Ottawa ne doit pas laisser l’industrie du transport aérien s’écraser

«Il est impératif qu’Ottawa apporte une aide financière aux transporteurs aériens et aux aéroports canadiens et adopte des mesures réglementaires pour remédier à la situation», pensent les auteurs.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Il est impératif qu’Ottawa apporte une aide financière aux transporteurs aériens et aux aéroports canadiens et adopte des mesures réglementaires pour remédier à la situation», pensent les auteurs.

Il y a quelques mois à peine, les avions abondaient dans le ciel au-dessus de la métropole. À bord se trouvaient des familles partant pour des vacances bien méritées, des étudiants internationaux en voie d’amorcer leur parcours dans l’une de nos universités, ou encore des gens d’affaires se préparant à signer des contrats avec des entreprises étrangères.

Avec la fermeture des frontières en vigueur depuis six mois, un pan entier de notre économie fait face à la plus importante crise de son histoire. Montréal, une des plaques tournantes du transport aérien en Amérique du Nord, n’est pas épargnée.

Il y a quelques semaines, Aéroports de Montréal rapportait entre avril et juin une baisse record du nombre de passagers internationaux à Montréal-Trudeau, de 97,2 % par rapport à 2019. L’aéroport a accueilli seulement56 109 passagers internationaux à cette période, comparativement à plus de 2 millions l’an passé.

Malgré une timide reprise des vols intérieurs, la situation demeure critique. L’aéroport de Montréal est particulièrement touché par la chute dramatique du trafic international, qui représente 43 % du nombre total de passagers.

Le transport aérien est une filière de première importance pour le Grand Montréal. Près de 30 000 emplois directs et 20 000 emplois indirects dépendent de son activité. L’aéroport génère des retombées économiques de 6,8 milliards de dollars au Québec, en plus de 1,6 milliard en taxes et impôts pour le gouvernement provincial et près de 100 millions pour la Ville.

Le transport aérien est également une pierre d’assise du tourisme et de la vitalité économique de la métropole. De fait, 3,1 millions de touristes sont arrivés à Montréal par avion en 2017. Ceux-ci ont dépensé 1,9 milliard de dollars dans notre économie. Montréal accueille aussi les sièges sociaux d’Air Canada et d’Air Transat, ainsi que ceux de l’Organisation de l’aviationcivile internationale (OACI) et del’Organisation internationale des transporteurs aériens (IATA).

Le choc que ce secteur subit ne peut nous laisser indifférents.

Les restrictions exceptionnelles aux frontières mises en place par le gouvernement fédéral — dont l’interdiction d’entrée pour les ressortissants étrangers et la quarantaine obligatoire de 14 jours — ont un impact démesuré sur les transporteurs, les voyageurs et tous les secteurs de l’économie qui en dépendent.

Bien que ces mesures aient pu sembler appropriées d’un point de vue de santé publique lors des premières semaines de la crise, leur application qui se maintient depuis sept mois constitue une entrave majeure à la reprise de l’économie et de l’emploi.

À ce titre, il est impératif qu’Ottawa apporte une aide financière aux transporteurs aériens et aux aéroports canadiens et adopte des mesures réglementaires pour remédier à la situation.

C’est particulièrement en temps de crise que nous devons faire preuve d’ambition, d’inventivité et de souplesse. Le temps est venu de permettre la reprise de la vie économique et sociale en réévaluant le régime sanitaire aux frontières.

Premièrement, Ottawa doit apporter un soutien financier au secteur. Les États-Unis, la France, l’Allemagne ou encore Singapour ont agi rapidement et de manière décidée afin de protéger ces acteurs stratégiques. Il est grand temps pour le gouvernement du Canada de leur emboîter le pas.

Deuxièmement, nous devons faire preuve de leadership en instaurant des mesures ciblées aux frontières. Il existe plusieurs pistes : bulles sanitaires, dépistage accéléré, procédures sanitaires uniformisées et même l’utilisation de chiens renifleurs pour détecter les personnes ayant contracté la COVID-19.

Bien sûr, ces mesures devront être basées sur la science et sur les meilleures pratiques. À titre d’exemple, l’ouverture des frontières avec certains pays devrait prendre en compte des critères clairs comme le taux de transmission de la COVID-19. Certains pays ont également raccourci la période de quarantaine en appliquant d’autres mesures d’atténuation des risques de transmission.

Nous avons tous à cœur la santé et la sécurité de la population et de nos proches. Mais nous ne pouvons pas non plus abandonner une industrie entière et les milliers d’emplois qui y sont rattachés. Des mesures innovantes pourraient non seulement soutenir la reprise de l’économie, mais également positionner le Canada comme un chef de file du transport aérien international à l’ère de la COVID-19.

 

2 commentaires
  • Pierre-E. Lachapelle - Abonné 15 octobre 2020 21 h 08

    Ottawa et l'industrie du transport aérien

    Les deux signataires de cette lettre débutent leur plaidoyer ainsi: «Il y a quelques mois à peine, les avions abondaient dans le ciel au-dessus de la métropole.» En tout respect pour les anonymes qui ont perdu leur emploi dans cette industrie, ce trafic aérien au-dessus de Montréal était un véritable problème de santé publique. Pollution du climat sonore par un bruit excessif à toute heur du jour et de la nuit. Pollution de l'air documentée scientifiqement dans les quartiers aux abords de l'aéroport Montréal-Trudeau. Que ce soit dans les airs ou dans les installations terrestres, cette industrie a un sérieux examen de conscience à faire en ce qui concerne l'environnement et la protection de la santé public des populations avoisinnantes. Il faut surtout que nos parlemetaires à Ottawa se réveillenent et imposent des normes du XX!e siècle en matière de pollution par le bruit et de qualité de l'air. Les lois et les réglement fédéraux sur ces sujets se résument à des coquilles vides, qui datent quasimment de la fin de la 2e guerre mondiale. En attente de ces modernisations, nenni au financement public. Pierre Lachapelle Président des Pollués de Montréal-Trudeau.

  • Réal Gingras - Inscrit 16 octobre 2020 12 h 17

    Il faut que ça bouge


    Dans les mises en garde du ministère de l’intérieur français, le Canada est considéré comme un  pays dans lequel la circulation du virus est peu importante. Alors qu’est-ce qu’on a à s’énerver?

    Depuis le mois de mars Air Canada et Air France ont continué à desservir Paris quotidiennement. Aujourd’hui, le 16 octobre, on peut partir vers Londres, Bruxelles, Zurich, Casablanca, Doha, Lisbonne, Marseille, Istanbul et Nantes.

    Il n’y a plus de passagers avec des symptômes . Tout est bien contrôlé. Il faut un masque dès qu’on met les pieds à l’aéroport et pendant la durée d’un vol. Y a pas de souci. Oui il faut de la souplesse. Il faut ouvrir les frontières de manières progressives et stopper ce long dérapage sanitaire qui nous amène à penser que nous sommes tous contaminés. Nos élus ne sont plus à la hauteur. Ils ont perdu la tête et ne trouvent plus leur boussole. C’est la santé publique qui mène le monde. Déjà si on remontait le taux de fréquentation des avions à 40 ou 50% d’ici Noël nous aurions fait un grand pas. La quarantaine n’est plus nécessaire. Allez hop! On repart la machine.