Droits de la personne en Bolivie et rupture institutionnelle

«La violence raciste et politique s’est abattue contre les Autochtones du pays et contre les mobilisations des citoyens, surtout dans les quartiers populaires des villes et contre les militants du parti d’Evo Morales, le Movimiento al Socialisme (MAS)», écrivent les signataires.
Photo: Natacha Pisarenko Associated Press «La violence raciste et politique s’est abattue contre les Autochtones du pays et contre les mobilisations des citoyens, surtout dans les quartiers populaires des villes et contre les militants du parti d’Evo Morales, le Movimiento al Socialisme (MAS)», écrivent les signataires.

Lettre adressée au premier ministre du Canada, Justin Trudeau.

Nous sommes profondément préoccupés par la situation que vit la Bolivie à la suite de la rupture institutionnelle qui s’est produite après les élections d’octobre 2019.

Comme vous le savez, les groupes liés à l’opposition de droite ont provoqué, en novembre 2019, une rupture du régime démocratique alléguant l’existence d’une fraude électorale orchestrée par Evo Morales, alors président désigné et dont le mandat devait se terminer en janvier 2020. Cette rupture institutionnelle a été rendue possible, entre autres, par les déclarations hâtives de M. Luis Almagro — secrétaire de l’Organisation des États américains (OEA) —, affirmant l’existence d’une fraude, malgré le fait que le rapport préliminaire de l’OEA ne faisait pas mention d’une telle fraude, mais signalait seulement l’existence d’irrégularités. Des experts internationaux ont par la suite montré que les allégations de fraude électorale n’étaient pas fondées. Evo Morales s’est vu contraint de démissionner devant la pression des forces armées, rappelant les tristes épisodes de l’histoire du pays étroitement liés aux dictatures.

Depuis, un climat délétère règne en Bolivie, marqué par la violence et par des déclarations et des gestes profondément racistes dans un pays où la majorité de la population est d’origine autochtone. La violence raciste et politique s’est abattue contre les Autochtones du pays et contre les mobilisations des citoyens, surtout dans les quartiers populaires des villes et contre les militants du parti d’Evo Morales, le Movimiento al Socialisme (MAS). Le gouvernement « de transition » a déclenché une répression féroce sur la population. À Senkata et à Sacaba, l’armée a ouvert le feu sur les manifestants, faisant 36 morts tués par balles. Les agressions physiques se multiplient contre les mouvements sociaux et particulièrement contre les femmes autochtones. La persécution judiciaire (lawfare) s’est abattue sur les militants du MAS et les anciens fonctionnaires du gouvernement de Morales. Le pays compte au-delà de 1000 prisonniers politiques.

Après que le gouvernement a reporté les élections trois fois, les Boliviens se sont mobilisés pour protéger la démocratie et ont forcé la présidente de facto, Jeanine Añez, à organiser des élections pour le 18 octobre. Étant donné le climat de violence, la persécution et les menaces quotidiennes du ministre de l’Intérieur envers les opposants, nous vous demandons d’intervenir auprès des instances concernées auxquelles siège notre pays, telles que l’ONU, l’OEA, le HCDH (Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme), la CIDH (Commission interaméricaine des droits de l’Homme) entre autres, pour faire valoir la diversité politique, le respect des droits de la personne et ceux des peuples autochtones.

Nous vous demandons également d’intercéder pour que cessent les persécutions des leaders autochtones et des dirigeants des mouvements sociaux et syndicaux. Nous croyons que le Canada et la communauté internationale doivent appuyer et accompagner le processus électoral en Bolivie pour qu’il se déroule sans violence et veiller à ce que le verdict du peuple soit respecté.

Nous sommes sûrs que le Canada jouera un rôle de premier plan dans la défense des institutions démocratiques ainsi que des peuples autochtones qui constituent la grande majorité de la population bolivienne.

* Signataires :

Marcos Ancelovici, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en Sociologie des conflits sociaux et professeur agrégé au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal ; Víctor Armony, directeur du Laboratoire interdisciplinaire d’études latino-américaines et professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal ; Erwin Alexander, professeur d’anthropologie à la University of Saskatchewan ; Karla Aguilar Trejo, interprète judiciaire, Montréal ; Luis Angulo, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Sibel Api Ataoğul, avocate, membre de l’Association des juristes progressistes (AJP), Montréal ; Jacques Boivin, éducateur retraité de la Commission scolaire des Grandes Seigneuries, Montréal ; Luis Buatois, professeur à la University of Saskatchewan ; Laurence Brière, Ph. D, Coopération interuniversitaire UQAM-Bolivie, Montréal ; Silvia Brown, membre du comité Carlota Van Shouwen, Montréal ; Luis Condemarin, membre du comité Carlota Van Shouwen, Montréal ; José Cerda, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Leila Celis, professeure au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal ; William Clare Roberts, Associate Professor of Political Science à l’Université McGill ; Micheline Cyr, ex-directrice d’Auberge Madeleine, Montréal ; Dominique Daigneault, présidente du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, Montréal ; Alia Díaz, membre du comité Carlota Van Shouwen, Montréal ; Paul Deguire, professeur au Département de mathématiques et de statistique à l’Université de Moncton ; Rosa Donoso, membre du comité Carlota Van Shouwen, Montréal ; Gonzalo Donoso, membre du comité Carlota Van Shouwen, Montréal ; Marie-Christine Doran, professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, et directrice de l’Observatoire violences, criminalisation et démocratie ; Frédérick Guillaume Dufour, professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal ; Julián Durazo Herrmann, professeur de politique comparée, directeur du programme de maîtrise en science politique de l’Université du Québec à Montréal, et président de l’Association canadienne d’études latino-américaines et des Caraïbes ; Django Doucet, technicien multimédia à l’Université du Québec à Montréal ; Jaime del Carpio, gestionnaire des programmes de développement international, Montréal ; Del Pozo Teresa, retraitée, Longueuil ; Alexander Ervin, Professor of Anthropology, University of Saskatchewan ; Rev. Dr. Chris Ferguson, General Secretary World Communion of Reformed Churches (WCRC), Toronto / Germany ; Vincent Fortier, professeur de philosophie au collège de Valleyfield ; Viviana Fridman, enseignante en études internationales, 2e cycle, Université de Montréal ; Linda Gagnon, chargée de programme, Montréal ; Julia Gonzalez, experte SAP, Montréal ; Any Guay, professeure de sociologie au collège de Maisonneuve, Montréal ; Jorge Guerra, membre de la Fondation Salvador Allende, Montréal ; José R. Herrera MA, MD, Fellow of the American College of Endocrinology, Université de Montréal ; Rolando Huerta, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Juan Larenas, membre du comité Carlota Van Chouwen, Montréal ; Sergio Larenas, membre du comité Carlota Van Chouwen, Montréal ; Louise Lavallée, retraitée, Montréal ; M. Gabriela Mángano PhD., Professor of Geology, University of Saskatchewan ; Henry Monroy, juriste, membre de l’Association de juges ibéro-américains, Ottawa ; Tito Medina, musicien et compositeur, Ottawa ; Yves La Neuville, retraité, Montréal ; Katherine Lippel, professeure titulaire de la Chaire de recherche éminente en droit de la santé et de la sécurité du travail à la Faculté de droit, section droit civil, de l’Université d’Ottawa ; France Lebeau, traductrice, Gatineau-Québec ; Anne-Marie Le Saux, professeure de sociologie au collège de Maisonneuve, Montréal ; Sauline Letendre, traductrice, Montréal ; Benjamín Lisboa, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Eduardo Malpica, sociologue, Montréal ; Mathieu Marion, professeur de philosophie à l’Université du Québec à Montréal ; Pascale Merlet, agente de planification, de programmation et de recherche, Laval, Québec ; Karen Messing, officière de l’Ordre du Canada, et professeure émérite à l’Université du Québec à Montréal ; Claude Morin, professeur retraité (histoire de l’Amérique latine, Université de Montréal) ; Fabrice Nguena, assistant technique en assurances, militant des droits de la personne et décoloniaux, Montréal ; Osvaldo Nuñez, ex-député fédéral pour le Bloc, Montréal ; Zaida Nuñez Riquelme, membre de la Fondation Salvador Allende, Montréal ; Michel O’Neill, sociologue, et professeur émérite en santé communautaire et promotion de la santé à l’Université Laval ; Isabel Orellana, professeure au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal ; Paul Orlowski, PhD, Associate Professor, Department of Educational Foundations, College of Education, University of Saskatchewan, Saskatoon ; Chrystian Ouellet, professeur de philosophie au collège de Valleyfield ; Carole Ouellette, sociologue et communicatrice, Ottawa ; Norma Pacheco, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Roxana Paniagua Humeres, professeure de sociologie au collège de Maisonneuve, Montréal ; Maria Soledad Paz-Mackay, PhD, Associate Professor, Modern Languages Department, St. Francis Xavier University, Antigonish, New Scotia ; Mona Paré, professeure agrégée   Faculté de droit, section de droit civil Université d’Ottawa ; Jacques Pelletier, professeur retraité de l’Université du Québec à Montréal ; Ricardo Peñafiel, professeur associé au département de science politique, codirecteur du Groupe de recherches sur les imaginaires politiques en Amérique latine, Université du Québec à Montréal ; Dario Perinetti, professeur de philosophie à l’Université du Québec à Montréal ; Martín Portocarrero, chargé de programmes, Montréal ; Denis Racicot, avocat, ex-représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l’Homme en Bolivie (2008-2017) ; Claude Rioux, Éditions de la rue Dorion, Montréal ; Eduardo Ruz, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Marie-Noëlle Ryan, professeure de philosophie à l’Université de Moncton ; Alex Saavedra, ingénierie de systèmes, spécialiste en intégration Kivuto, Ottawa Canada ; Gustavo Saavedra, Biologist MSc Human Settlements and Environment, Ottawa ; Marcelo Saavedra V., Professor, Institute of Indigenous Research and Studies, School of International Development and Globalization issues Department of History, University of Ottawa ; Alejandro Saravia, écrivain, Montréal ; Lucas Savino, Associate Professor, Center for Global Studies, Huron University College, London, Ontario ; Ana Maria Seifert, PhD en santé communautaire, conseillère syndicale en santé et sécurité, Montréal ; Michel Seymour, professeur honoraire à l’Université de Montréal ; Richard Simard, gestionnaire principal à Développement international — Mission Inclusion, Montréal ; Lisa Shapiro, Professor of Philosophy, Simon Fraser University, Vancouver ; Wiliam Sloan, juriste, coordonnateur du Mouvement québécois pour la paix, Montréal ; Benoit Taillefer, responsable syndical du CIUSSNIM, Montréal ; Carmen Torres, journaliste, Montréal ; Rosa Turgeon, professeure de sociologie au collège de Valleyfield, Québec ; Pedro Utillano, membre du comité Carlota Van Schouwen, Montréal ; Mercedes Utillano, membre du comité Carlota Van Schouwen, Montréal ; Nelson Vargas, membre du COSOC (Collectif socialiste chilien de Montréal) ; Frida Villarreal, Msc en sciences de l’environnement, Montréal ; Maria Vélez, PhD, Department of Geology, University of Regina, Alberta ; Howard Woodhouse, PhD (Toronto), Professor Emeritus and Co-Director, Saskatchewan, Process Philosophy Research Unit, Department of Educational Foundations, University of Saskatchewan ; Luis Zúñiga, Fondation Salvador Allende (FSAM), Montréal.

 

Ainsi que plusieurs associations et organismes.

2 commentaires
  • Gilbert Troutet - Abonné 17 octobre 2020 13 h 24

    Où loge le gouvernement canadien ?

    Je suis impressionné par le nombre de signataires de cette lettre. Cela suffira-t-il à réveiller le gouvernement canadien, si soucieux soi-disant des droits de la personne ?

    Le gouvernement Trudeau, qui n'hésite pas à intervenir dans les affaires du Venezuela ou de l'Ukraine, ne pourrait-il pas s'intéresser au cas de la Bolivie ? Surtout qu'il y a là aussi des populations autochtones.

    Il ne faut pas se le cacher, le renversement d'Evo Morales était un coup d'État en sourdine. Comme pour le Venezuela, on lance des rumeurs de fraudes électorales, parce que le vainqueur des élections ne fait pas notre affaire.

    • Gilles Théberge - Abonné 17 octobre 2020 17 h 09

      Il pourrait même, pleurer sur le sort ingrat fait aux autochtones Boliviens. Pourquoi pas, il en a l'habitude.

      Et c'est un très bon comédien Trudeau...