Trump en campagne: diviser pour mieux régner?

«Alors que les États-Unis sont le pays le plus touché par la COVID-19, Donald Trump se concentre sur sa campagne électorale», écrivent les auteurs.
Photo: Carlos Osorio Associated Press «Alors que les États-Unis sont le pays le plus touché par la COVID-19, Donald Trump se concentre sur sa campagne électorale», écrivent les auteurs.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde, Le Devoir publie le fruit du travail des étudiants participants. Ce texte a été rédigé il y a quelques semaines dans un contexte d’apprentissage de la démarche journalistique.

La pauvre gestion de la pandémie aux États-Unis risque fortement d’avoir un effet sur les prochaines élections présidentielles. Survol de l’incidence du coronavirus sur la campagne électorale en cours.

Alors que les États-Unis sont le pays le plus touché par la COVID-19, Donald Trump se concentre sur sa campagne électorale. Entre les débats sur la gestion de la crise, la légitimité du mode de scrutin ou les atteintes aux droits individuels, la pandémie ne manquera toutefois pas d’avoir son effet sur le résultat du scrutin du 3 novembre prochain.

Selon le vice-doyen de la Faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, Éric Montpetit, qui est aussi professeur titulaire et directeur du Département de science politique à l’UdeM, il est difficile d’évaluer comment la pandémie influera concrètement sur les prochaines élections présidentielles américaines. « C’est imprévisible. Il se peut très bien qu’il y ait des personnes qui appuient Trump parce qu’il n’a justement pas pris la crise trop au sérieux et qu’il n’a pas trop brimé les libertés individuelles. D’autres vont le sanctionner à cause de son amateurisme et de ses changements de cap constants », explique le politologue. Pour lui, « il y a eu une espèce d’improvisation de la part du président américain. Il n’a pas assez écouté le Dr Fauci ».

Vote postal : des raisons de s’inquiéter ?

La chercheuse en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand Julie-Pier Nadeau estime quant à elle que l’une des principales conséquences de la pandémie concerne le recours au vote postal. Contrairement au président américain, elle ne croit toutefois pas à une quelconque fraude électorale causée par cette façon de procéder. « Ce sont des fabulations. Il y a déjà cinq États [Washington, l’Utah, le Colorado, Hawaï et l’Oregon] dont, même avant la pandémie, le mode de vote par défaut était le vote par correspondance », explique la chercheuse, qui ajoute que des données compilées dans ces États ont permis de constater que la fraude électorale était un phénomène plutôt rare. Une étude effectuée dans l’État de Washington lors des élections de mi-mandat a ainsi révélé que, sur 3,2 millions de votes, il y avait seulement eu 142 cas problématiques, indique Mme Nadeau.

Un vaccin à double tranchant

La promesse de Donald Trump au sujet d’un vaccin éventuel contre la COVID-19 a également fait couler beaucoup d’encre. Mme Nadeau considère que la confiance et l’empressement du président concernant un tel vaccin divisent les Américains. « Pour Donald Trump, le fait de promouvoir un vaccin rapidement, c’est dans l’idée de montrer qu’il est actif et qu’il gère bien la pandémie, expose-t-elle. […] Ça a un peu l’effet inverse, parce que beaucoup d’Américains disent qu’ils ne vont pas se faire vacciner parce qu’ils ont des doutes sur les effets secondaires du vaccin. » La chercheuse précise que ce sont environ 40 % des Américains qui appuient la gestion de la pandémie du président américain.

Selon Éric Montpetit, une mise en marché rapide d’un vaccin américain pourrait toutefois potentiellement jouer en faveur de Donald Trump.

Des clivages importants

Une autre répercussion qu’a eue le coronavirus sur la société américaine a été de diviser encore davantage républicains et démocrates, selon Julie-Pier Nadeau : « L’opinion sur le port du masque, par exemple, a une bonne corrélation avec les allégeances politiques […] La pandémie est l’un des éléments qui viennent creuser la polarisation aux États-Unis. »

Le professeur en philosophie politique et membre du Centre de recherche en éthique de l’Université de Montréal Christian Nadeau considère de son côté que les positions fortes adoptées par le camp républicain à propos de certaines questions pourraient apporter des dividendes : « Les tensions sociales favorisent des postures qui entravent le dialogue et les débats rationnels. Les républicains jouent beaucoup sur les sentiments exacerbés de la population américaine. »

12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 28 octobre 2020 06 h 31

    Il y a 50 États-Unis aux États-Unis

    « La pauvre gestion de la pandémie aux États-Unis risque fortement d’avoir un effet sur les prochaines élections présidentielles. »

    Non. La pauvre gestion vient surtout des états démocrates et des districts du Congrès démocrates. Avant de dire que c’était des pauvres et des noirs, eh bien, c’était tout le contraire selon une recherche du Pew Research Center. En parlant de pauvre gestion, le Québec a fait pire que les USA avec ses 732 décès par million de population à comparer avec 698 pour les Américains. Enfin, les Américains, pour la plupart, ne suivent pas les règles de base pour la crise sanitaire dans la plupart des états, ont une densité de population 12 fois celle du Québec et en plus, n’ont pas un système de santé publique. Oui, les vaccins viendront en premier lieu des États-Unis, si vaccin efficace existe, mais ne retenez par votre souffle.

    Donald Trump sera réélu le 3 novembre prochain, surtout à cause de ses politiques sur la loi et l’ordre, sur l’immigration, sur l’économie, sur la préservation de l’autosuffisance et ce qui concerne les produits fossiles et qu’il n’est pas un candidat en perte de ses facultés cognitives comme son adversaire, Joe Biden. Enfin, c’est le Collège électoral qui va élire le président et non pas le vote populaire ou Biden à un ou deux points d’avance seulement sur Trump et non pas le mythique 10% de CNN. Biden a besoin plus de 10 millions de votes de plus que Trump pour être assuré de l’emporter.

    Enfin, tous les candidats qui ont gagné l’Ohio, l’état crucial et baromètre des élections américaines, ont été élus présidents, ceci depuis 1972, de Richard Nixon à Trump en passant par Bill Clinton, Barack Obama et Jimmy Carter. Présentement, Trump mène par 5 points dans les vrais sondages, oui ceux qui ont prédit correctement le résultat de 2016. Et SVP, il va falloir arrêter de citer la Chaire Raoul-Dandurand parce que ces gens-là n’ont aucune idée de la politique américaine. Vous voulez un p'tit « speedo » avec ça?

    • André Côté - Abonné 28 octobre 2020 09 h 43

      Vous dites «surtout à cause de ses politiques sur la loi et l’ordre». Depuis qu'il est président, Donald Trump n'a cessé de jouer au pyromane pour pouvoir ensuite jouer au pompier qui éteint le feu, ou l'art de diviser pour mieux régner.

    • Christian Roy - Abonné 28 octobre 2020 12 h 00

      @ M. Dionne,

      Vous écrivez: "et qu’il n’est pas un candidat en perte de ses facultés cognitives comme son adversaire, Joe Biden."

      Effectivement, lors de son tout dernier test (cognitif celui-là), Mussotrumpoutine a du ajouter un autre élément à sa récitation: "Person, Man, Woman, Camera, TV... Covid-Covid-Covid-Covid !

      Comme le dit Baraky, Mussotrumpoutine est frustré de se voir voler la vedette par un ennemi invisible bien dérangeant.

      D'autre part, je vous le répète, avec l'Empereur à la barre, les USA surpasseront bientôt le Québec au chapitre des décès par million. C'est ma prédiction !

    • Cyril Dionne - Abonné 28 octobre 2020 12 h 46

      Cher M. Côté, Trump risque de remporter le Minnesota à cause de sa politique de la loi et l'ordre. Vous savez, au Minnesota tout comme au Wisconsin, il n'y a pas beaucoup de progressistes à la Bernie Sanders et la population noire est très minoritaire. En fait, les gens de ces deux états font partis d'une dissonance politique puisque la grande majorité est blanche, religieuse et très conservatrice même s’ils ont voté pour les démocrates aux dernières élections, sauf évidemment pour le Wisconsin qui est allé à Trump en 2016. Le concept de la loi et l’ordre détonne dans ces deux états et ne soyez pas surpris si le 3 novembre prochain, le Minnesota soit remporté par Trump.

    • Raymond Labelle - Abonné 28 octobre 2020 15 h 20

      Personne ne sait ce qui arrivera le 3 novembre (le décompte sera peut-être plus long avec le vote par correspondance, d'ailleurs).

      Je partage quand même avec vous une tentative intéressante de prédiction. Le centre d'intérêt de cette intervention-ci n'est pas en soi si Trump sera réélu ou non mais la méthode pour tenter de le savoir (et de façon plus générale, la méthode pour analyser l'opinion, mais cette élection constitue un bon test).

      Une compagnie d'Ottawa a développé une méthode pour prédire, entre autres, des pourcentages de vote avec son ordinateur Polly. Or, Polly ne fait pas de sondages! Elle applique l'intelligence artificielle en espionnant les réseaux sociaux et déduit à partir de là.

      Polly avait prédit le résultat du vote populaire aux EU en 2016, avait prévu à deux sièges près le gouvernement minoritaire de Trudeau (mieux que tous les sondeurs) en 2019, et avait prévu le résultat du Brexit. Chaque matin à neuf heures, la compagnie qui a conçu Polly indique la prédiction de Polly pour le résultat des présidentielles américaines de 2020 - présentant tout d'abord le résultat en nombre de grands électeurs (ce qui compte) et le pourcentage du vote national.

      Ce matin: Grands électeurs 342 (Biden) -196 (Trump), vote national: 54%-46%.

      Je ne sais pas si Polly se trompe ou non, mais je le mentionne maintenant, car si le résultat est proche de celui-ci, on pourra se demander si on peut encore faire des sondages valides à l'ère des cellulaires.

      Détails (pour suivre les prédictions de Polly, chaque jour, quant aux présidentielles étasuniennes): https://advancedsymbolics.com/us-election-2/

    • Cyril Dionne - Abonné 28 octobre 2020 17 h 15

      « Polly wants a cracker? »

      Misère M. Labelle. Avoir prédit le vote populaire de 2016, eh bien, c’était un secret de Polichinelle pour les maisons de sondage qui ont une réputation et un professionnalisme. Ici, je ne parle pas des de celles qui ont été achetés par les milliardaires et qui sont toutes à gauche aux États-Unis, CNN oblige, c'est-à-dire la gauche de la mondialisation et des accords de libre-échange. La différence du vote populaire était de 2% en 2016. C’est à ce niveau ou moins (1%) qu’elle se situe présentement aujourd’hui avec les démocrates en tête.

      Cela dit, on se fout de vote populaire de Trudeau. Nous parlons de l’élection américaine et les paramètres sont très différents. Oui, ce sont les grands électeurs qui choisissent le président à partir du vote de chaque état où 50% et plus vous donne vainqueur de tous les grands électeurs. Présentement, Trump mène au Michigan, au Wisconsin, en Pennsylvanie, en Caroline du Nord, dans l’Iowa, en Floride, en Georgie, en Arizona, au Texas et probablement au Nevada, au Minnesota et d’autres états qui devaient aller naturellement aux démocrates. Enfin tous les états clés. Dans toutes les expressions utilisées dans votre commentaire, aucune allusion au biais social qui sera crucial en 2020 comme il l’a été en 2016. Et celui-ci est encore plus accentué pour cette élection. Il risque d’avoir une vague rouge qui va déferler sur les États-Unis si la tendance se maintient jusqu’au 3 novembre 2020. Et l’Ohio, l’état baromètre, est acquis pour Trump.

      En passant, pour les réseaux sociaux, ce sont les jeunes démocrates qui sont plus affluents que la moyenne des Américains qui y sont et où la plupart ne votent pas. Pour le BREXIT, il s’agit seulement de connaître le Royaume-Uni. Le pays de Galles et la plupart des régions, sauf celle de Londres avec l’Écosse et l’Irlande du Nord, étaient opposés au libre-échange avec le continent européen et surtout l’Allemagne. Un autre secret de Polichinelle.

    • Christian Roy - Abonné 28 octobre 2020 21 h 35

      @ M. Dionne,

      En complément à votre propos: "et qu’il n’est pas un candidat en perte de ses facultés cognitives comme son adversaire, Joe Biden."

      Il semble ce soir que Mussotrumpoutine ait un sérieux probllème de mémoire... il dit ne pas connaître un certain Miles Taylor. Joe peut dormir en paix. l'Empereur en perd de jour en jour !

    • Jean-François Trottier - Abonné 28 octobre 2020 22 h 13

      M. Dionne,

      je ne reviens jamais des chapelets de mesonges que vous enfilez les uns après les autres dans vos interventions qui concernent Trump.
      Je me demande vraiment comment vous faites. Je ne réussirai jamais à tout couvrir tellement il y en a!

      Si Trump avait eu le moindre bon sens, il aurait renforcé le système d'assurance-santé qu'Obama a eu tant de difficulté à implanter par le faute des républicains, au lieu de le réduire. Pourtant vous blâmez les démocrates en parlant de "leurs" états!

      Dire que Biden est en "perte de ses facultés cognitives" est un gros mensonge stupide. La lenteur de son élocution est due au fait qu'étant jeune il bégayait. Il a toujours parlé lentement à cause de ça. D'autre part, il se montre peu parce qu'il n'en a pas besoin.

      Trump bouge beaucoup parce qu'il perd, contrairement à votre assertion.

      Si Trump gagne, ce sera sans nul doute dû à une immense fraude au vote. C'est possible, justement parce qu'il a placé un ami en tête des Postes. Or, comme tous ses gestes ne sont posés que pour ses faire réélire par tous les moyens...
      De plus, les obstacles au vote pour les noirs et les latinos sont de plus en plus fréquents et nombreux dans les États Républicains, et pas si rares dans les États démocrates.
      On s'attend à voir des milices pro-Trump dans les rues le 3 novembre. Vous n'avez jamais honte?

      Si Trump a malgré tout plus que 5% (!!!!) des votes, c'est qu'il transforme les dissensions en haine, principalement auprès des débiles de Qanon et autres fêlés qui parlent de complot pédophile mondial!
      Sa parole ne vaut pas un clou. 20000 mensonges en 3 ans.

      Il plante ses alliés, agit comme un agent secret russe tellement il en rajoute en faveur de Poutine, il a enrichi les spéculateurs mais pas du tout l'économie américaine, et n'est "law and order" qu'en apparence. Dans la réalité, qui vous échappe, il souhaite le plus de troubles possible.

      C'est un bandit. Rien d'autre.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 octobre 2020 00 h 04

      Il faudrait arrêter de déchirer sa chemise chers MM. Trottier et Roy. On parle ici d'un pays étranger. Vous n’êtes même pas un citoyen américain avec le droit de vote. On pourrait même aller plus loin, vous n'avez aucune idée ce qu'est un Américain de la classe moyenne. Pardieu, arrêter de vous alimenter aux chaînes biaisées de Radio-Pravda et j'en passe. Le monde n'est pas gentil et les faibles se font manger tout rond dans le vrai monde.

      C’est l’Amérique des Américains, par les Américains et pour les Américains.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 octobre 2020 09 h 07

      Pourquoi écrivez-vous, M. Dionne? Vous n'êtes plus Américain que moi.

      Pour le plaisir de mentir gros?

      Vous avez utilsé ce même argument il y a peu : si ça ne me touche pas, pourquoi je devrais en tenir compte?
      Je vous ai répondu que je me préoccupais aussi de cette mère qui a tué ses deux enfants, même si ce ne sont pas MES enfants.

      L'argument du nombrilisme, ça vaut zéro.
      Je vous ai lu décertant sur l'usage d'un mot "tabou". Pourtant vous n'êtes ni professeur, ni étudiant à l'Université d'Ottawa.

      Ceci dit, j'ai des amis proches qui vivent à Brooklyn, dans une partie qui il y a peu était "noire-noire". Pas un blanc dans les rues, sauf mes amis ou moi quand je les visitais.
      Puis Trump est arrivé. Après deux ans mes amis n'osaient plus sortir le soir. Pas qu'une nouvelle gang se soit installée, mais le malaise racial est palpable. Lourd.
      Alors oui, ça me touche.
      Mais je n'ai pas besoin de ça, ni vous d'ailleurs, n'est-ce pas?

      Pourquoi perdez-vous votre temps à tessayer de démontrer que Trump est un bon gestionnaire? Vous répétez qu'il sera élu à tour de bras. Quelle importance ça a pour vous?

      Jamais je n'irais m' " alimenter aux chaînes biaisées de Radio-Pravda et j'en passe.". Au contraire, et vous le savez. Un autre mensonge à votre lourd palmarès!
      Vous n'avez VRAIMENT jamais honte.

      Alors, puisque vous prétendez qu'on devrait être nombriliste et ne penser qu'à notre profit immédiat, je vous pose la question : quel est votre intérêt dans cette défense d'un étranger aussi fou que Poutine ou Deng Xiaoping, mais totalement incompétent?

      Dit autrement : vous n'êtes qu'un provocateur, ou vous jouez à l'imbécile?

      Le sunday, malgré le fait que je n'ai nulle part dit que le monde est "gentil" ou vanté les "faibles" : "Le monde n'est pas gentil et les faibles se font manger tout rond dans le vrai monde."

      Ça, c'est du fascisme pur.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 octobre 2020 13 h 24

      Bon, pour votre argument, j'ai marié une américaine de Californie et j'ai fréquenté l'Université d'Ottawa. Vous? Et dans votre cas, avoir des amis québécois à Brooklyn ne veut absolument rien dire.

      Pour « le monde n'est pas gentil et les faibles se font manger tout rond dans le vrai monde », eh bien, ceci n’a rien à voir avec les idéologies politiques et religieuses quelconques, elles sont toutes pareilles, mais plutôt la nature humaine.

    • Jean-François Trottier - Abonné 29 octobre 2020 17 h 15

      Dernire détail.
      Détruisez tout de suite votre illusion possible que je suis radical ou que je laisse agir des radicaux. C'est le contraire.
      Faites-en autant pour Biden. Pas obligé de répéter toutes les âneries de votre héros qui, lui, est fasciste.

      Les faits restent les faits.