La société américaine divisée face au changement

La population américaine est très diversifiée, si bien qu’on ne peut qualifier comme étant «le peuple» la base électorale de Donald Trump, selon l’auteur.
Photo: Olivier Douliery Agence France-Presse La population américaine est très diversifiée, si bien qu’on ne peut qualifier comme étant «le peuple» la base électorale de Donald Trump, selon l’auteur.

Parce que la victoire éclatante des démocrates prévue par les sondages ne s’est pas complètement réalisée lors de la dernière élection américaine, plusieurs analystes en concluent que le Parti démocrate s’est « coupé du peuple », qu’il est devenu l’affaire de pseudo-intellectuels universitaires loin des valeurs populaires, qu’il est dirigé par des élites indifférentes aux besoins du monde ordinaire. Selon eux, Donald Trump, lui, a su comprendre le petit peuple, lui parler son langage et lui donner ce qu’il désirait. Mais que faudrait-il conclure de cette analyse ? Que pour rallier le peuple, il faudrait restreindre l’avortement, discriminer les homosexuels et les transgenres, faire toujours passer l’économie avant la santé publique et la qualité de l’environnement, dévaloriser les médias et mettre sur le même pied les mensonges et la vérité ? Est-ce dans cette direction qu’il faudrait orienter la politique du prochain président afin de le rendre plus « populaire » ?

Cette analyse est basée sur une fausse conception du « peuple ». Bien sûr que les cols bleus et les ruraux font partie du peuple. Mais n’en est-il pas de même des femmes blanches des banlieues, des Noirs et des Latinos, des artistes et des cols blancs ? La population américaine est très diversifiée, et on ne saurait identifier le « peuple » à la clientèle de Donald Trump.

Dans toute société moderne où le changement est constant et profond, la population est forcément divisée entre ceux qui favorisent ce changement et souhaitent même l’accélérer, et ceux qui y résistent et voudraient même revenir aux valeurs d’antan. C’est particulièrement le cas de la société américaine. L’attachement à la gloire passée, aux valeurs traditionnelles, au refus des nouvelles façons d’être et de faire est largement le fait des gens qui s’identifient aux républicains de Donald Trump, alors que ceux qui sont plus à l’aise avec les nouvelles réalités issues du changement se retrouvent dans le camp démocrate. C’est la réaction au changement qui est le principal facteur explicatif de la division en deux de l’électorat.

Ce qu’il faut retenir des résultats de l’élection américaine, c’est que, heureusement, les forces de l’avenir l’ont emporté sur les forces du passé, même si c’est de justesse. Il ne faudrait surtout pas revenir en arrière sous prétexte que la victoire n’est pas aussi décisive qu’on l’aurait souhaité. Au contraire, il faut continuer à aller de l’avant pour faire progresser l’ensemble de la société. Ce qui ne saurait être sans susciter un débat fondamental au sein même du Parti démocrate.

Déjà, on a entendu certains candidats démocrates de Floride reprocher aux forces progressistes du parti d’avoir mis en avant des politiques « socialistes » qui faisaient peur aux électeurs du « peuple ». De plus, il ne fait pas de doute que l’establishment du Parti démocrate, sous le couvert d’être modéré, préférerait en faire le moins possible. Mais ce serait une politique à courte vue, qui ne saurait bien servir ni le pays ni le parti lui-même. Car dans bien des domaines, les États-Unis sont en retard sur les autres pays développés. C’est le cas, en particulier, dans le secteur de la santé publique, dans la répartition de la richesse et, dans un moindre degré, dans la protection de l’environnement, notamment dans le transport. Le programme proposé par Joe Biden n’est pas révolutionnaire, mais il est résolument progressiste. Il faut faire tout ce qui est possible, même malgré un Sénat républicain, pour le mettre en œuvre rapidement sans pour autant l’amoindrir.

À cet égard, un des problèmes les plus délicats qu’aura à affronter le président Biden sera celui que posent les graves divisions qui affligent la société américaine. Celle-ci a connu récemment une polarisation à laquelle elle n’était pas habituée et qu’elle voit d’un mauvais œil. Le président désigné a d’ailleurs souvent exprimé le désir d’agir de façon bipartisane de manière à unir tous les Américains. Peut-être que l’occasion lui en sera donnée dans les ententes qu’il lui faudra faire avec un Sénat qui serait majoritairement républicain : il n’y a pas de doute que toute législation importante adoptée « de consensus » pourra avoir un effet bénéfique. Mais il ne faudrait pas, pour cela, renoncer à proposer les mesures progressives qui s’imposent pour le bien à long terme de la société américaine, même si cela devait être dans la division des partis.

Le déni et l’entêtement qui animent présentement Donald Trump sont un mauvais présage. Les succès américains dans certains domaines, comme l’informatique, la science, le commerce international et plusieurs autres, peuvent masquer les déficiences graves de la société américaine au point de vue social et politique. Le besoin de changement à cet égard peut être moins apparent ; il n’en est pas moins réel. Espérons que l’élection d’un président ouvert aux valeurs nouvelles ouvrira la porte à l’implication de l’État dans la solution des grands problèmes que doit affronter une société moderne. C’est un pas en avant et une occasion qu’il ne faudrait pas rater. Les États-Unis sont mûrs pour une période soutenue de progrès social et politique dont ils ont grand besoin. Espérons qu’ils sauront en profiter.

33 commentaires
  • Michel Picard - Abonné 16 novembre 2020 00 h 31

    Bravo

    Pourriez-vous faire parvenir votre texte à Christian Rioux par lettre recommandé?

    Michel Picard

    • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2020 09 h 42

      Bravo pourquoi?

      Bon. Lorsqu’on vit dans une bulle coupé du reste du monde, on peut penser que notre vision personnelle reflète celle des gens qui n’ont rien à voir avec notre réalité. Les artistes d’Hollywood le font à tous les jours en nous parlant des pauvres et des changements climatiques et pourtant ils vivent dans des maisons de 10 000 pieds carrés avec dix voitures devant elles et font la navette intercontinentale de façon quotidienne sur les oiseaux d’acier, jetset oblige.

      Oui, le parti démocrate, ou l’establishment aux souliers cirés de Wall Street, qui conjugue avec les mondialistes, les libre-échangistes, les GAFAM, les milliardaires, le 1% de ce monde n’ont rien à voir avec la réalité d’un travailleur du Midwest qui a perdu sa dignité socioéconomique pour élever sa famille. Rien. Sûrement, ces derniers vont parrainer les mouvements comme Black Lives Matter pour en contrôler sa substance et son message.

      La moitié des Américains qui ont voté pour Trump, eh bien, ils n’ont pas voté pour restreindre l’avortement, discriminer les homosexuels et les transgenres, ils en ont ras-le-bol de l’hypocrisie de la nouvelle aristocratie économique. C’est bien beau de parler de santé publique et la qualité de l’environnement, mais lorsque que vous perdez travail, maison et dignité, ces derniers concepts semblent très loin de votre réalité. Pour ce qui en est des médias, ils se sont dévalorisés eux-mêmes et leur cote d’écoute diminue comme une peau de chagrin à tous les jours. On a vu les sondages qui allaient main dans la main avec ces médias et le tout n’était que de la propagande. C’est à se demander aujourd’hui qui paierait pour avoir l’avis de ces sondeurs professionnels.

      La diversité et les changements sociétaux favorisent toujours les gagnants et non pas les gens ordinaires. En fait, aucun américain n’a demandé une immigration sans frontière et une économie mondialiste basée sur la délocalisation des emplois vers de pays du tiers monde. Aucun.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 16 novembre 2020 11 h 40

      @M. Dionne

      Oh, vous ne promettiez pas depuis des mois une victoire de M. Trump? 75 millions de votes, ce ne sont pas du 1% ou des milliardaires (qui ont majoritairement voté pour votre idole). C'est le temps d'écouter, maintenant. Peut-être que des travailleurs cherchent la dignité dans le progressisme et le respect des institutions. Et les gens diplomés, sans que leur niveau économique le reflète. Sacrilège! Oui, vous avez beaucoup à apprendre.

    • Pierre Desautels - Abonné 16 novembre 2020 13 h 37


      @Alexis Lamy-Théberge

      Bien d'accord avec vous. Après toutes ces prédictions de Monsieur Dionne depuis des mois, nous avons droit à quatre années de répit. Ouf...

    • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2020 15 h 58

      « Ben » Coudonc, tous les soldats de QS sont présents. Lol. Il n’y pas encore de président élu officiellement jusqu’ici. Il faudrait comprendre le système politique américain. Ce ne sont pas les médias officiels qui appellent le gagnant des élections.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 15 h 58

      Les sondages sont souvent dans l'erreur, c'est vrai, mais pas à cause d'un complot avec les médias. Le bon vieux temps où l'ensemble des citoyens, même pauvres, avaient une ligne terrestre sans afficheur, où on pouvait les retrouver dans l'annuaire téléphonique et que les cellulaires n'existaient pas, est terminé. C'est la disparition de ce paradis méthodologique qui leur cause des problèmes. Ils devraient sans doute devenir plus modestes, j'en conviens. Ceci dit, ils n'ont pas été si mal pour le vote national, mais plusieurs erreurs au niveau régional.

      Qu'il y ait eu hypocrisie de la classe politique étasunienne (républicains et démocrates), soit. Qu'on ait le goût de leur faire un pied de nez, surtout si on traîne de la patte et même, que Trump soit un bon pied de nez, je peux même encore en convenir (disons, parmi les électeurs qui ne font pas partie des groupes que j'énumère ci-dessous, il y en a aussi, vous dites, environ une moitié, dur à dire, mais disons une bonne partie malgré tout).

      Mais il n'apporte pas de meilleures solutions que d'autres aux problèmes. Et il sème le chaos et la division dans le pays.

      Quelquefois aussi, il s'agit de problèmes difficiles et complexes pour tout gouvernement. On aimerait bien les faire disparaître facilement, mais...

      Par ailleurs, j'ai de la difficulté à comprendre que les États-Unis ne bénéficient d'un accès aux services de santé et d'un filet de protection sociale comparable à celui des autres pays occidentaux avancés.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 18 h 08

      "C’est bien beau de parler de santé publique (...)" CD M. Dionne, pourtant, vous commentez beaucoup les questions de santé publique au Québec, avec ferveur - nous avons même là-dessus beaucoup de points de convergence (pour le Québec). Autre différence de votre façon d'aborder la question étasunienne et québécoise - au Québec, vous affirmez beaucoup combien la sensibilité religieuse de certains opposants à la loi 21 serait irrationnelle et antiscientifique mais aux États-Unis, les évangélistes qui appuient Trump, une part importante de ses appuis, ne semblent pas du tout vous incommoder. Beaucoup de ces évangélistes réagissent au possible étiolement de la pratique de la prière à l'école par exemple.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 novembre 2020 18 h 18

      M. Labelle, il faut déplorer, à grands traits, le non respect des règles démocratiques et des des institutions par le gourou et son entouurage népotiste.... et complotiste.

      Que des congressistes et sénateurs républicains se lèvent pour condamner leur chef irresponsable et exiger une transition normale, pour le bien du pays!

      S'il fallait que ce Trump se donne lui-Même l'absolution. ouf! Entendu une spécialiste sur ces questions dire que Trump pourrait démisssionner et que le nouveau président Pence pourrait l'absoudre. On est rendus là! Quelle tristess2!

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 22 h 25

      "Ce ne sont pas les médias officiels qui appellent le gagnant des élections." CD

      En 2016, dans les heures qui ont suivi la fermeture des bureaux de scrutin, Obama et Clinton ont félicité Trump. Avant Obama et Clinton, les médias avaient considéré que Trump serait élu. D'ailleurs, il avait été élu avec des marges plus faibles que Biden dans les états chauds du mur bleu et les démocrates n'ont pas demandé de recomptage. Il s'agit d'une coutume. Les médias l'ont déclaré gagnant le soir même - une tradition qui est un peu l'équivalent de notre "si la tendance se maintient" de Bernard Derome.

      Formellement, oui, 14 décembre, élection par les grands électeurs. Devrais-je vérifier les commentaires de 2016 pour voir si vous avez attendu le 14 décembre 2016 pour considérer Trump gagnant M. Dionne? Vous avez pris deux mois et demi de plus que CNN à déclarer Trump gagnant en 2016 M. Dionne, vraiment?

      Toutes celles et ceux qui n'appuient pas Trump d'ici ne sont pas nécessairement des QS. Le 53% des gens qui ont voté contre Trump aux É-U. ne sont pas tous aussi à gauche que QS. Si un Trump se présentait au Québec ou au Canada dans une présidentielle, il se ferait écrabouiller avec peut-être 35% des votes. 65% des gens ne sont pas aussi à gauche que QS.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 22 h 37

      En effet M. Grandchamp, on peut déplorer son irrespect des règles démocratiques et des institutions. Petit espoir - il fait durer le suspense et attendra sa défaite formelle, c'est-à-dire le vote par les grands électeurs, pour la reconnaître. Pendant ce temps, il fait parler de lui.

      Il nuit bien sûr au fonctionnement de l'État, il nuit à son successeur en compliquant sa préparation au pouvoir. Fait perdre un temps précieux face aux tâches du nouveau président et de son équipe, dont certaines mettent le bien-être de la population en jeu, comme la gestion de la pandémie par exemple. En plus de manquer de respect envers les institutions et manifestant un manque élémentaire de courtoisie.

      Il pourrait briser la coutume de courtoisie de ne pas prendre de grandes décisions militaires avant l'arrivée de son successeur (sauf urgence ou nécessité, bien entendu), genre faire rentrer des troupes d'Afghanistan. Ou pas. Spéculatif.

      Mais bon, en 2016, on avait cru que la responsabilité présidentielle le rendrait plus raisonnable. Trump démissionnant pour se faire amnistier par Pence de poursuites criminelles? Rien n'est impossible, mais c'est pour l'instant spéculatif.

      Même dans l'indisposition, je me demande si je tombe dans son piège. On pense quand même à lui.

    • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2020 23 h 38

      Cher M. Grandchamp, depuis quant êtes-vous citoyen américain? Si tel n'est pas le cas, nul besoin de déchirer sa chemise puisque c'est un pays étranger pour vous. Il semble qu'il y a beaucoup plus de problèmes au Québec surtout avec la pandémie puisque malgré que aucun Américain ne suit les règles sanitaires de base, n'ont pas de système de santé public et possède plus 10 fois la densité de population par km2, le Québec enregistre plus de 787 morts par million de population alors que pour les USA, c'est 764 à l'heure de ce commentaire. Pour Montréal, ils ont dépassé le cap des 2 000 décès par million.

  • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 04 h 30

    Qui appuie Trump?

    M. Pierre Grandchamp, dans une intervention à un autre article (Abonné 7 novembre 2020 16 h 28), avait fait cette brillante synthèse des divers groupes ayant appuyé Trump.

    "Trump a une base, quand même, solide.

    1-Le vote libertarien voulant le moins de services possibles de l'État et moins d'impôts. Ces gens-là ont essayé de détruire l'Obamacare.
    Dans ce pays, chacun est responsable de soi-même: ses succès comme ses erreurs.

    2-Le vote de plusieurs Latinos pour qui *parti démocrate*=Cuba et Venezuela

    3-Une majorité des évangéliques(27% de l'électorat) pour qui Trump est un envoyé de Dieu.

    4-Les complotistes en très grand nombre dans ce pays. (…).

    5-Les pro armes."

    "Une majorité des évangéliques(27% de l'électorat) pour qui Trump est un envoyé de Dieu." Je développe: sont très reconnaissants pour le paquetage de la Cour suprême par les conservateurs anti-avortement et le déménagement de l'ambassade à Jérusalem, confirmer son statut de capitale nous rapprochant de la réalisation des prophéties bibliques (selon leur interprétation, bien entendu).

    • Cyril Dionne - Abonné 16 novembre 2020 09 h 38

      Qui appuie Trump?

      Vous pourriez essayer le peuple, par le peuple et pour le peuple. Mais c'est plus facile de les dénigrer et les traiter de déplorables n'est-ce pas?

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 09 h 49

      Au-delà de l'aspect transactionnel, une proportion importante d'évangélistes voient en Trump une sorte d'envoyé de Dieu, un nouveau Cyrus, ce roi perse qui a aidé les Juifs à sortir de Bablylone.

      On a encore beaucoup aux États-Unis la prière à l'école, que l'on sent menacé, on craint que l'immigration non-chrétienne ne change le visage des États-Unis, etc.

      Mentionnons qu'il y a quand même environ 20% des évangélistes blancs qui n'auraient pas voté pour Trump - certains le considèrent négativement, malgré tout. Mais ils doivent affronter le statut de minoritaires dans leurs communautés lorsqu'ils s'expriment.

      Sources, où vous trouverez beaucoup plus de détails intéressants à ce sujet:

      https://www.theguardian.com/us-news/2019/jan/11/trump-administration-evangelical-influence-support

      https://www.nytimes.com/2018/12/31/opinion/trump-evangelicals-cyrus-king.html

      https://www.theguardian.com/us-news/2020/jun/03/donald-trump-church-photo-op-evangelicals

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 novembre 2020 11 h 23

      L'oligarchie avec ses «Think Tanks» et ses gourous milliardaires, telle que les Frères Koch, a versé des milliards de dollars dans les groupes de pression comme le «Tea Party», qui a pu convaincre les citoyens des États-Unis de voter contre leur propre intérêt.
      Comment renverser cette tendance rétrograde des évangélistes, des complotistes, les pro-armes et des latinos qui ont peur du mot «socialisme» je n'en sais rien.
      Trump a détruit la confiance de ses électeurs dans les institutions publiques. Est-ce que le dommage est réparable?

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 15 h 14

      M. Dionne, il est irréfutable que les groupes mentionnés ci-dessus appuient Trump et on peut le comprendre parce que Trump leur a livré la marchandise. Je vous trouve d'ailleurs très discret sur la question des amis imaginaires, dont pourtant les adorateurs appuient massivement Trump. Lorsqu'il s'agit de la Loi 21, vous êtes bien plus dissert à ce sujet.

      1 - Croyez-vous que les libertariens ont voté démocrate? Trump s'oppose aux interventions minimales de l'État et diminue la charge fiscale, surtout des plus riches et, je vous l'accorde, d'une partie de la classe moyenne. Combat Obamacare de front.
      2- Croyez-vous que la majorité des évangélistes a voté démocrate? Trump a nommé des conservateurs à la Cour suprême et déplacé l'ambassade à Jérusalem.
      3- Croyez-vous que les complotistes, genre négationnistes du COVID ou QANon ont voté démocrate? Toute sa rhétorique sur les fake news conforte leurs théories, il prend bien garde de les contredire pour ne pas perdre leur appui, ce qui leur donne une certaine crédibilité (idem pour les suprémacistes blancs, que j'avais oubliés)
      4-Croyez-vous que les pro-armes ont voté démocrate? Trump s'est régulièrement opposé à toute tentative de contrôle supplémentaire des armes à feu.

      Donc, ces gens ont voté démocrate d'après vous?

      Et tout ça fait beaucoup de monde. Peut-être pas tout le 47% de vote, mais une bonne partie. Que vous les trouviez ou non déplorables, ils ont appuyé Trump et, de leur point de vue, ils ont eu raison de le faire. C'est intelligent de leur part d'appuyer Trump, c'est vraiment leur homme.

      Puisqu'on parle de peuple par le peuple, Trump a toujours obtenu moins de 50% du vote populaire, rappelons-le.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 15 h 23

      "Trump a détruit la confiance de ses électeurs dans les institutions publiques." NA

      Son refus de concéder ne correspond pas du tout au fair-play d'Obama et de Clinton qui l'ont félicité de sa victoire quelques heures après la fermeture des bureaux de vote. La confiance des étasuniens dans leurs institutions électorales est un élément clef de la paix sociale et de leurs institutions. En disant qu'il y a tricherie, ils mine cette confiance et augmente le risque de violence et de chaos.

      De plus, l'accusation est sans fondement. Un autre mensonge. C'est ce que les Russes ont cherché à faire en intervenant en 2016: miner la confiances des étasuniens dans leurs institutions, semer la division, la violence et le chaos dans cette société. Nul besoin d'intervenir en 2020 et risquer de se faire découvrir, Trump fait très bien le travail.

      "Plusieurs autorités électorales locales et nationales, dont l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA), ont frontalement contredit le président sur ses accusations de fraude.

      « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont-elles affirmé dans un communiqué commun. « Il n’existe aucune preuve d’un système de vote ayant effacé, perdu ou changé des bulletins, ou ayant été piraté de quelque façon que ce soit ».

      Source: https://www.ledevoir.com/monde/etats-unis/589771/il-a-gagne-parce-que-trump-evoque-pour-la-victoire-de-biden

      Interview avec un haut cadre de cette agence fédérale: https://www.cnn.com/2020/11/13/politics/hovland-trump-election-claims/index.html
      https://www.ledevoir.com/opinion/idees/589790/la-societe-americaine-divisee-face-au-changement

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 novembre 2020 17 h 33

      M. Labelle.

      Je pense qu'il y a 2 raisons pour expliquer les prévisions des sondages qui prévoyaient une différence de 8-10%.

      1-Des gens sondés qui veulent voter trumpistes. Mais, sont gênés de le dire publiquement.

      2-Le prof de science politique Loic Tassé a pondu une chronique, dans le JdM, peu avant les élections,dans les derniers milles, sous le titre:"La gaffe de Baden".En effet, celui-ci avait déclaré qu'il dirait non au pipeline et qu'il augmenterait les impôts. Il écrivait que cela lui ferait perdre des votes dans certains états et pouvait même lui faire perdre les élections.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 17 h 58

      Ha, causes partielles M. Grandchamp, disons que je parlais plus généralement dans les dernières décennies où on voit plusieurs écarts ici et là dans le monde. N'ai pas suivi le détail de ces dernières élections étasuniennes. Pour le premier phénomène, il avait été observé aux élections de 2016, ne pouvait-on pas en tenir compte pour celles de 2020? Merci pour les détails M. Grandchamp.

      Je ne peux malgré tout pas m'empêcher de me dire que les sondeurs ont développé la même expertise que les économistes: faire des prédictions et ensuite expilquer pourquoi elles ne se sont pas réalisées :0).

    • Pierre Grandchamp - Abonné 16 novembre 2020 18 h 29

      M. Labelle, je lève mon chapeau à MONSIEUR Biden pour 2 raisons:1-Son attitude digne, responsable d'un chef d'état; le MONSIEUR a de la classe!. On est loin de "Jos l'endormi" dans son sous-sol 2-Sa position claire sur l'environnement et son programme de créations d'emplois, annoncé aujourd'hui.

      N.B. Quand Trumnp faisait ses meetings publics l'État devait y envoyer plusieurs agents des services secrets incognitos. PLus d'une centaine y ont attrapé la COVID.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 22 h 49

      Oui, chapeau à M. Biden M. Grandchamp. Merci de le signaler. Ça fait du bien du positif.

      Je me dis que penser à Trump, même négativement, c'est tomber dans son piège, voir le monde en fonction de son existence. On pourra bientôt passer à autre chose, même s'il fait encore du bruit. Je crois que je vais prendre un break mental de Trump. Moins me laisser atteindre en tout cas.

      Ceci dit, des choses comme l'affaire des agents du "secret service" chargés de la sécurité du président, valent certainement la peine d'être signalées.

  • Yvon Montoya - Inscrit 16 novembre 2020 06 h 35

    Si les Républicains veulent toujours le pouvoir alors ils devraient empêcher l'éducation au peuple américain qui n’est pas que blanc en effet. Les progressistes, non des Gauchistes, sont habituellement des personnes éduquées sachant réfléchir sur les enjeux sociaux et culturels. Les USA possèdent un bassin de citoyen progressistes votant démocrate et c’est pour cette raison que le GOP agit en parti totalitaire en agissant non démocratiquement afin d'empêcher les votes parce que ce bassin est superieur aux citoyens dits republicains. On le voit a chaque élection que les progressistes sont majoritaires. Mais les progressistes sont la tare pour beaucoup parce que l’intelligence, le raisonnement lucide, les idées nouvelles, etc., cela fait peur aux ignorants et aux conservateurs. C’est de tout temps cette guerre terrible entre ignorance prédatrice apeurée contre la tendance a vouloir maitriser son destin dans l’espoir de jours meilleurs. Les progressistes acceptent la science, les autres la refusent ( sauf pour un vaccin...on en rit de ce ridicule science pour le vaccin mais pas de science pour le changement climatique). Merci pour votre interessant texte.

    • Raymond Labelle - Abonné 16 novembre 2020 09 h 11

      "On le voit a chaque élection que les progressistes sont majoritaires." YM

      Le système électoral favorise les Républicains. Al Gore et Hillary Clinton ont eu plus de vote que leurs adversaires, c'est grâce au système du collège électoral qu'ils ont gagné.

      Quant au Sénat, on peut comprendre dans une fédération l'idée de 2 sénateurs par État. Mentionnons quand même que si on prenait le vote pour les candidats démocrates et le vote pour les candidats républicains au Sénat, au total, le vote pour les candidats démocrates l'emporterait. C'est pour ça que les démocrates sont mieux représentés à la Chambre des représentants (districts plus ou moins proportionnels à la population) qu'au Sénat, même si le découpage des districts (gerrymandering) de la Chambre des représentants favorise les républicains. Et c'est important le contrôle du Sénat.

      De plus, il faut s'inscrire pour voter aux États-Unis, et cela est souvent une course à obstacles où tous ne partent pas sur un pied d'égalité. Souvent il faut soi-même s'inscrire, la démarche n'est pas toujours facile. Les files d'attente peuvent être plus longues selon où vous êtes. Certains États exigent certaines cartes d'identité dont tout le monde ne dispose pas. D'autres ne permettent pas de voter si on a un casier judiciaire. Et ces difficultés ont tendance à davantage défavoriser l'expression par le vote de la population noire.

      Article détaillé à ce sujet: https://www.businessinsider.com/why-black-americans-still-face-obstacles-to-voting-at-every-step-2020-6

      En gros, dans la situation contemporaine, les démocrates ont une côte plus grosse à remonter et ce, pour des raisons "systémiques", on peut le dire dans ce contexte sans controverse.

      Soyons reconnaissants qu'au Canada et au Québec on ait des États qui travaillent de façon impartiale à faciliter l'exercice du droit de vote.

    • Jacques Patenaude - Abonné 16 novembre 2020 10 h 43

      M Montoya
      Je suis bien d'accord avec M. Bernard sur le besoin de poursuivre dans la voie du progrès dans ces USA qui sont à la traîne du monde actuellement. Mais un peu moins avec votre conception de ce sont les progressistes. Trump pour moi a d'abord et avant tout fédéré ceux qui se sentent déclassé culturellement ( bien sur en les trompant). Ne serait-il pas temps que les progressistes se demande pourquoi ils ne rallient pas les gens qui pourtant seraient les premiers à bénéficier des réformes dont parle M. Bernard. Ce n'est pas avec une conception comme vous exprimez dans cette phrase :"les progressistes sont la tare pour beaucoup parce que l’intelligence, le raisonnement lucide, les idées nouvelles, etc., cela fait peur aux ignorants et aux conservateurs" que les gens vont se rallier à votre point de vue. Il est un peu facile de mettre sur l'ignorance du peuple les raisons du succès du populisme conservateur. Il n'y a pas si longtemps le populisme avait pour nom: Michel Chartrand, Louis Laberge, et autre Gérald Larose. M. Bernard aurait pu d'ailleurs nous citer celui qu'il a si brillamment servi: René Lesvesque. Il était un maître dans l'art de vulgariser les enjeux les plus complexe dans un langage simple et clair pour tous peu importe le diplôme possédé. Je rêve du jour où ceux qui souhaitent faire progresser la société abandonneront leur jargonnage inutile pseudo scientifique, leur attitude élitiste et qu'on retrouve des progressistes populistes capable de faire adhérer à un programme progressiste ceux dont l'intérêt devrait les porter à l'endosser.

    • Antoine W. Caron - Abonné 16 novembre 2020 13 h 42

      Jacques Patenaude écrit: : "...qu'on retrouve des progressistes populistes capable de faire adhérer à un programme progressiste ceux dont l'intérêt devrait les porter à l'endosser."
      Je crois que vous décrivez Bernie Sanders! Feel the Bern!

    • Jacques Patenaude - Abonné 16 novembre 2020 17 h 29

      Effectivement je ne suis pas mal à l'aise avec l'idée que Bernie Sanders soit un populiste de gauche et je crois qu'il est un modèle à suivre sur ce plan. D'ailleurs Sanders donne souvent en exemple la sociale-démocratie Québécoise.

  • Michel Lebel - Abonné 16 novembre 2020 09 h 39

    Le dieu argent...

    La question me semble assez simple: les Américains peuvent-ils éviter la décadence? De nature opitimiste, je crois que oui, mais avec des bémols. Le dieu argent prend trop de place dans cette société, ce qui rend rend toute réforme quelque peu progressiste difficile à réaliser. Trop d'intérêts entrent en collision. Observons leur système électoral, leur sytème de santé, le racisme ambiant, etc. Le statu quo est bien présent!

    M.L.

  • Jacques Légaré - Abonné 16 novembre 2020 11 h 52

    «C'est l'amour des richesses qui cause la folie des hommes et leur perversité» (Théognis).

    Les USA paient pour l'erreur cupide et droitiste des Républicains d'avoir tout fait pour bloquer l'avènement d'une généreuse social-démocratie pour les Américains (santé et éducation totalement gratuites pour tous, et à tous les échelons et pour toutes les maladies et dans tous les milieux sociaux).

    Ils ont laissé leur démocratie devenir une ploutocratie hypocrite et gangrénée par la frustration, la déraison violente, l'ensauvagement de leur moeurs, l'armement de tout quidam qui s'érige en Zorro pour intimider sous prétexte de se protéger, la déliquescence de leur police raciste, la confiscation du vote populaire plébéien comme les patriciens romains de jadis y étaient parvenus, la démagogie populiste et la rage d'en découdre par déconsidération de leurs propres institutions.

    Les Républicains, arrivistes et cupides, ont voulu transformer leur classe possédante en aristocratie politique. Ils y sont presque parvenus.

    Dans les années à venir, les Américains doivent reprendre et réaliser le «New Deal (FDR et Truman) et la Just Society (Johnson et Kennedy). Ça passe ou ça casse.

    Les régimes périssent par la poursuite sans frein du principe qui les a vus naître. En 1776, c'était la liberté pour s'enrichir. Pour leur malheur ils n'ont pas voulu changer ce principe en «Vivre dans liberté, la dignité et le partage égalitaire».

    Crésus et Midas ont tous deux fort mal fini.

    «La richesse parée de vertus ouvre à la chance mainte et mainte occasion : oui, seulement parée de vertus, elle met aux portes du bonheur le tréfonds de notre pensée» (Pindare, -518 à -438).