Il est temps de reconnaître le travail des professeur.e.s au collégial

«Nous demandons l’équivalent d’une réduction de 20% de notre charge de travail pour l’hiver 2021 afin de compenser une partie de la surtâche occasionnée par la pandémie et l’enseignement en mode hybride», écrivent les signataires.
Photo: iStock «Nous demandons l’équivalent d’une réduction de 20% de notre charge de travail pour l’hiver 2021 afin de compenser une partie de la surtâche occasionnée par la pandémie et l’enseignement en mode hybride», écrivent les signataires.

Lettre adressée à François Legault, premier ministre du Québec, et à Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur.

Le 16 mars dernier, nous, professeur.e.s du collégial, avons dû cesser nos prestations en classe pour faire face à la pandémie. Un arrêt de deux semaines nous a été accordé pour réorganiser notre matière afin de la traduire autrement : en ligne pour la plupart des cours. Nous avons fini la session comme nous avons pu, en ayant, par ailleurs, le sentiment du devoir accompli.

Nous sommes des profs, et malgré ce contexte inédit, nous incarnons notre profession au maximum de nos capacités afin d’accompagner la génération montante dans cette crise sans précédent. Vous n’êtes pas sans savoir que le téléenseignement soulève des enjeux sérieux au sein de nos rangs. Mieux l’encadrer dans des circonstances ordinaires fait d’ailleurs partie de nos revendications dans la présente négociation pour le renouvellement de notre convention collective.

La session d’automne a débuté, pour la plupart des collèges, en mode hybride, c’est-à-dire que certains cours sont donnés en classe (laboratoires, cours avec équipements spécialisés, cours de première session au collégial, etc.), alors que la majorité est donnée entièrement en ligne, encore. Un plan de leçon, un cours à distance dans une plage horaire circonscrite, des activités d’apprentissage, des lectures à faire en devoir, des travaux, des discussions, des échanges, des encouragements : la relation pédagogique et la confiance mutuelle demandent du temps. L’enseignement en mode non présentiel nous prive de nos repères. Si l’urgence de la session d’hiver nous a forcés à trouver des solutions imparfaites, nous devons maintenant rattraper ce qui a été pelleté par en avant.

Pédagogiquement, nous sommes plutôt en apprentissage, nous tâtonnons d’essais en erreurs, si bien que bon nombre de collègues sont en ce moment, en cette mi-session, aussi épuisé.e.s que lors d’une fin de session.

La COVID éprouve ses travailleuses et travailleurs. Des syndicats de cégep sont arrivés à chiffrer cette fatigue en réalisant un sondage. Effectué entre le 21 septembre et le 12 octobre dernier, ce sondage, auquel ont répondu plus de 2400 professeur.e.s du collégial sur une base volontaire, révèle des chiffres des plus inquiétants.

Ainsi, on y apprend sans surprise que certaines parties de la tâche enseignante demandent un supplément de temps important comparativement à nos conditions de travail normales, souvent du simple au double, voire au triple. Il s’agit prioritairement de l’adaptation des cours (d’un mode en présence à un mode à distance et selon les consignes de la Santé publique, en constante évolution), de la préparation des cours, de l’encadrement des étudiant.e.s (répondre aux nombreux courriels, prendre du temps pour réexpliquer la matière enseignée à distance, guider l’organisation de travail personnel des étudiant.e.s, etc.), de l’évaluation des connaissances et des compétences (tenter de transmettre la valeur de l’intégrité aux étudiant.e.s et, parallèlement, de multiplier ou de complexifier les évaluations pour contrer la tricherie et le plagiat), de la correction en ligne qui peut prendre de deux à dix fois plus de temps, selon les disciplines, et de la gestion des stages (trouver de nouveaux lieux de stage en temps de COVID, accompagner les étudiant.es, etc.)

Même en s’investissant corps et âme, en se perfectionnant « sur le tas » pour livrer un savoir dans ce contexte, bon nombre de professeur.e.s témoignent d’une insatisfaction envers leur propre prestation de travail. Cette insatisfaction est une des variables explicatives de près de un professeur sur deux qui a répondu au sondage et qui présente un niveau de modéré à élevé de détresse dans l’échelle Kessler-6, échelle pour mesurer la détresse psychologique. Il est à souligner que 22 % des répondants témoignent d’un niveau élevé de détresse psychologique.

Ce que nous demandons n’est pas une indemnisation financière. Nous demandons simplement du temps. Le temps de préparer convenablement nos cours, d’encadrer adéquatement nos étudiants, de les accompagner, le temps d’évaluer équitablement les travaux et les examens… le temps de souffler.

Ainsi, nous demandons l’équivalent d’une réduction de 20 % de notre charge de travail pour l’hiver 2021 afin de compenser une partie de la surtâche occasionnée par la pandémie et l’enseignement en mode hybride. Cette réduction pourrait se traduire par une réduction de la taille des groupes ou encore par une augmentation du nombre de professeur.e.s ; cela pour mieux encadrer, mieux outiller, mieux accompagner nos étudiant.e.s et pour donner de l’air à l’ensemble des profs de cégep qui, depuis le début de la pandémie, soutiennent à bout de bras, de leur mieux, la génération montante d’étudiant.e.s au collégial.

Nous croyons que nos étudiant.es ont droit à un enseignement de qualité. Puisque les circonstances sanitaires commandent un enseignement hybride ou en ligne, nous devons pouvoir offrir des cours adaptés à cette réalité et un encadrement adéquat et suffisant.

Les conditions de travail des professeur.e.s déterminent directement les conditions d’études des étudiant.e.s. Si le gouvernement est sérieux lorsqu’il affirme que l’éducation est sa priorité, il est temps qu’il passe de la parole aux actes en nous en donnant les moyens.

* Ce texte est signé par plus de 2000 personnes, enseignants et enseignantes au cégep.

1 commentaire
  • Jérôme Faivre - Inscrit 30 octobre 2020 10 h 21

    Professeur.es et profétrices

    Petite caricature, sans opinion sur le fond.

    Rares commentateurs (es.trices) après 24 H de publication.

    On comprend pourquoi: dur à lire.

    Il aurait fallu relire la lettre avant de la signer d'un clic.
    Si on ne veut pas qu'elle aille directement au panier, il faut rédiger correctement.
    Surprenant pour des spécialistes de la transmission de savoirs.

    Problème d'expression
    Mon détecteur d'ortograffe disjoncte et indique un niveau «de modéré à élevé de détresse».
    Il faudrait commencer par écrire en français.e avant de réclamer de la pognon.ne.ou de la réduction.e de/du temps.

    SVP, il est encore temps d'abandonner cette.ces écriture.e.s ridicul.e.s Sans oublier une révision du jargon pédagogique, dont l'abus est le meilleur moyen de ne pas être écouté.e.s.es. ... ...

    Problème de concision
    On est dans la rubrique idé.es ? Quelle est l'idée ici ? C'est simplement la même idée que dans tous les secteurs de la société touchés par l'épidémie. 810 mots pour une demande de réduction de temps de travail n'est pas un bon exemple d'efficacité. Il faut un oeil averti pour repérer le «20 %».

    On comprend qu'il y ait un peu de difficulté à s'adapter à communiquer et travailler par courriel.e. ! : - )

    Note : Le devoir est à refaire