Tous les Québécois ont droit à des soins adaptés à leurs conditions

«Les soins à domicile sont possibles et moins coûteux et permettent d’offrir des soins palliatifs en RI et RPA tout en libérant des lits hospitaliers dont on a grand besoin en ces temps de pandémie», expliquent les signataires.
Photo: iStock «Les soins à domicile sont possibles et moins coûteux et permettent d’offrir des soins palliatifs en RI et RPA tout en libérant des lits hospitaliers dont on a grand besoin en ces temps de pandémie», expliquent les signataires.

La Coalition du Québec pour l’accès aux soins palliatifs dénonce les réticences de certains milieux de vie pour personnes âgées d’offrir des soins palliatifs à domicile. Au Québec, la loi concernant les soins palliatifs et de fin de vie de 2015 spécifie que tous les Québécois ont droit à des soins palliatifs publics et gratuits et que ceux-ci doivent être rendus accessibles dans tous les milieux, selon le souhait de la personne malade et de ses proches, y compris donc à domicile.

Comme les résidences intermédiaires (RI) et les résidences privées pour aînés (RPA) sont des milieux de vie considérés comme des domiciles, ce sont donc les équipes de soins à domicile des CLSC ainsi que les équipes des GMF (groupes de médecins de famille) qui ont le mandat d’offrir à ces patients des soins appropriés à leurs besoins, en collaboration avec le personnel des résidences, le cas échéant. Le tandem infirmières/médecins est le noyau de base de l’équipe de soins palliatifs à domicile. Si c’est le souhait de la personne en fin de vie d’obtenir des soins de confort à son appartement dans une RI ou une RPA, les professionnelles de la santé doivent avoir un plein accès à ces personnes. Cela doit évidemment se faire en se souciant du personnel des RI et des RPA afin d’assurer la protection de tous en matière de prévention et de protection des infections.

Malheureusement, dans certaines RPA, des clauses intégrées dans les baux signés par les personnes âgées permettent aux propriétaires de ces résidences d’expulser contre leur volonté ces patients en fin de vie puisqu’ils sont en « perte d’autonomie ». De nombreux Québécois âgés souffrant de maladies terminales (cancer, insuffisance cardiaque, pulmonaire, rénale, hépatique, démence) doivent alors quitter leur résidence, dans un moment d’extrême vulnérabilité pour eux, leurs proches aidants et leur famille.

La Coalition se questionne sur cette pratique connue du ministère puisqu’un sous-comité se penche sur cette question depuis septembre dernier. Nous pensons qu’il est inacceptable de laisser ces situations perdurer à deux niveaux. D’une part, de telles clauses, intégrées à la signature d’un bail, peuvent laisser place à des consentements non éclairés et à de l’abus de la part de certains propriétaires de RPA. Il est possible que certains aînés ne saisissent pas toute la portée de cette clause lors de la signature.

D’autre part, en contexte de pandémie, le message du ministère de la Santé et des Services sociaux martèle le besoin d’éviter l’utilisation inutile des ressources hospitalières. Or, lors des deux vagues de la pandémie, des médecins et du personnel infirmier ainsi que des proches aidants se sont vu refuser l’accès à des personnes en fin de vie résidant dans des RI ou des RPA. Cette situation est inacceptable.

Plusieurs de ces patients se sont donc retrouvés à l’hôpital, en passant par les urgences, ce qui relève du non-sens ! Nous savons que les soins à domicile sont possibles et moins coûteux et permettent d’offrir des soins palliatifs en RI et RPA tout en libérant des lits hospitaliers dont on a grand besoin en ces temps de pandémie.

Nous déplorons le non-respect des volontés de ces personnes âgées souhaitant demeurer chez elles pour recevoir des soins de confort adaptés à leur condition. Nous déplorons aussi le non-respect des directives ministérielles actuelles, surtout en ces temps de pandémie !

La Coalition du Québec pour l’accès aux soins palliatifs demande au ministère de rapidement trouver et mettre en application les mesures correctrices qui s’imposent. Une société est jugée à la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables. Laissez-nous les soigner. Qu’il y ait présence de COVID ou pas… pour mieux évaluer, prévenir les situations catastrophes et apporter le confort dont ils ont besoin.


*Cette lettre est présentée par une douzaine d’organismes :
Membres de la Coalition du Québec pour l’accès aux soins palliatifs :
Alliance des maisons de soins palliatifs du Québec
Association Québécoise de soins palliatifs
Fédération du Mouvement Albatros du Québec
Fondation Jeanne Mance
Institut des soins palliatifs de Montréal / Résidence de soins palliatifs Teresa-Dellar
Le Phare enfants et familles
Maison La Source Bleue
Maison Victor Gadbois
NOVA Montréal
Organisation Québécoise des Personnes Atteintes de Cancer
Palli-science
Regroupement Des Aidants Naturels Du Québec
SIAD de Verdun
Société québécoise des médecins de soins palliatifs

3 commentaires
  • Joël Tremblay - Abonné 21 novembre 2020 05 h 12

    La situation va augmenter exponentiellement, comment allons-nous payer?

    En ce moment, à l'échelle canadienne, selon les données du gouvernement lui-même, environ 30-35% des personnes qui ont besoin de soins à domicile ne les recoivent pas...

    En CE MOMENT.

    Où allons-nous trouver des gens aptes et disposés à faire ces emplois?

    Comment allons-nous faire pour leur donner un salaire décent?

    J,attends des suggestions viables.

    Depuis 15-20 ans......

  • Yvon Bureau - Abonné 21 novembre 2020 21 h 46

    Droit aux soins de fin de vie

    En 2015, le Québec s'est donné la Loi sur les soins de fin de vie.

    «Tous les Québécois ont droit à des soins adaptés à leurs conditions»
    Oui. Ils ont droit aux soins de fin de vie, incluant l'aide médicale à mourir, adaptés à leurs conditions,
    conformes à leur choix éclairé et libre,
    demeurant au coeur et au centre des processus d'information et de décision,
    avec la primauté de leur seul intérêt.

    Merci pour cette lettre. Il y a de fort bons points.

  • Yvon Bureau - Abonné 22 novembre 2020 18 h 38

    L'inacceptable et le honteux

    D'un côté, que vous avez raison de parler d'une situation inacceptable. «Cette situation est inacceptable.»

    D'un autre côté, comment ne pas souligner une situation honteuse. Tel que relatée dans l'article de Brigitte Breton du Le Soleil du 24 octobre dernier. «Transferts honteux de malades
    CHRONIQUE / Que des patients (en Maisons de SP) à un stade terminal de leur maladie doivent être transférés dans un autre établissement afin d’y recevoir l’aide médicale à mourir préoccupe la Commission sur les soins de fin de vie. Ni dogme ni religion ne justifient cela, selon son président, Michel A. Bureau.
    Pour le médecin Alain Naud, ces déplacements pour obtenir une aide légitime et légale sont «honteux». ...»

    Dernier point. En 2015, Le Québec s'est donné la Loi concernant les soins de fin de vie. Ces soins incluent les Soins palliatifs, le refus des traitements avec médicaments efficaces contre la douleur, la sédation palliative continue et l'aide médicale à mourir. Vous écrivez : «Au Québec, la loi concernant les soins palliatifs et de fin de vie de 2015». La terminologie «Soins palliatifs et de fin de vie» me semble habiter l'univers du biais et de l'intention. Petit.

    Le Québec a sa Loi sur les soins de fin de vie. La Commission sur les soins de fin de vie. Bientôt, la Politique québécoise sur les soins de fin de vie.

    Le temps tellement hors de l'ordinaire que nous vivons est à l'Unisson et au Travailler et soigner ensemble. Par compassion.