence, qui engendre un désespoir profond.
    Chaque jour ou en tout cas chaque semaine on entend et lit des incitations à briser le silence auprès des femmmes, y compris parfois des mises en scène où le coupable est bien en évidence, bien mâle, vainqueur perpétuel.

    Pour les hommes n'existe même pas une forme de reconnaissance. On est a des années-lumière de l'incitation à nommer, s'exprimer, réagir ou même dénoncer.
    Une image d'Épinal est gravée dans nos esprits, qui interdit d'inverser ces rôles inventés. Pourtant.... la moitié!! Et ceci, trouvé et comptabilisé dans un monde où l'aveu de violence par une femme est difficile sinon impossible.

    Le silence, des millliers d'hommes y vivent, et notre société s'engonce de plus en plus dans une névrose à base d'autres préjugés, ni pires ni meilleurs que d'autres, toujours dichotomiques, facteur de différentes formes d'esclavage de l'esprit et de mort mentale comme une gangrène.

    En tant que féministes, les auteures ont mille fois raison de prendre la part des femmes, puisqu'elles parlent de ce qu'elles connaissent à tout point de vue. C'est d'une honnêteté irréprochable et c'est capital.
    Je n'ai rien à ajouter à ce sujet, sauf bravo.

    Maintenant, peut-on s'occuper un peu de toutes les victimes, dont celles très silencieuses qui n'ont aucun porte-parole?
    Juste en parler déjà, hein...

    La parole libère, le silence tue.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 novembre 2020 17 h 20

      Votre commentaire est un peu équivoque monsieur Trottier et vous tentez tant bien que mal de vous réchapper. Je comprends que la violence faites aux hommes n'est pas plus édifiante que l'autre. Mais admettons que la violence faites aux femmes est pas mal plus répandue n'est-ce pas ? Sans compter que les violences physiques contre les femmes se terminent souvent par des meurtres.

      Combien de meurtres de femme cette année versus ceux d'hommes...?

      Je pense que les femmes sont et seront toujoures désavantagées en ce qui concerne le violence.

      Et quand j'aurai de l'argent...

      Merci à ce collectif.

    • Françoise Labelle - Abonnée 25 novembre 2020 17 h 48

      M.Théberge,
      il me semble que M.Trottier reconnaît les évidences statistiques.
      Il ajoute que bien des hommes sont victimes de violence aux mains de d'autres hommes, en prison ou ailleurs, ce qui est aussi un fait statistique.

      Je ne peux jaimer aucun commentaire. Est-ce nécessaire?

  • Christian Roy - Abonné 25 novembre 2020 10 h 35

    Nous féministes, universalistes et laïques...

    ... ou laïcistes ?

    Parlant "d'inclusivité excluante", peut-on être croyantes voilées par choix personnel et soutenir ardemment la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes ? Les deux sont-ils incompatibles ?

  • Loyola Leroux - Abonné 25 novembre 2020 21 h 03

    L’invention d’un vocabulaire surréaliste par nos universitaires.

    Des expressions comme : s’opposer au voile islamique est raciste, c’est stigmatiser les musulmans, «Ce féminisme intersectionnel qui fait de « l’antiracisme » ou de la « lutte contre l’islamophobie » un credo, comme ce fut le cas lors des agressions sexuelles, à Cologne, lors des célébrations du 31 décembre 2015, …»
    Mais qui comprend ces expressions ? Il y a 100 ans, les universitaires nommaient les neuf espèces d’anges : chérubins, séraphins, archange, etc., le diable était un ange déchu ! Les chercheurs, constatant que le nombre d’humain augmente et que conséquemment le nombre d’anges du bien et du mal attaché a chaque humain augmente ‘’naturellement’’ aussi se demandaient comment ils se reproduisaient puisqu’ils n’avaient pas de corps !
    Le Gros Bon Sens nous apprend simplement que les relations hommes femmes sont le résultat d’une lutte de tous les jours, d’un rapport de force continu. Dans ce combat ce que l’un gagne, l’autre le perd. Les couples heureux vivent une forme d’égalité
    Vouloir ‘’éradiquer’’ la violence, comme Staline ou Pol Pot qui a voulu éradiquer la bourgeoisie cambodgienne, dans le domaine des humaines sciences, en copiant les scientifiques, qui ont éradiqué la petite vérole dans le domaine des sciences est très dangereux.