25 ans après le référendum: quelque chose d’inachevé

«Le Québec ne doit pas renoncer à ses demandes légitimes, ou laisser le pouvoir fédéral prendre une expansion sans limites», croit Dominique Anglade.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Le Québec ne doit pas renoncer à ses demandes légitimes, ou laisser le pouvoir fédéral prendre une expansion sans limites», croit Dominique Anglade.

Il y a 25 ans cette semaine, comme Québécoises et Québécois, nous votions dans le cadre d’un référendum portant sur la souveraineté du Québec. C’était la deuxième fois de notre histoire.

J’avais 21 ans à l’époque. Jeune militante libérale, je m’étais engagée dans la défense de la place du Québec au sein du Canada. J’ai été soulagée par l’issue du vote, mais préoccupée par la division qu’il a suscitée : près de 50 % des Québécois, et une majorité des francophones avaient voté pour la souveraineté. J’avais des amis proches dans les deux camps. Mon père, qui avait voté Oui en 1980, aurait probablement voté de la même manière s’il avait été au pays. Un verdict aussi serré nous obligeait à poursuivre la réflexion.

Un quart de siècle plus tard, le temps a fait son œuvre. Si la souveraineté n’a plus la faveur populaire, la place du Québec dans le Canada doit encore faire l’objet de discussions et de revendications. Le Québec a continué d’avancer, mais un certain malaise subsiste. Faut-il le rappeler, nous n’avons toujours pas signé la Constitution canadienne.

Le Québec a une histoire aux racines profondes. Les Québécoises et les Québécois d’hier se sont émancipés lors de la Révolution tranquille, avant que cette mobilisation ne se déplace vers l’arène constitutionnelle. Pendant des années, les désirs d’indépendance ou de souveraineté-association ont côtoyé la volonté d’une reconnaissance du statut distinct du Québec au sein du Canada. Les multiples séances de négociations constitutionnelles n’ont toutefois pas permis de trouver une solution à la satisfaction du Québec.

Aujourd’hui, certains continuent de croire que le caractère distinct du Québec exige nécessairement la création d’un État indépendant. C’est une position légitime.

Quant à moi, je revendique une place distincte pour le Québec au sein de la fédération canadienne. Je revendique une place forte et francophone pour les hommes et les femmes du Québec, une place qui respecte la minorité québécoise de langue anglaise, qui poursuit un nécessaire travail de réconciliation avec les nations autochtones, qui célèbre sa diversité dans une perspective interculturelle, qui joue un rôle de leader au sein de la fédération canadienne tout en portant haut et fort la voix de qui nous sommes comme nation. Une voix qui défend la justice sociale, l’ouverture au monde, et qui porte fièrement nos talents et nos particularités.

Le Québec ne doit pas renoncer à ses demandes légitimes, ou laisser le pouvoir fédéral prendre une expansion sans limites. Bien que certains progrès aient été accomplis depuis l’échec des accords du lac Meech et de Charlottetown — la reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des communes, des pouvoirs accrus en matière d’immigration, un meilleur encadrement de la nomination des juges à la Cour suprême — il reste encore quelque chose d’inachevé dans la place que le Québec doit occuper au sein du Canada.

Plusieurs revendications doivent être portées par le Québec. Parmi les principales, je rappelle :

- celle de réclamer la souveraineté culturelle du Québec, ainsi que tous les fonds et leviers pertinents nécessaires à sa protection et à son épanouissement ;

- celle d’encadrer le pouvoir fédéral de dépenser en respectant les champs de compétence du Québec, incluant des transferts inconditionnels en santé ;

- celle de soumettre la loi 101 aux entreprises de juridiction fédérale œuvrant au Québec ;

- celle d’élargir les pouvoirs du Québec à occuper pleinement la place qui lui revient au niveau international, notamment dans le domaine de l’environnement et des questions climatiques.

Vingt-cinq ans après le référendum de 1995, je crois fermement que le Québec est maître de son avenir, dans un Canada où chacun doit pouvoir trouver la place qui lui revient. Cette conviction est au cœur de mon engagement comme cheffe du Parti libéral du Québec.

33 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 30 octobre 2020 03 h 48

    Le Canada français

    Un Québec fort francophone pourrait aider le Canada à devenir plus ouvert et francophone. Gros gains à y avoir.

    • Léonce Naud - Abonné 30 octobre 2020 11 h 55

      Cher M. Lamarche : Ne tardez pas à publier vos « Mémoires d’outre-tombe ». Châteaubriand ne devrait pas vous en chercher querelle.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 30 octobre 2020 11 h 57

      Vous faites penser à quelqu'un qui s'achète un billet de loterie en pensant sérieusement qu'il va se réveiller millionnaire le lendemain matin.

      Dans les faits, le Québec n'a jamais été aussi impuissant et loin de pouvoir obtenir des gains. C'est aujourd'hui qu'il faut se réveiller, pas demain.

    • Bernard Plante - Abonné 30 octobre 2020 16 h 50

      M. Lamarche, visiblement vous n'avez immigré que récemment au Canada.

      Sinon vous auriez compris depuis longtemps que le fait français est loin d'y être perçu comme un atout. Bienvenue dans la réalité.

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2020 20 h 22

      La francophonie canadienne hors du Québec est résiliente, mais en voie d'extinction. Les statistiques sont là pour le démontrer. Quant au Québec, s'il demeure au sein du Canada, il va continuer de s'angliciser pour en arriver à je ne sais pas quel résultat.

    • Serge Lamarche - Abonné 31 octobre 2020 02 h 52

      Je vis en C.-B. depuis 1994 et le français croit vaillamment. Des gains partout dans l'ouest. La brochette de répliques contraires cette fois est dans les patates. M. Boulanger remet le même disque usé. Le Canada est beaucoup plus protecteur de la francophonie que les États-Unis. L'anglicisation du Québec récemment est dûe aux forces de marché étatsuniennes. Hors-Canada, le Québec pourrait bien s'angliciser encore plus vite.

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 14 h 57

      M. Lamarche, c'est fort possible que je sois dans les patates. Il m'arrive malheureusement de tomber dans les âneries. Cela dit, que pensez-vous des données suivantes du Gouvernement du Canada? :

      « Le poids démographique des francophones est à la baisse
      Tableau 7 : Évolution du poids démographique des francophones selon la première langue officielle parlée, Canada et Canada hors Québec
      Année Canada Canada hors Québec
      1971 27,5 % 6,1 %
      1981 26,3 % 5,1 %
      1991 25,2 % 4,8 %
      1996 24,6 % 4,5 %
      2001 24,1 % 4,4 %
      2006 23,6 % 4,2 %
      2011 23,2 % 4 %
      2016 22,8 % 3,8 % »

      Voir : https://www.canada.ca/fr/patrimoine-canadien/services/langues-officielles-bilinguisme/publications/statistique.html

      M. Lamarche

      En ce qui a trait aux États-Unis, il va de soi qu'il ne protège pas la francophonie. C'est un pays anglophone. M. Lamarche, un Québec indépendant pourrait mieux protéger notre langue nationale que le Canada qui cherche à nous bilinguiser tout en attaquant notre Charte de la langue française. Vous savez, elle a été attaquée maintes fois par le pouvoir juridique depuis son adoption et elle a perdu des plumes avec les années. Un Québec indépendant aurait tout les outils nécessaires pour protéger le français au Québec et elle serait à l'abri de la Cour suprême du Canada et de la Constitution de ce pays.

      J'aimerais aussi vous signaler que la population de langue française est à 1.4% en Colombie-Britannique et que le biliguisme s'élève à 6.8% dans votre province.Je ne suis pas surpris de ces résultats pour avoir visité à plusieurs reprises votre magnifique province.

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 18 h 12

      @ M. Lamarche

      Les chiffres ont mal sorti à l'écran. La dernière colonne de chiffre est pour le français au Canada hors Québec.

      Voici ce que j'autais dû écrire précédemment pour une de mes phrases : Un Québec indépendant aurait tout les outils nécessaires pour protéger le français au Québec et le français dans notre nouvel État serait à l'abri de la Cour suprême et de la Constitution canadienne.

  • Jean Thibaudeau - Abonné 30 octobre 2020 05 h 40

    Tout ça, c'est bien joli, mais :

    * il faut être deux pour valser, et rien ne se profile à l'horizon pour ramener l'autre sur la piste de danse;

    * Mme. Anglade elle-même, si on la prend au mot, va se rendre compte tôt ou tard qu'une vaste frange de son parti ne la suivra pas sur ce terrain-là et que le fait qu'elle a été élue par défaut ne lui donnera pas l'autorité nécessaire pour imposer sa vision.

    * l'autre obstacle vient du fait que le terrain qu'elle dessine est déjà occupé par la CAQ, désormais.

    • Claude Bariteau - Abonné 30 octobre 2020 10 h 31

      Vous avez raison. Elle patauge dans le carré de sable provincial dans lequel s'est embourbé le PM Legault avec des petits cris de circonstances pour attirer l'attention dans le but d'attirer les Bourassa et cie au PLQ.

      Elle a derrière elle, aussi devant elle, à sa gauche comme à sa droite, peut-être même au-dessus de sa tête la main de Dieu de M. Ryan devenue celle de M. Myles.

      En fait beaucoup de gens qui l'écoutent et qui sont prêts le moment venu de lui fournir une pelle pour creuser sa tombe, car ils savent qu'elle nage dans la piscine de M. Bourassa sans gilet de sauvetage ni d'ange-gardien prêt à plonger pour la ramener dans le chemin qui tracé par le Canada en 1982.

    • Marc Pelletier - Abonné 30 octobre 2020 16 h 00

      M. Bariteau, vous me décevez : je vous croyais capable d'une plus grande capacité d'analyse !

    • Patrick Boulanger - Abonné 30 octobre 2020 20 h 43

      Bon points! J'aimerais ajouter cette question en complément : la journée où le PLQ va monter dans les sondages*, que vont devenir les revendications de Mme Anglade?

      * « Les libéraux de Dominique Anglade pointent à 18 % — et à seulement 7 % dans le vote francophone » selon le dernier sondage Léger.

  • Raynald Rouette - Abonné 30 octobre 2020 07 h 26

    Le Québec ne représente plus une menace


    Entretenir l'illusion n'est plus une option. En 1995 les Québécois de toutes allégeances ont fait le mauvais choix. Le Québec n'a jamais autant régressé depuis. La colonie du Canada, ses colons et colonisés (Alain Deneault) se portent très bien...

    • Marc Pelletier - Abonné 31 octobre 2020 11 h 59

      Lorsque l'on est un adversaire indéfectible et hargneux du fédéral, comme l'est généralement M. Legault, comment peut-on s'imaginer obtenir plus en contre-partie ?

      La politique étant ce qu'elle est, M. Legault n'a pas livré les résultats attendus : il flatte sa base électorale en affichant un nationaliste qui ne nous sert pas présentement. Il ne faut pas être dupe de la petite politique, quelque soit le parti.

      Heureusement que les bonnes nouvelles concernant le francais nous viennent d'un citoyen de la C. B., car ici nous faisons, plus souvent qu'autrement, preuve d'un nombrilisme chronique.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 30 octobre 2020 07 h 47

    NON Madame Anglade, les stigmates du passé sont encore bien présents chez les francophones du Québec!

    Contrairement à votre opinion, on n'efface pas ce qui mis à mal la volonté d'un peuple, à majorité francophone, les agissements, les magouilles du PLC et du PLQ lors du référendum de 1995. Notons bien qu'il n'est pas écrit qu'il s'agissait du dernier car, même si les dés sont pipés avec les anglophones du Dominion, pour qui les francophones d'aujourd'hui sont ceux dont les ancêtres ont été ici maltraités, il n'y a pas si longtemps, notre liberté ne peut s'affirmer qu'en prenant en main ce pays d'avenir auquel il faut croire!
    Tout comme il faut croire en une fin plus heureuse de la pandémie, ce n'est pas en demeurant les bras fermés que les choses vont s'améliorer! Chaque jour des populations sont aux prises avec des inégalités identitaires et celle du Dominion en est une! En effet, en affirmant que le Dominion est une nation, la famille Trudeau fait fit de la réalité! Tous les peuples sur terre n'aspirent qu'à vivre selon leurs us et coutumes et, par exemple, celle des francophone n'est pas celle des anglophones! Mais pire encore, c'est cette arrogance de ces derniers de se prendre supérieur aux autres, comme l'a dit Lord Durham! Bref, Habeas Corpus ou non, rien n'a changé au cours des siècles et se contenter que des miettes pour se la fermer n'est pas normale dans une société qui devrait prôner l'égalité et la liberté!
    Même aujourd'hui il reste des traces dans les régions où le PLQ a voté pour le NON, ce qui a même divisé les francophones et fait la joie chez les anglophones! « Je me souviens » doit vous dire quelque chose!

    • Bernard LEIFFET - Abonné 30 octobre 2020 13 h 15

      Des commentateurs fédéralistes québécois pensent que ceux et celles qui sont encore décidés à former un pays s'appuient sur l'idée que les craintes du ROC sont devenues quasi-inexistantes. Faut-il être naïf pour ne pas voir la tentacule des communications du fédéral qui tente de contrôler l'information dans le Dominion! Chaque jour, à chaque émission, Radio-Canada invite toujours des journalistes dont l'opinion politique sur les ondes va à l'encontre du projet d'indépendance! François Cardinal, Manon Cornelier, Madeleine Blais-Morin. La liste est longue de ces gens dont le rôle manipulateur ne fait aucun doute, avec l'objectif de nuire aux indépendantistes québécois!
      Évidemment, tant que le nationalisme de François Legault fait recette, qu'il n'est surtout pas analysé par ces mêmes journalistes, ça peut durer encore un peu, mais les jours sombres de la CAQ pointent à l'horizon, tout comme à Ottawa qui n'ose pas se prononcer sur les caricatures en France après avoir vendu des chars d''assaut en Arabie Saoudite et du matériel d'observation aérienne (drone) pour la Turquie! Ce n'est pas ce que veulent pas les Québécois qui désirent la paix avant tout! Bref, le ROC et le Québec n'ont rien de commun, surtout la langue, celle de nos ancêtres!

    • Serge Lamarche - Abonné 31 octobre 2020 02 h 58

      M. Leiffet, la station radio et télé nationale cherche à garder le pays entier, bien évidemment.
      Vous avez certains faits erronés aussi.

  • Michel Lebel - Abonné 30 octobre 2020 09 h 59

    C'est ainsi!

    En politique, rien n'est jamais achevé. Nihil novi sub sole. Et vogue la galère!

    M.L.

    • Bernard Plante - Abonné 30 octobre 2020 16 h 39

      M. Lebel, les fédéralistes sont-ils tellement à court d'arguments qu'il ne leur reste que l'utilisation de phrases creuses et insipides pour essayer de nous convaincre? Ce qui admettons-le est une bonne nouvelle en soi.