Les jeunes mains tendues du communautaire

Mesures sanitaires, télétravail, inégalités exacerbées: les fractures causées par la présente crise de la COVID-19 sont multiples et profondes.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Mesures sanitaires, télétravail, inégalités exacerbées: les fractures causées par la présente crise de la COVID-19 sont multiples et profondes.

Dans le cadre d’un partenariat avec l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde, Le Devoir publie le fruit du travail des étudiants participants. Ce texte a été rédigé il y a quelques semaines dans un contexte d’apprentissage de la démarche journalistique.

Mesures sanitaires, télétravail, inégalités exacerbées : les fractures causées par la présente crise de la COVID-19 sont multiples et profondes. Heureusement, nombreux sont ceux et celles qui travaillent à construire des ponts entre citoyens, même en ces temps difficiles. Entretien avec trois jeunes contributrices au volet « engagement social » de l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde, qui a eu lieu du 12 août au 17 septembre, sur leur travail et la nécessité de la solidarité sociale en temps de pandémie.

Hiba Qchiqach, 20 ans, s’intéresse au vivre-ensemble depuis longtemps. Arrivée à Montréal lorsqu’elle avait six ans, elle se souvient du choc qu’a été son déménagement à Saint-Hubert, une municipalité plutôt homogène. Cette difficulté à faire sa place la motive aujourd’hui à travailler à l’ouverture d’une école communautaire à Longueuil pour l’intégration des jeunes immigrants : « On veut offrir des cours de langue, mais aussi des occasions de créer des amitiés lors d’activités typiquement québécoises. »

Pour Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo, 28 ans, l’engagement social permet de tisser des liens à l’intérieur des communautés et entre elles : « Il faut savoir écouter, c’est comme ça qu’on peut réussir à changer une société. » Membre du Conseil jeunesse de Montréal autochtone et ambassadrice pour Puamun Meshkenu, un organisme à but non lucratif dont l’objectif principal est la santé et le bien-être général des membres des Premières Nations au Canada, elle travaille à sensibiliser le public aux réalités des Premières Nations, mais aussi à aider les personnes autochtones à reconnecter avec leur culture.

Nour Zirat, 21 ans, s’implique au Forum jeunesse de Saint-Michel depuis qu’elle a 14 ans. « Je veux donner l’envie de s’engager aux gens, surtout aux jeunes, c’est extrêmement formateur », dit la jeune femme en parlant de l’organisme qui promeut l’engagement citoyen chez les jeunes du quartier. « Je ne serais pas qui je suis aujourd’hui sans mes expériences de bénévolat. »

Connectés malgré la pandémie

Cet engagement a toutefois dû se transformer en raison du nouveau contexte sanitaire imposé par la pandémie. Les organismes doivent se tourner vers des initiatives numériques. Kijâtai-Alexandra Veillette-Cheezo souligne la réussite du projet #ChuchoteursAutochtones du Conseil jeunesse de Montréal autochtone, où les internautes étaient invités à chuchoter un mot dans une langue autochtone à la manière d’une vidéo ASMR (« Autonomous sensory meridian response », ces vidéos qui causent des réactions agréables par l’utilisation de stimulus auditifs particuliers) : « On voulait briser l’isolement, mais aussi montrer que ce sont des langues encore vivantes. »

Selon Nour Zirat, la crise de la COVID-19 a eu pour effet de raviver une certaine solidarité : « Je crois que le fait que la crise ait touché tout le monde concrètement a conscientisé beaucoup de gens qui n’osaient pas s’impliquer. » C’est ce que constate également Hiba Qchiqach : « Étonnamment, les mesures sanitaires ne nous ont pas empêchés de rejoindre les gens, au contraire. On a remarqué tout de suite un engouement des jeunes et de leur famille pour notre projet. Il y a une grande volonté de briser l’isolement. »

« C’est parfois dur de trouver l’équilibre entre son implication et sa vie personnelle », avoue Hiba Qchiqach, qui a décidé de prendre une pause pour se concentrer sur ses études. Selon une étude récente menée à l’UQAM, 20 % des travailleurs du secteur communautaire vivaient de l’épuisement professionnel avant la pandémie.

« Le nerf de la guerre, c’est l’argent », explique Nour Zirat. « C’est frustrant, devoir se battre pour le financement. Pourtant, avec la présente crise, on a vu à quel point le secteur communautaire est essentiel. Pourquoi n’est-il pas plus subventionné ? »

Le contexte actuel aura fait ressortir la nécessité de l’engagement social. « Tout le monde peut s’impliquer à sa façon, chaque petit geste compte », dit Hiba Qchiqach. « On est extrêmement privilégiés de vivre en démocratie et c’est notre responsabilité de travailler à son bon fonctionnement. »

1 commentaire
  • Louis Gilmour - Abonné 27 octobre 2020 08 h 50

    Félicitations pour votre excellent travail !

    Félicitations pour votre excellent travail !