Max Gros-Louis, ou la fierté autochtone retrouvée

«La prestance de Max Gros-Louis, l’assurance du timbre de sa voix, la fermeté de ses convictions, son idée claire de ce dont les Autochtones avaient été dépouillés au cours des siècles faisaient de lui un interlocuteur imposant et crédible, et non un revenant folklorique sans influence réelle», estime l'auteur.
Photo: Rogerio Barbosa Agence France-Presse «La prestance de Max Gros-Louis, l’assurance du timbre de sa voix, la fermeté de ses convictions, son idée claire de ce dont les Autochtones avaient été dépouillés au cours des siècles faisaient de lui un interlocuteur imposant et crédible, et non un revenant folklorique sans influence réelle», estime l'auteur.

Max Gros-Louis aura eu une influence déterminante pour restaurer la place des Autochtones dans le débat politique au Québec depuis près de 60 ans et pour créer une association nationale représentative vouée à la défense des droits des Autochtones à l’échelle du Canada.

Il faut bien comprendre qu’on revenait de loin. Dans les années 1950, dans ma jeunesse, on enseignait toujours dans les manuels d’histoire du Québec que les Autochtones étaient des païens, sinon des barbares, qui massacraient les colons français et torturaient de manière inouïe les pauvres missionnaires qui ne voulaient que le salut de leur âme. Refoulés dans des réserves où la pauvreté matérielle et intellectuelle était rampante, les « sauvages », comme on les appelait toujours dans le langage populaire, étaient moins qu’un prolétariat avili.

C’est contre cette négation de leur humanité que Max Gros-Louis s’est d’abord rebellé. Au lieu d’effacer les caractères de son identité, il a décidé de les porter avec fierté. Servi par une haute taille, de près de 2 mètres, il se fait couper les cheveux en crête, qu’il portera ensuite en tresse, toujours vêtu d’une chemise à la manière autochtone.

Il cherche constamment à imposer son identité propre et à valoriser les caractères des nations autochtones du pays ; ce n’était pas à l’époque que mascarade chez les Hurons-Wendats. Des siècles de vie à proximité de la ville de Québec avaient contribué à faire disparaître leur langue, à marginaliser leurs us et coutumes, et à les fondre dans l’univers des « Blancs ».

La prestance de Max Gros-Louis, l’assurance du timbre de sa voix, la fermeté de ses convictions, son idée claire de ce dont les Autochtones avaient été dépouillés au cours des siècles faisaient de lui un interlocuteur imposant et crédible, et non un revenant folklorique sans influence réelle.

D’une certaine manière, en relevant ainsi la tête, Max Gros-Louis incarnait en lui-même tous les Autochtones du pays bafoués, méprisés, écrasés depuis si longtemps. Il a contribué à ce que chacune des nations autochtones puisse revendiquer sa propre intégrité culturelle et ses droits ancestraux spoliés.

Grand chef de la nation huronne-wendate dès 1964, dont il développe l’autonomie économique, il s’oppose en 1969 au livre blanc du ministère des Affaires indiennes qui visait une fois pour toutes à démembrer les réserves et à intégrer les Autochtones dans l’anonymat de la population canadienne.

Il a été du combat de la Baie-James au début des années 1970, appuyant les Cris à contester devant le juge Malouf l’occupation illégale de leurs terres du Grand Nord par le projet hydroélectrique du « siècle ».

La même année, il est l’un des fondateurs de la Fraternité des Indiens du Canada, devenue aujourd’hui l’Assemblée des Premières Nations, l’interlocuteur incontournable et la voix autorisée de l’ensemble des Premières Nations au pays.

Il a réclamé haut et fort la reconnaissance des droits ancestraux et issus des traités dans la Constitution de 1982. Il est allé aux Nations unies, en France, en Angleterre, plaider avec assurance pour la reconnaissance de l’identité autochtone et celle de leurs droits inaliénables finalement reconnus en 2007 dans la Déclaration internationale sur les droits des peuples autochtones.

Sa longue vie au service de la cause autochtone, sa personnalité jamais belliqueuse bien que ferme dans ses principes, « droit dans ses mocassins », comme il le disait lui-même, sa persévérance dans son bon droit, sa contribution essentielle et sa présence unique à des moments de haute visibilité, comme aux cérémonies de clôture des Jeux olympiques de 1976 à Montréal, auront fait de lui un personnage influent de l’histoire contemporaine au pays.

S’exprimant dans une langue française de qualité avec intelligence et grand esprit, il aura été le digne successeur de son prédécesseur historique, le grand chef Kondiaronk, qui, en 1701, contribua à définir les bases de la Grande Paix de Montréal en ralliant 39 autres nations autochtones dans une entreprise diplomatique qui marqua l’histoire pour les cent années suivantes.

Voilà un exemple admirable d’une réussite humaine, comme l’écrirait avec justesse la poétesse innue Joséphine Bacon. Max Gros-Louis aura été un pionnier prophétique de la Réconciliation dans laquelle le pays tout entier est aujourd’hui engagé. Il n’y aura plus jamais de retour à un passé honteux, mais plutôt un regard sur la voie brillante vers un avenir respectueux et profondément reconnaissant pour celui qui avait entrevu depuis longtemps qu’il y avait une autre manière de vivre l’égalité et le respect de la diversité des destins.

Max Gros-Louis, nous t’honorons, et nous nous souviendrons combien tu nous auras rendus meilleurs, nous guidant au-delà de notre passé colonial vers une société humaniste.

14 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 18 novembre 2020 04 h 42

    Et le métissage des races, M. Joyal ?

    La vision de l'Honorable Sénateur s'inscrit entièrement à l'intérieur de la politique d'apartheid racial du gouvernement du Canada. Pas surprenant quand on connaît d'où provient la pâtée qui remplit son écuelle.

    • Pierre Rousseau - Abonné 18 novembre 2020 09 h 19

      L'apartheid n'est pas exclusivement Canadian mais le Québec s'est aussi vautré dans le colonialisme avec ses pensionnats « indiens » et son mépris des nations autochtones quand est venu le temps de faire le projet du siècle à la Baie-James alors qu'il s'est fait rabrouer par ses propres tribunaux. La notion de « races » est anachronique et n'existe virtuellement plus aujourd'hui, même si le mot « racisme » est toujours utilisé dans un sens plus vaste comme l'énonce les dictionnaires français. Tant qu'à parler de métissage, tous les Québécois sont aussi métissés avec des ancêtres anglais, irlandais, écossais etc. On parle maintenant d'ethnies et les Premières Nations sont des ethnies au même titre que les Québécois. Les discours colonialistes sont dépassés et ne mènent à rien, surtout pas à une éventuelle réconciliation avec les Premiers Peuples d'ici.

    • Léonce Naud - Abonné 18 novembre 2020 10 h 49

      M. Rousseau: «Le racisme le plus profond, c’est celui qui refuse le métissage.» (Hervé Le Bras) Or, c’est précisément le socle fondamental de la Loi fédérale sur les Indiens.

    • gaston bergeron - Abonné 18 novembre 2020 11 h 03

      Métis, les Québécois et Québécoises? Voici un court extrait de ce qu'écrit, après une claire démonstration démographique, M. Hubert Charbonneau, professeur au Département de démographie de l'Université de Montréal le 29 février 1988, page B3, La Presse: ... Bien sûr, si chacun de nous fait son arbre généalogique, il trouvera assurément des souches non francaises. Le signataire de ces lignes a parmi ses ancêtres deux Amérindiens, un Panis, quelques Anglais, un Suisse et un Portugais des Açores, mais il n'en est pas moins à 96 pour cent d'ascendance française. C'est la proportion qui compte. ...Après trois siècles et demi d'existence, un peuple peut difficilement être plus homogène que le nôtre, surtout dans un pays d'immigration. ...le passé ne pourra être modifié. ...les fabricants de mythes demeurent...

    • Léonce Naud - Abonné 18 novembre 2020 12 h 14

      Cher M. Bergeron,
      Je connais bien cette citation. Disons que je partage plutôt là-dessus l’observation visuelle d’un Abénaki pur laine : « Le Québec pullule de centaines de milliers de citoyens d’origine autochtone officieusement hors réserves, comme en témoigne le fait de voir dans de nombreuses municipalités un nombre étonnant de gens qui ont franchement les traits et la couleur de peau qui caractérisent les Amérindiens... à tel point, d'ailleurs qu'on se croirait au coeur d'une collectivité autochtone ! Ces « oubliés » sont donc légions. » (Guy O’Bomsawin, Le Devoir, 9 janvier 2020).

  • Guy Laperrière - Abonné 18 novembre 2020 06 h 30

    Bravo, monsieur Joyal

    Texte magnifique, sur l'héritage de Max Gros Louis : merci, monsieur Joyal !

    Guy Laperrière
    Montréal

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 18 novembre 2020 08 h 56

    En bon fédéraliste, Serge Joyal

    Veut des Amérindiens forts dans un Québec canadien.

  • Cyril Dionne - Abonné 18 novembre 2020 09 h 03

    Laissons les morts en paix

    Bon. Un hommage qui nous vient d’un ancien sénateur (1997 - 2020) non élu et qui a vécu de l’abondance des argents des contribuables en ne faisant absolument rien. Oui, celui-là, on va l’écouter.

    Bon. Ce que la plupart des gens se rappellent de Max Gros Louis, c’est celui qui avait fait une annonce publicitaire pour les rôtisseries St-Hubert en disant que son cachet allait être versé pour un musée qui n’existait même pas. Lorsque la nation huronne-wendate lui avait demandé de remettre ce cachet de 20 000$ à leur musée qui était toujours déficitaire, il avait répondu qu’il le gardait pour lui.

    Bon, si les nations autochtones avaient donné suite au livre blanc du ministère des Affaires indiennes et qu’ils nous auraient rejoint au 21e siècle, nous n’en serions plus là avec les réserves, la Loi sur les Indiens et les cas comme celui de Joyce Echaquan. Les populations autochtones avaient la chance de se sortir de ce marasque socioéconomique, de se responsabiliser en matière des terres, les notions de propriété et les programmes économiques. « Ben » non, les chefs autochtones auraient perdu tout pouvoir personnel et les subventions qui y sont attachées et qui sont contrôlées par les mêmes gens ne seraient plus. De toute façon, l’inévitable n’aime pas le vide et c’est probablement pour cela aujourd’hui que plus de 50% des autochtones vivent, travaillent et évoluent avec nous hors des réserves et cet apartheid « canadian ».

    Bon, si on parle d’autonomie économique de la part de la nation huronne-wendate, alors nul besoin de leur donner subventions sur subventions. Si cela est le cas qu’ils sont indépendants économiquement, alors pour continuer à les subventionner? Et si c’est cela que vous appelez la Réconciliation, eh bien, elle ne sera jamais au rendez-vous à part pour des artifices qui ne sont certainement pas dans l’intérêt de tous les autochtones d’aujourd’hui.

  • Pierre Rousseau - Abonné 18 novembre 2020 09 h 25

    Le géant

    Oui, Max Oné-Onti Gros-Louis était et sera toujours un géant. Moi aussi j'ai vécu le racisme horrible du système éducatif des années 50 où on nous terrorisait en parlant des « Indiens » et ce sont des personnages plus grands que nature comme lui qui m'ont éveillé à la véritable autochtonie d'ici. Il a provoqué en moi un intérêt sur les peuples autochtones qui ne s'est jamais démenti depuis. J'ai d'ailleurs beaucoup appris auprès de plusieurs nations, en particulier avec les Inuits et les Dénés chez qui j'ai passé beaucoup de temps.

    On ne peut que remercier Max Oné-Onti Gros-Louis d'avoir si bien expliqué les peuples autochtones et d'avoir si bien défendu leurs droits. Les prochaines générations pourront bénéficier de son dévouement à la cause autochtone.