Il ne faudra pas 25 autres années pour tenir un référendum

«Nous avons le devoir d’expliquer ce que changerait la souveraineté dans le quotidien des Québécoises et des Québécois», croit Yves-François Blanchet,
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne «Nous avons le devoir d’expliquer ce que changerait la souveraineté dans le quotidien des Québécoises et des Québécois», croit Yves-François Blanchet,

Il y a 25 ans, le Québec hésitait tout juste ce qu’il faut pour que les manigances — connues — du fédéral permettent une victoire serrée du Non. Un écart d’à peine 54 000 voix séparait les deux camps. Il n’aurait fallu que 27 000 votes pour changer la donne. On passait alors de 40 % d’appuis en 1980 à 49,9 % en 1995. Dans mon esprit, ce ne fut pas la fin de l’idée, mais bien un moment de progression extraordinaire. Notre devoir maintenant, en tant que Québécois et souverainistes, est de continuer d’avancer et de comprendre ce qui aurait pu être fait autrement pour que la prochaine fois soit la bonne. D’ici ce rendez-vous naturel avec l’histoire, le simple fait d’évoquer ensemble notre passé est de nature à nourrir une réflexion qui, j’ose le croire, nous permettra de progresser à nouveau.

Le sondage Léger réalisé en octobre est très révélateur des sentiments qui animent les Québécoises et les Québécois. J’y ai d’abord vu l’affirmation claire d’un projet très vivant, de sa légitimité, du droit et du retour anticipé d’une conversation sur l’opportunité de nous approprier tous les attributs de la souveraineté. J’y ai ensuite lu le doute. L’incertitude quant à la capacité du Québec de se réaliser comme pays souverain. Après toutes ces années, après tous ces succès, la peur et l’incertitude habilement distillées par nos adversaires ont encore un effet. Il faut s’y attaquer de nouveau et démontrer la viabilité, voire la vitalité d’un Québec qui se voudrait prospère et écologique, qui miserait sur la création de richesse dans nos régions, sur notre innovation et nos PME, et qui se développerait à partir de nos richesses naturelles et de notre énergie propre.

J’ai aussi bien compris que, dans ce flou où se confondent préférence et analyse, on nous répète que l’indépendance nationale n’a pas de prise chez les jeunes. Je réfute. Vingt-cinq ans après la dernière campagne, près du tiers de tous les jeunes du Québec adhèrent à l’idée, alors que ceux qui ont vécu le référendum le font à 40 %. Cet écart donne la mesure du défi que nous devons relever. De même, si pour plusieurs générations la souveraineté faisait figure de conclusion naturelle de la Révolution tranquille, elle doit trouver ancrage autrement auprès des jeunes. Or, le Canada est un pays pétrolier — celui qui, par habitant, finance le plus le gaz et le pétrole — et le Québec sera celui où le modèle écologique de création de richesse pourra le mieux s’offrir en modèle au monde. Voilà un argument pour interpeller la jeunesse.

Quoi qu’on en dise, on parle encore d’indépendance au Québec. On pourrait le faire davantage, mais il ne s’agit pas tant de faire plus que de faire mieux. Une idée ne devient pas plus populaire parce qu’on la répète comme une incantation, mais plutôt si on l’explique et la moule sur la réalité des gens à qui on la propose. Par contre, il nous faut bien reconnaître qu’à court terme, le mouvement ne détient pas tous les outils pour relancer à sa juste valeur le débat sur la souveraineté et encore moins réaliser une consultation qui précéderait la définition même de ce qu’on veut offrir. Mais nous avons le devoir d’expliquer ce que changerait la souveraineté dans le quotidien des Québécoises et des Québécois.

Lorsque le Québec sera un pays, il se donnera de bons et de moins bons gouvernements. Il reviendra ensuite à l’histoire d’en juger. Dans l’intervalle, la jeunesse énergique du nouveau chef du Parti québécois, le nationalisme affirmé du gouvernement de la CAQ et la présence forte du Bloc québécois à Ottawa — ainsi que les agressions répétées du fédéral contre le Québec — plantent un décor où le Québec pourra de nouveau mettre en scène sa marche vers la souveraineté. En terminant, on ne réalise pas l’indépendance parce que l’adversaire a triché. On le fait parce que les gens qu’on aime, la culture et les valeurs qui nous forgent et la langue qui nous définit et nous berce méritent de s’épanouir en toute liberté.

Il ne faudra pas 25 autres années.

10 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 30 octobre 2020 09 h 48

    « Put your money where your mouth is »

    Durant les 22 ans où le Parti Québécois a détenu le pouvoir, il a toujours refusé d'investir un seul cent d'argent public pour promouvoir l'indépendance. Alors qu'il prétendait de l'autre côté de la bouche qu'il s'agissait non seulement de son «Article Un» mais de sa «raison d'être» !

    Voilà qui en dit long sur les convictions souverainistes de la «grande famille péquiste» dont Yves Blanchet fait notamment partie.. Ou quand les bottines ne suivent pas les babines...

    Les Anglais leurs diraient sans doute... «Put your money where your mouth is »

    

PS: Quand est-ce que le grand démocrate Yves-François Blanchet cessera-t-il de bloquer tout le monde sur son compte Twitter ? Ce genres de comportements passif-agressifs , antidémocratique et autoritaire et de censure n’annonce rien de bon advenant un Québec indépendant.


    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 15 h 05

      M. Montmarquette, vous exagérez avec le compte Twitter de M. Blanchet. Au pire on peut trouver son comportement dommage ou déplorable, mais twitter n'est qu'un outil de communication partisan pour cet homme dont le métier est de faire de la politique.

  • André Labelle - Abonné 30 octobre 2020 10 h 30

    ÇA VA DE SOI !

    Plus le temps passe plus je considère que la pleine souveraineté du Québec va de soi. En fait je ne vois pas de raisons fondamentales empêchant le Québec d'être un pays souverain.
    « Techniquement » et intrinsèquement le Québec a toutes les ressources et tout le savoir-faire pour gérer lui-même, tout ce que le fédéral fait en son nom.
    Dans mes échanges avec mes proches, famille, amis, connaissances, etc., quand je pose la question pourquoi le Québec ne pourrait-il pas être souverain ? le seul obstacle réel à la souveraineté du Québec est la résistance au changement.
    Aussi, un discours pédagogique et adéquatement structuré serait de nature à réduire significativement cette résistance au changement.
    Je pense que de nombreux analystes ne se sont pas rendu compte que l'idée d'indépendance du Québec s'est subtilement mais profondément enracinée dans la psyché québécoise.

  • Marc Therrien - Abonné 30 octobre 2020 11 h 02

    En attendant...


    ...le temps passe vite. La pandémie de la Covid-19 et ses dommages collatéraux devraient occuper les pensées d’ici les 5 prochaines années. Ensuite, reprendront force les préoccupations pour les changements climatiques devenues moins pressantes avec la gestion de l’urgence sanitaire. Il est prévisible que le sort de la planète Québec pèse moins lourd dans la balance que le sort de la planète Monde. La lutte pour la survie devrait l'emporter sur la lutte pour l'indépendance.

    Marc Therrien

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 15 h 10

      Je suis d'accord avec vous! Cela dit, une lutte n'expêche pas l'autre.

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 18 h 14

      Je suis d'accord avec vous! Cela dit, une lutte n'empêche pas l'autre.

  • Réal Gingras - Inscrit 30 octobre 2020 15 h 24

    Il ne faut pas oublier... la Nouvelle-Calédonie.

    Sur la déclaration de Jacques Parizeau qui mettait la défaite sur le compte de l’argent et des votes ethniques dans son discours en soirée le 30 octobre 1995, je pense plutôt que ce n’est pas en lien avec le vote ethnique . C’était une erreur commise par Jacques Parizeau. La défaite référendaire est due aux 40% de bons "Canadiens-Français" qui ont voté NON cette journée là. Un simple déplacement de 1 ou 2% du vote francophone aurait suffit pour passer la barre du 50%+1.

    La question à se poser est donc : comment se fait-il qu’il y a encore des "Canadiens-Français" qui se reconnaissent plus dans le fédéralisme canadien sous la protection de la Reine, que pour un véritable pays encadré par une véritable constitution qui réponde à son destin, à sa Nation et à la reconnaissance du principe de laïcité?

    Cette question doit toujours rester vivante. En Nouvelle-Calédonie, le score pour l’indépendance est passé de 43% en 2018 à presque 47% en 2020. Un troisième référendum est prévu en 2022. Une loi québécoise pourrait très bien faire en sorte que cette question d’appartenance ou non à la Couronne canadienne puisse être posée selon un calendrier échelonné sur quelques années comme cela se fait actuellement en Nouvelle-Calédonie.

    Il nous reste du temps pour convaincre cette courte frange de Québécois qui pourraient faire la différence. Monsieur Blanchet, on compte sur vous. L'approche référendaire de la Nouvelle-Calédonie me semble une avenue intéressante.

  • Marc Pelletier - Abonné 30 octobre 2020 17 h 21

    Les obstacles viennent de l'intérieur

    - Être nostalgique n'est pas une attitude pour convaincre en 2020.

    - Les larmoiements non plus.

    - La haine du Fédéral et de ses représentants, à perpétuité, par des péquistes qui se plaisent à s'écouter, est un breuvage acide qui ne convertit plus personne : le mur qu'ils érigent ne permets aucun dialogue !

    - En accusant tous ceux et celles qui ont voté pour le NON de traîtres à la patrie, ou encore de faibles d'esprit, comment pensez-vous les convaincre de vos certitudes ?

    - Des chefs de la trempe de M. René Lévesque, cet homme qui aimait les québécois et le Québec, qui ne bâtissent pas pour leur propres ambitions ni sur des "entourloupettes" dans le style des " cages à homard ", ils se sont fait trop rares au PQ. M. Lévesque ne se nourrissait pas de ce pain là. Ses ambitions étaient celles qu'il avait pour le Québec et non pour son propre profit. Qui pourraît me contredire là-dessus ?

    - Oui, il y a eu la nuit des longs couteaux à Ottawa, ce qui n'a pas été honorable, c'est le moins que je puisse dire, pour ceux qui y ont contribué, mais l'usage des coups de couteaux dans le dos n'a-t-il pas été surutilisé au parti québécois, notamment en regard de la quasi totalité de ses chefs ?

    Au fil du temps, vous en avez vacciné plusieurs avec votre négativisme !
    Jusqu'ici vous avez été les champions de : " C'est la faute des autres " !
    Verrons-nous un jour du positivisme qui viendrait rehausser, ou encore rendre crédible, l'option que voulez mettre en vitrine : ce n'est pas en cassant des cailloux sur le dos de ceux et celles qui optent pour d'autres options politiques que vous réussirez à les convaincre. À moins que le fait que vous soyiez à l'aise en demeurant la troisième opposition à l'Assemblée Nationale.

    • Patrick Boulanger - Abonné 31 octobre 2020 15 h 19

      M. Pelletier, l'auteur du texte est le chef d'un parti indépendantiste à Ottawa. Il ne siège pas à l'Assemblée nationale. Bref, je trouve que votre commentaire ne colle pas trop à son texte.