Trump, corruption et violence

«Depuis son élection, le prétendu milliardaire n’a pas raté une occasion de mélanger ses intérêts privés à ceux du gouvernement américain», écrit l'auteur.
Photo: Alex Brandon Associated Press «Depuis son élection, le prétendu milliardaire n’a pas raté une occasion de mélanger ses intérêts privés à ceux du gouvernement américain», écrit l'auteur.

Biden pourrait-il donner à Trump l’immunité pour ses crimes de corruption en échange d’une transition pacifique du pouvoir ? La question peut surprendre et sembler plus adaptée aux kleptocraties et autres régimes despotiques comparables. Mais aux États-Unis ? Que l’hypothèse de la violence lors des prochaines présidentielles soit devenue envisageable montre tout le recul des normes démocratiques subi ces dernières années.

Les preuves d’actes de corruption commis par l’actuel occupant de la Maison-Blanche sont nombreuses et crédibles. Plusieurs poursuites lancées par des groupes anticorruption et d’éminents juristes suivent leur cours dans les tribunaux. Depuis son élection, le prétendu milliardaire n’a pas raté une occasion de mélanger ses intérêts privés à ceux du gouvernement américain. Le président et sa famille jouissent d’un accès privilégié à des informations ultrasensibles, qui pourraient être monnayées de multiples façons. Les déclarations fiscales récemment mises au jour par le New York Times posent des questions pressantes. Chaque nouvelle révélation ou arrestation dans son entourage ne fait que valider l’interprétation de l’ancien chef du FBI, pour qui Trump n’est rien d’autre qu’un « chef de famille mafieuse ».

Les appels du président aux milices d’extrême droite et l’incertitude qu’il sème autour de la passation du pouvoir après le 3 novembre font craindre le pire à plusieurs. Cette stratégie intimide, mais elle n’est pas un signe de puissance. Les sondages laissent plutôt croire qu’il s’agit d’un plan de sortie en prévision de défaite. Le but est d’établir un rapport de force en laissant planer une menace de violence que Trump pourrait activer s’il croit devoir faire face à la justice après avoir quitté le pouvoir. En échange de l’immunité, il pourrait cependant appeler ses partisans à accepter la défaite.

Plusieurs penseront, à raison, que ce scénario est farfelu. Que l’équipe Biden-Harris victorieuse ne voudra jamais négocier d’entente. Que le nouveau gouvernement laissera les procureurs travailler de façon indépendante et les laissera libres de décider si des poursuites doivent être engagées contre le clan Trump. Ce résultat est sinon le plus probable, du moins le plus souhaitable.

Mais ceci implique que Trump garderait toujours sa menace de violence active et qu’il pourrait s’appuyer sur les « proud boys » et leurs semblables pour le protéger si la justice se rapprochait trop de lui et de sa famille. Si des accusations de corruption étaient lancées contre le magnat de l’immobilier, ses millions de partisans ne manqueraient pas de descendre dans la rue et de dénoncer un « coup monté ». L’ordre social serait perturbé et cette éventualité pourrait refroidir les ardeurs du département de la Justice. Biden et Harris devraient alors décider de laisser la justice suivre son cours, ou de donner un coup de frein au nom de la cohésion sociale.

L’indépendance du département de la Justice a déjà été rudement mise à mal depuis 2016. Si, par des menaces de violence et de désordre, Trump réussissait à se placer au-dessus des lois, cette indépendance ne serait plus qu’un lointain souvenir. Quand un rival à l’autorité légitime de l’État réussit à percer le monopole de la violence sur le territoire, cet État ne correspond déjà plus à la définition classique de Max Weber. Ceci équivaut à une perte de souveraineté typique des États dits « faillis » ou fragiles.

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