Sur la banalisation médiatique de la violence conjugale vécue par Élisabeth Rioux

«Élisabeth Rioux, c’est une influenceuse sur Instagram, notamment connue pour être à la tête d’une compagnie de bikinis. Elle est suivie par plus de 1,7 million de personnes sur les réseaux sociaux», écrivent les autrices.
Photomontage: Olivier Zuida Le Devoir «Élisabeth Rioux, c’est une influenceuse sur Instagram, notamment connue pour être à la tête d’une compagnie de bikinis. Elle est suivie par plus de 1,7 million de personnes sur les réseaux sociaux», écrivent les autrices.

Mardi dernier, d’abord à LCN, puis sur les ondes de QUB Radio, une animatrice et ses collègues ont choisi de s’en prendre à une survivante de violence conjugale qui se trouve aussi être une influenceuse.

Vous êtes peut-être au courant, peut-être pas.

Si vous êtes âgé de 15 à 35 ans et que vous possédez un compte Instagram, il y a de fortes chances que vous connaissiez Élisabeth Rioux et sa situation. Pour les autres, voici de quoi il en retourne.

Élisabeth Rioux, c’est une influenceuse sur Instagram, notamment connue pour être à la tête d’une compagnie de bikinis. Elle est suivie par plus de 1,7 million de personnes sur les réseaux sociaux.

Ça, c’est la façon dont elle aurait pu être décrite. Avec des faits. Des réalisations. Sans jugements de valeur.

Mais non.

 

À voir | Juliette C. Bélanger dénonce la violence sur Instagram

À LCN comme à QUB radio, on a choisi de la décrire comme une jeune écervelée, comme une fille qui n’a plus rien à cacher, comme une fille qui doit son succès entièrement au fait qu’elle publie des photos d’elle en bikini sur lesquelles on voit ses fesses. Comme une fille insignifiante qui aurait eu recours à des chirurgies esthétiques et qui publierait des photos retouchées.

On pourrait se demander si ces dires sont véridiques, si les personnes qui ont tenu ces propos en ondes ont fait une véritable recherche avant de parler d’Élisabeth Rioux. On pourrait se demander aussi si c’était pertinent ou nécessaire de la décrire de la sorte. On pourrait également se demander si le fait de la dénigrer pour ces raisons ne serait pas une manifestation claire du sexisme ordinaire et de la culture du viol.

Enfin, passons. Comment se fait-il qu’on parle de cette influenceuse dans les médias traditionnels ?

Élisabeth Rioux a dénoncé publiquement les comportements violents de son ex-partenaire vis-à-vis d’elle et de leur enfant, sur sa propre page Instagram. Elle a d’ailleurs partagé une photo de son cou et de son menton avec des bleus pour soutenir ses propos et a affirmé avoir déjà porté plainte à la police. Des proches ont également corroboré la situation. Bref, elle a eu le courage d’exposer son histoire de violence conjugale aux yeux de tous et de toutes.

Ça, c’est la façon dont la situation aurait pu être décrite, et encore là, la chronique manquerait de contexte.

On aurait pu se servir de l’histoire de l’entrepreneure pour collectivement aborder la question de la violence conjugale. Spécifiquement en ces temps de confinement, où on le sait très bien, les violences faites aux femmes sont en hausse. On aurait pu parler des organismes qui sont débordés, du fait qu’il manque de places d’hébergement pour les femmes victimes de violence conjugale. Mais non.

Dans les médias, on a jugé plus pertinent de parler des fesses d’Élisabeth Rioux, de sa supposée superficialité, de l’impact dit négatif qu’elle aurait sur les jeunes. On a jugé plus pertinent de se moquer du nom de son enfant. On a jugé plus pertinent de parler de son accouchement qui a été filmé.

On a aussi jugé plus pertinent de basher le mode de vie des influenceuses, de remâcher le débat entre médias traditionnels et réseaux sociaux, plutôt que de parler de sa situation de violence conjugale.

L’animatrice, qui se dit habituellement féministe, s’inquiète des valeurs que ces influenceuses pourraient transmettre à nos filles. Est-ce qu’on ne pourrait pas plutôt s’interroger sur les valeurs que les médias traditionnels pourraient transmettre, eux aussi, à nos filles ? Parce qu’une survivante qui s’affirme, qui se reconstruit, n’est-ce pas là un modèle inspirant ?

Est-ce qu’on ne pourrait pas s’inquiéter plutôt que les seules victimes de violence conjugale qui sont considérées comme valides par notre société soient celles qui correspondent à notre idée de la « bonne fille » ? Est-ce qu’on ne pourrait pas s’inquiéter plutôt du fait que les femmes doivent être des « victimes parfaites » pour être crues ? Pour que leurs histoires soient entendues ?

Pour mériter le soutien des autres, il faudrait apparemment être habillée modestement, ne pas avoir bu, ne pas en montrer « trop » sur Instagram, ne pas avoir parlé ouvertement de sexualité sur Facebook.

Est-ce qu’on ne pourrait pas s’inquiéter plutôt du fait qu’en publiant des photos de leurs fesses sur Instagram, les femmes deviennent automatiquement étiquetées comme des victimes non crédibles ? Parce que c’est le cas d’Élisabeth Rioux. Elle met son corps de l’avant pour vendre des maillots de bain et donc on décrédibilise automatiquement son histoire.

Combien de vagues de dénonciations est-ce que ça va nous prendre pour qu’on arrête d’examiner le passé et les agissements des victimes de violences sexuelles ou conjugales afin de juger de la véracité de leurs témoignages ?

« Qu’est-ce que tu publies sur ta page Instagram ? » Est-ce que c’est la nouvelle question qu’on pose aux victimes en ajout aux non moins problématiques « Qu’est-ce que tu as porté ce soir-là ? » ou encore « Qu’est-ce que tu as fait pour le provoquer et le rendre violent ? »

Est-ce que « Qu’est-ce que t’as dit dans ta story ? » devient le nouveau « T’aurais dû t’y attendre, avec ton attitude ! » Sur quoi les enquêteurs et enquêtrices, les avocats et avocates et les juges vont-ils et vont-elles se baser désormais ? Nos comptes Facebook et Instagram vont-ils être fouillés et nos selfies examinés à la recherche de raisons pour remettre en doute nos dénonciations ? Est-ce déjà pratique courante ? Notre utilisation d’emojis de pêches et d’aubergines pourra-t-elle être citée à la cour ?

Par ailleurs, les plates excuses de l’animatrice n’effacent pas le message envoyé. Le mépris du métier d’influenceuse (une autre dévalorisation d’un travail majoritairement féminin, tiens !), la banalisation de la violence conjugale, la réaffirmation de la culture du viol rendent très difficile la prise au sérieux des victimes, encore plus lorsqu’elles ne représentent pas la « victime parfaite ». Malgré les excuses, ces messages ont été entendus et restent dans les esprits.

Ce que cette animatrice et ses collègues nous disent, c’est qu’en tant que femmes, on ne sera jamais véritablement libres. On ne pourra jamais vraiment porter ce qu’on veut. On ne pourra jamais vraiment dire ce qu’on veut. On ne sera jamais à la hauteur, jamais assez crédibles. Parce que ce ne sont pas les victimes qui choisissent ce qui est acceptable ou non. Ce sont les autres qui choisissent si la violence que l’on subit vaut la peine d’être écoutée. Et ça, ce n’est vraiment pas un message qu’on aimerait transmettre à nos filles.

Parce qu’on n’est peut-être pas toutes influenceuses, mais le continuum des violences faites aux femmes, on sait malheureusement toutes ce que c’est.

Si vous ou une personne autour de vous est victime de violence conjugale, entrez en contact avec SOS violences conjugales.

*Lettre co-signée par :

 

Léa Clermont-Dion, étudiante au doctorat et autrice

 

Alice Paquet, étudiante en études autochtones

 

Kimberley Marin, co-fondatrice Québec contre les violences sexuelles

 

Jessica Prudencio, créatrice de contenu

 

Blanche St-Pierre, créatrice de contenu pour adultes

 

Naïla Rabel, comédienne

 

Charlie Bourdeau, illustratrice

 

Cassandre Pomerleau, administratrice du Collectif

 

Catherine Perron, administratrice du Collectif

 

Charline Robert-Lamy, membre du Collectif

 

Maude Savaria, membre du Collectif, historienne et archiviste

 

Laurène Valette, membre du Collectif

 

Valérie Bellefeuille, membre du Collectif

 

Garance Bélair-Boileau, membre du Collectif

 

Océane Pomerleau, membre du Collectif

 

Sarah Gouin, membre du Collectif

 

Jade Pomerleau, membre du Collectif

 

Léa Champagne-Mercier

 

Éliane Dussault, candidate au doctorat en sexologie, UQAM

 

Sarah Beaudoin, autrice et activiste

 

Magali Bélair-Boileau, étudiante en Beaux-arts, Concordia

 

Mélodie Lévesque, étudiant.e

 

Maggie-Anne Samson, étudiante

 

Esther Painchaud, étudiante en travail social, UQO

 

Rébecca Morin, Bs. Psy et étudiante en travail social, UQO

 

Maya Couillard

 

Dominique Gingras, étudiante en travail social

 

André Turpin, directeur de photographie

 

Pénélope Jolicœur, éditrice

 

Alice Pagé Vanier, étudiante en sciences politiques, Concordia

 

Jules Monday, étudiant en travail social

 

Noémie Bérard-Timon

 

Stéphanie Kassis, étudiante en travail social UQO

 

Jérémy Arcand, étudiant

 

Frédérique Charbonneau, étudiante en travail social, McGill

 

Thomas Cattaneo, étudiant en psychologie, University of New England

 

Jade Roy, étudiante en économie et politique, UdeM

 

Annie Grisé

 

Faiza Bensouiah, étudiante en travail social, UQO

 

Valérie Maisonneuve

 

Emy Langevin Cere, Bs. Psy et étudiante en travail social, UQO

 

Jessica Carrière, étudiante

 

Marylène Royer, étudiante

 

Stéphanie Couture, candidate au doctorat en sexologie, UQAM

 

Catherine Lapensée, étudiante

 

Kyla Joseph

 

Marie-Pier Durocher, intervenante et étudiante en sexologie, UQAM

 

Isabelle Prud’Homme, étudiante à la maîtrise en géographie, UQAM

 

Valery Brunelle, étudiante au baccalauréat en travail social, membre du GUTS et élue au conseil de module en TS à l’UQO

 

Vanessa Giroux, criminologue et intervenante auprès des victimes d’actes criminels

 

Stéphanie Brown-Richer, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Élise Beaupré, étudiante en communication

 

Audrey Gervais, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Shanel Cloutier-de Grâce, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Catherine Pageau, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Marilou Tanguay, conseillère en gouvernance et soutien communautaire

 

Maxim-Ugo Baribeau, étudiant au baccalauréat en travail social

 

Sandrine Gagnon, étudiante au baccalauréat en travail social

 

Mélya Gariépy, étudiante au baccalauréat en travail social à l’UQO

 

Katia Forget, étudiante en travail social, UQO

 

Marie-Claude Therriault, étudiante en travail social, UQO

 

Joëlle Bruneau Beauvais, étudiante en travail social, UQO

 

Florence Desputeau, étudiante en travail social, UQO

 

Patricia Monette, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Antoine Morin, candidat à la maîtrise en géographie, UQAM

 

Adrien Néret, candidat à la maîtrise en gestion, HEC Montréal

 

Pascal Drainville, étudiant en travail social, UQO

 

Érika Laverdière, étudiante en travail social, UQO

 

Mariane Mayrand, intervenante psychosociale en santé mentale

 

Amy Lebel, étudiante en travail social, UQO

 

Audrey David-Lemelin, étudiante en travail social, UQO

 

Alex Lavallée-D’Amour, étudiant au baccalauréat en géographie, UQAM

 

Alissia Scheggia, étudiante en travail social, UQO

 

Sarah Deguire-Morin, étudiante en travail social, UQO

 

Camille Bergeron-Séguin, étudiante en travail social, UQO

 

Véronique Durocher, doctorante en communication sociale et membre du GAFUQTR

 

Cloe Canivet, doctorante en sexologie UQAM

 

Anne-Julie Lafrenaye-Dugas, PhD sexologie, sexologue et psychothérapeute

 

Carol-Ann Hobbs, étudiante en éducation, UQTR et membre du GAFUQTR

 

Carol-Ann Guilbault, étudiante au baccalauréat en travail social, UQO

 

Mariepier Daneau, étudiante en gestion des organismes culturels, HEC

 

Geneviève Brodeur, M.A sexologie et étudiante au doctorat interdisciplinaire en santé et société, UQAM

 

Éliane Lalonde, étudiante en géographie, UQAM

 

Louis Boivin, étudiant en géographie, UQAM

 

Jade Cloutier-Leblanc, étudiante en géographie, UQAM

 

Ariane Rancourt, étudiante en cinéma, UdeM

 

Mélissa Dauphinais, horticultrice et étudiante en santé mentale, UdeM

 

Ariane Brisebois, étudiante en scénographie, Concordia

 

Fanny Melul Astiasarain, étudiante, CDITM

 

Nolann Chaumont, B.Sc. Sciences environnementales

 

Miriam Vaillancourt, étudiante en animation et sociologie

 

Alexe Brisebois, étudiante en communication marketing, UQAM

 

Elena Dakka, étudiante en communication, McGill

 

Kelly-Ann Tourangeau, étudiante en gestion et design de mode, UQAM

 

Korine Tesire, étudiante en sciences infirmières

 

Zoé Ntumba, étudiante en psychologie, UdeM

 

Catherine Leblanc, BFA Painting & Drawing, Concordia

 

Jade Denis, étudiante en média interactif, UQAM

 

Théo Tremblay, étudiant en Liberal Arts, Concordia

 

Annabelle Podlasiewicz, travailleuse en milieu syndical

 

Hachemi Habbari, étudiant en sciences politiques et philosophie, UdeM

 

Mélanie Ederer, étudiante en travail social, UQAM

 

Sandrine Demers, étudiante

 

Eve Buissière, étudiante

 

Michèle Frenette, doctorante en service social, Université d’Ottawa

 

Julie Pigeon, traductrice

 

Amélie Barsalou, étudiante au D.E.S.S. en études internationales, UdeM

 

Mathilde B-P, étudiante en histoire de l’art, Concordia

 

Naomie Léonard, étudiante au doctorat en études urbaines

 

Marie-Hélène Dion, infirmière clinicienne

 

Sophie-Anne Morency, étudiante à la maîtrise en science politique, UQAM

 

Jeanne LaRoche, étudiante à la maîtrise en études urbaines

 

Léa Martin, travailleuse culturelle

 

Alexandre Brisebois, croupier au casino de Montréal

 

Fardousa Abdillahi, étudiante en travail social, UQO

 

Mathilde Baumann, étudiante au doctorat en psychologie, UQAM et M.A. sexologie

 

Alexandra Dupuy, candidate à la maîtrise en linguistique, UQAM

 

Sara Tessier-Suarez, étudiante en géographie, UQAM

 

Catherine Côté, étudiante en psychologie et en droit, UdeM

 

Annie Pelletier

 

Louis-Jérôme Belleau

 

Annabelle Pelletier, étudiante en sciences humaines au Vieux-Montréal

 

Marie-Léa Thibault, étudiante en communication marketing, UQAM

 

Marie-Ève Drolet, étudiante en film d’animation, Concordia

 

Marie-Pierre Angers, rédactrice

 

Jean-Étienne Ladouceur, étudiant en graphisme à Ahunstic

 

Valérie Groulx-Feeney, étudiante en psychologie, UQAM

 

Julie Boivin

 

Lina Heckenast, étudiante en journalisme

 

Camille Pépin, illustratrice

 

Cloé Gratton, étudiante au doctorat en psychologie, UQAM

 

Nick Paré, étudiant en travail social, UQO

 

Mary-Mai Laporte, étudiante

 

Edwige Lafortune, étudiante

 

Maelle Lazure, étudiante, UOttawa

 

Norma Berger

 

Gabrielle Dionne-Legendre

 

Camille Rousseau

 

Alyssa Bouchenak

 

Katherine Messier, étudiante

 

Élizabeth Larrivée, étudiante

 

Agathe Louet, étudiante

 

Camille Leroulley, étudiante

 

Mégane Laberge, étudiante

 

Sandrine Chaussé, étudiante en sciences économiques, UdeM

 

Bianca Potter-Hopf, étudiante en design de costume

 

Renaud Deslauriers, Bs Psy, étudiant en sciences infirmières, UQO

 

Marion Larose, doctorante en psychoéducation, UdeM

 

Geneviève C. Ferron, chorégraphe

 

Audrey Monette, M.A., consultante en prévention de la violence

 

Samuel Laberge, étudiant en mécanique industrielle

 

Florence Ferland

 

Ève Marcotte

 

Nathaniel D’Anjou

 

Laurianne Bonnici, diplômée du HEC

 

Cassandra Bordeau, Consultante en transformation des ressources humaines

 

Élodie Plamondon
 



À voir en vidéo