Combien de morts dus à la trop grande centralisation?

«À la guerre, si le soldat sur la ligne de feu doit télécopier une demande au quartier général pour bouger, la guerre risque d’être perdue. C’est ce qui est arrivé avec la COVID-19 en première phase», écrit l'auteur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «À la guerre, si le soldat sur la ligne de feu doit télécopier une demande au quartier général pour bouger, la guerre risque d’être perdue. C’est ce qui est arrivé avec la COVID-19 en première phase», écrit l'auteur.

Nous n’aurons jamais de réponse chiffrée à cette question. Mais celle-ci se pose d’autant plus qu’un groupe de 700 médecins a remis un rapport au ministre de la Santé dont le message principal était le suivant : depuis le début de la pandémie, des patients sont décédés parce que les médecins n’avaient pas la latitude de prendre certaines décisions à cause de la trop grande centralisation. À titre d’exemple simple, ceux-ci mentionnent leur incapacité de faire placer un mur entre deux sections d’hôpital afin d’éviter des contaminations.

À la guerre, si le soldat sur la ligne de feu doit télécopier une demande au quartier général pour bouger, la guerre risque d’être perdue. C’est ce qui est arrivé avec la COVID-19 en première phase.

En 2015, l’ex-ministre de la santé Gaétan Barrette, gravement atteint du syndrome de la centralisation excessive, a réduit le nombre de CISSS et de CIUSSS de 182 à 34. Il a aussi décidé que, dorénavant, le ministre lui-même en nommerait les p.-d. g. Dans la même opération, 1500 postes de gestionnaires ont été éliminés. Ainsi ont été créés des monstres bureaucratiques qui comptent souvent entre dix mille et vingt mille employés.

Heureusement, le ministre Barrette n’a pas été muté à l’Éducation. Si cela s’était produit, nous aurions probablement une dizaine de cégeps au lieu des 48 actuels. J’ai travaillé 35 ans dans le réseau collégial, dont près de 25 à titre de directeur des services administratifs. J’y ai toujours apprécié l’autonomie dont nous disposions. Celle-ci nous permettait notamment de régler les problèmes rencontrés. Le directeur général était sur place, et n’importe quel professeur, étudiant ou autre pouvait se présenter à son bureau ou à celui d’un directeur et faire part d’un besoin, d’une récrimination, d’une suggestion. Plus facile d’intervenir à temps quand on est au cœur des activités et des ressources. Aujourd’hui, personne ne prétend que l’on devrait changer la structure des cégeps.

Le Parti libéral a payé et va payer encore longtemps pour cette réforme désastreuse. La CAQ devrait aussi se pencher sérieusement sur ce dossier. Jusqu’à récemment, celle-ci a maintenu, à peu de choses près, l’ensemble de la réforme. Elle devrait s’y intéresser parce que l’électorat est vieillissant, et qui dit vieillissement dit aussi appels plus fréquents et urgents aux services de santé. Lors d’une prochaine élection, la qualité des soins de santé risque d’être le premier critère d’un segment de plus en plus important de la population.

À la suite de l’hécatombe dans les CHSLD, le gouvernement a effectué un premier redressement en nommant un responsable dans chacun de ces établissements. Celui-ci doit toutefois aller plus loin et faire la même chose dans les différents points de services du réseau de la santé. Des dollars seront dépensés, mais ultimement des vies seront sauvées !

Autre pas à faire : le p.-d. g. de chaque CISSS ou CIUSSS devrait être choisi et nommé par son conseil d’administration, et non par le ministre. À l’heure actuelle, un p.-d. g. ne peut sortir sur la place publique pour défendre son organisation. Il est muselé parce que son patron, c’est le ministre et non son conseil d’administration.

Dernier point, même si rebrasser des structures est onéreux au sens large du terme, parfois, il le faut. MM. Legault et Dubé devraient y réfléchir. Regrouper CLSC, CH et CHLSD d’une même région avait du sens. Ce fut fait en 2004. Mais quelles sont la logique et la valeur ajoutée pour le patient, dans un territoire comme la Montérégie, où j’habite, de regrouper en une seule entité tous les points de service en santé des régions de Saint-Hyacinthe, de Sorel-Tracy et d’une partie de Longueuil ? C’est ce que Gaétan Barrette a fait en 2015.

La CAQ a réformé les commissions scolaires pour donner plus de pouvoir aux gens sur le terrain. Pourquoi cela ne serait-il pas valable en santé ?

10 commentaires
  • Pierre Turgeon - Abonné 9 novembre 2020 09 h 36

    En voulant briser la gestion en silo on a détruit l’expertise

    Entièrement d'accord
    L'uniformisation des pratiques de gestion pour la recherche de l'efficience à entraîner la liquidation de l'expertise dans plusieurs établissements en créant des spécialistes régionaux au détriment de l'autonomie .

    A titre d'exemple la concentration de la dyalise à l'hôpital de sthyacinthe qui décentre ce service de la majorité de la population qui est autour de Longueuil. J'ai été à même de constater que le néphrologue en chef qui est aussi le directeur des services professionnels du Cisss est attaché à l'hôpital de st hyacinthe. Peut-être un hasard.

    J'ai donc du faire le trajet Longueuil st hyacinthe pour soutenir mon père transfère de l'hôpital Pierre Boucher quotidiemment pendant cinq semaines. Donc on constate la rationalisation des services, même enrégion populeuse on inverse la responsabilité en obligeant les patients à se déplacer.

    De plus on a applanie les forces de chaque établissement souvent au détriment de la qualité des services pour établir un dénominateur commun en plus de rendre la mobilité du personnel un mode d'organisation du travail. Une mentalité qui place les travailleurs du réseau sauf les médecins comme une marchandise remplaçable déplaçable et sans apport à l'organisation sauf d accepter le lieu de travail au moment voulu par le cadre.


    Il s est fait la même chose pour les laboratoires, leur concentration ont causer des retards dans la gestion des cas de covid. Même chose pour la gestion des infections dont a priver les CHSLD.

    Les dégâts causés par Barette vont prendre des années à réparer autant que la liquidation faite par Bouchard par les départs massifs à la retraite.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 9 novembre 2020 13 h 06

    La même structure maintenant appliquée dans les écoles francophones du Québec, depuis février

    Si vous voulez savoir ce qui se passe, appelez la personne qui occupe le poste de DG au Centre de services scolaire( CSS). Ce qui fait que le manque de transparence des CISSS et CIUSSS, dans la santé, se vit chaque jour, au scolaire.

    Auparavant, il y avait un commissaire ÉLU par la population par secteurs et un président ÉLU par ses pairs.Et c'est le président qui allait sur la place publique.

    Imaginez un instant votre DG de votre CSS allant sur la place publique pour dire son opposition à son ministre!

    Je pense que les membres de CISSS et CIUSSS, en santé, devraient être élus par la population.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 10 novembre 2020 16 h 24

      "La CAQ a réformé les commissions scolaires pour donner plus de pouvoir aux gens sur le terrain. Pourquoi cela ne serait-il pas valable en santé ?"

      Je suis en désaccord avec cette affirmation.Elle a fait, comme en santé, elle a remis l'éducation, chez les francophones entre les mains des fonctionnaires.

      Sur le CA de votre CISSS y siègent des gens travaillant dans le réseau, voyez-en les résultats.Un système hermétique o;ù les "gens sur le terrain" sont menottés.

  • Patrick Dolmaire - Abonné 9 novembre 2020 14 h 27

    Centralisation, fruit d'une idéologie politique ... dépassée et mortifère!

    Combien de morts sont dus à la trop grande centralisation? Combien de morts sont dus à la dérive néolibérale? Combien de morts sont dus aux décisions inapropriées ou tardives? Certainement beaucoup trop!

    Pourquoi la Colombie Britanique a-t-elle fait beaucoup mieux que le Québec? Est-ce la qualité des hommes et femmes au pouvoir qui ont fait (et font) la différence ou est-ce l'idéologie du parti politique NPD qui serait plus en phase avec le monde d'aujourd'hui?

    Il est grand temps que ceux qui construisent l'avion en vol se reconnectent avec le vrai monde et se décident d'atterir!

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 9 novembre 2020 14 h 39

    Enrageant, ce n'est pas normal l'impunité des libéraux dans ce dossier, ils devraient sérieusement avoir à rendre des comptes .

  • Roger Bertrand - Abonné 9 novembre 2020 16 h 29

    Sans compter...

    Tout ceci, sans compter les augmentations indécentes de la rémunération des médecins et la tendance à la privatisation qui s'accélère au dépends du système public. Que voulez-vous, il faut bien qu'ils investissent quelque part?