Pourquoi je ne porte plus de signe religieux

«Cette croix, qui représente pour moi les valeurs judéo-chrétiennes d’amour de son prochain, représentait plutôt, pour quelqu’un d’autre, des expériences douloureuses de rejet», écrit l'autrice.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Cette croix, qui représente pour moi les valeurs judéo-chrétiennes d’amour de son prochain, représentait plutôt, pour quelqu’un d’autre, des expériences douloureuses de rejet», écrit l'autrice.

Avec le procès contestant la Loi sur la laïcité de l’État entamé à la Cour supérieure le 2 novembre, le débat revient dans l’actualité. Pour ou contre les signes religieux pour les enseignants du primaire et du secondaire ? Le gouvernement fait-il bien de bannir les symboles religieux de ses employés en situation d’autorité face à nos jeunes ou va-t-il plutôt trop loin ?

J’ai déjà, à un certain moment dans ma vie, porté une croix tous les jours. Du jour au lendemain, j’ai arrêté. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’un ami homosexuel m’a avoué qu’avant de bien me connaître, il avait peur de me dévoiler son homosexualité. En voyant mon signe religieux, il était persuadé que je le jugerais négativement.

J’étais estomaquée. Cette croix, qui représente pour moi les valeurs judéo-chrétiennes d’amour de son prochain, représentait plutôt, pour quelqu’un d’autre, des expériences douloureuses de rejet. C’est à ce moment que j’ai compris à quel point un symbole religieux peut signifier quelque chose de différent selon celui qui le regarde. Et cette ambiguïté sur sa signification crée des barrières.

En tant qu’enseignante, la dernière chose que je voudrais serait de créer des barrières avec mes étudiants. Surtout avec des jeunes qui vivent le processus complexe et souvent douloureux d’accepter, et de faire accepter, leur orientation sexuelle lorsqu’elle ne correspond pas à celle de la majorité. Au contraire, je travaille toujours pour qu’ils se sentent à l’aise de venir me parler et de me poser des questions. J’insiste souvent sur le fait qu’il n’y a pas de questions stupides, qu’on apprend tous différemment, et chacun à son rythme. Et ces étudiants viennent quelquefois me confier des choses à mon bureau. Quand ça va mal dans leurs études, mais aussi à la maison avec leurs parents, avec leurs amis ou dans leur relation amoureuse. Je suis parfois la seule oreille présente pour les écouter vider leur sac souvent trop plein.

Je ne peux m’imaginer créer une barrière telle qu’un de mes étudiants en difficulté se sente rejeté par moi et n’ose pas venir me voir. Si c’était le cas, j’aurai échoué en tant qu’enseignante.

Le rôle de l’enseignant est d’abord d’enseigner et de former ses élèves, mais aussi, à un certain point, de favoriser leur sens critique pour qu’ils puissent se forger, dans la plus grande liberté, leurs propres opinions. Un bon enseignant doit leur apprendre à réfléchir par eux-mêmes, et non leur dire quoi penser. Dans cette optique, aucun enseignant des écoles publiques du primaire et du secondaire ne devrait porter de symboles politiques ou religieux. L’apparence de neutralité est importante. On le comprend facilement avec cet exemple : trouveriez-vous acceptable qu’un arbitre de hockey de la LNH arbitre, en portant toujours sur son chandail un macaron de son équipe favorite ? Même s’il arbitre de manière impartiale, cette allégeance, affichée publiquement à l’une des équipes, rend automatiquement toutes ses actions suspectes.

Toute personne qui porte un symbole religieux n’est pas automatiquement homophobe. Toutefois, si on regarde le discours officiel des trois grandes religions monothéistes, soit le christianisme, le judaïsme et l’islam, qu’est-ce qu’on y trouve ? Un discours qui condamne officiellement l’homosexualité et qui, aussi, traite inégalement les hommes et les femmes.

Tant que ces questions ne seront pas réglées, je ne porterai pas de symbole religieux devant mes élèves.

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