Sur le nouveau programme du préscolaire

«Le mandat de ce nouveau programme préscolaire vise à la fois le développement global et la prévention», se réjouissent les auteurs.
Photo: Dejan Ristovski Getty Images «Le mandat de ce nouveau programme préscolaire vise à la fois le développement global et la prévention», se réjouissent les auteurs.

Le nouveau programme-cycle d’éducation préscolaire, qui vient d’être adopté par le ministre de l’Éducation, concrétise la volonté collective d’agir tôt pour offrir la meilleure éducation possible aux enfants du Québec et les aider ainsi à la fois à se développer sur le plan personnel et à se préparer pour leur entrée en première année. Le programme met l’accent sur toutes les sphères du développement de l’enfant et le jeu y occupe une place centrale. Les composantes du programme sont organisées de façon à tenir compte des capacités des enfants de 4 ans et de 5 ans. Le programme préconise un équilibre entre les activités initiées par l’enfant et celles initiées par l’adulte, ce qui représente un critère de qualité pour un environnement éducatif. Le mandat de ce nouveau programme préscolaire vise à la fois le développement global et la prévention, ce qui permet d’intervenir auprès de tous les enfants, dont ceux qui, notamment, ont des besoins particuliers.

Dans une perspective d’équité, ce nouveau programme répond donc aussi aux besoins d’un nombre d’enfants non négligeable, qui se retrouvent dans une situation de vulnérabilité. Au Québec, plus d’un enfant sur quatre vit dans un environnement où l’on retrouve plusieurs facteurs de risque. Cette situation a une incidence sur la préparation à l’école, et ce, tant sur les plans cognitif et langagier que sur le plan socioaffectif. Soulignons qu’il y a également des enfants de milieux favorisés qui commencent l’école avec des lacunes ou des problèmes qui peuvent avoir un impact sur leur trajectoire scolaire. Enfin, le nombre inquiétant d’élèves en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage, le taux de décrochage scolaire préoccupant, ainsi que le pourcentage élevé de Québécois ayant un faible niveau de compétence en littératie, font de la prévention dès la maternelle une nécessité scolaire, éducative et sociale.

Plusieurs études internationales et québécoises démontrent que la mise en œuvre, par les enseignantes et autres professionnels, de mesures de prévention de l’échec scolaire dès le préscolaire, en complément à des interventions qui favorisent le développement global des enfants, réduit de façon significative le nombre d’enfants ayant des difficultés en lecture ou de comportement. Un programme visant à la fois le développement global et la prévention est donc positif pour les enfants.

Le nouveau programme-cycle d’éducation préscolaire s’inscrit en cohérence avec les politiques québécoises en éducation, qui soulignent l’importance de la prévention. À ce propos, citons la Politique de l’adaptation scolaire de 1999 et la Politique de la réussite éducative de 2017, sans compter le dernier avis, en 2020, du Conseil supérieur de l’éducation, Le bien-être de l’enfant à l’école : faisons nos devoirs.

Le précédent programme d’éducation préscolaire 5 ans visait seulement, jusqu’ici, le développement global de l’enfant en formulant des principes larges, sans considération spécifique pour les enfants qui présentent des signes précurseurs de difficulté. Or, l’état des connaissances scientifiques démontre que des interventions préventives pour stimuler précisément l’apprentissage du langage oral et écrit, ainsi que l’apprentissage de compétences sociales, sont nécessaires afin d’obtenir un impact positif et significatif du début à la fin du parcours scolaire.

Tous ces faits soulignent enfin l’importance :

De veiller à ce que les enseignantes soient formées et accompagnées pour l’implantation de ce nouveau programme, tant pour le développement global que pour la prévention universelle et ciblée ;

De tenir compte de l’état des connaissances scientifiques dans les différents domaines concernés, et ce, de façon évolutive ;

De développer la collaboration entre les enseignantes du préscolaire, leurs représentantes et représentants, les autres acteurs scolaires, les représentantes et représentants du ministère de l’Éducation, ainsi que les experts scientifiques de l’éducation préscolaire-primaire et de l’adaptation scolaire.

* Cette lettre est également signée par :
France Capuano, professeure titulaire, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal, membre du Comité de suivi de l’implantation du cycle préscolaire du ministère de l’Éducation 

Christa Japel, professeure retraitée, Département d’éducation et formation spécialisées, Université du Québec à Montréal 

Marc Bigras, professeur titulaire, Département de psychologie, Université du Québec à Montréal 

Cosignataires :

Fédération autonome de l’enseignement, Nathalie Morel, vice-présidente à la vie professionnelle, membre du Comité de suivi de l’implantation du cycle préscolaire du ministère de l’Éducation

Fondation pour l’alphabétisation, Caroline Varin, directrice générale

Institut des troubles d’apprentissage, Lucille Doiron, directrice générale

L’Association des orthopédagogues du Québec, Isabelle Gadbois, présidente

L’Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec, Paul-André Gallant, orthophoniste, président

Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, Denis Leclerc, président

Ordre des psychologues du Québec, Dre Christine Grou, psychologue et présidente

Regroupement des comités de parents autonomes du Québec, Marc-Étienne Deslauriers et Sylvain Martel, co-porte-paroles

et plus d’une vingtaine de professeurs et professionnels