Deuxième vague et raz-de-marée de détresse chez les jeunes

«Les changements d’habitudes, les deuils et les accommodements demandés à nos enfants et à nos adolescents au nom de l’urgence sanitaire sont en train de se transformer en stress chronique, que l’on sait fortement associé à la détresse morale et aux troubles psychiatriques», écrivent les autrices.
Photo: Martin Dimitrov Getty Images «Les changements d’habitudes, les deuils et les accommodements demandés à nos enfants et à nos adolescents au nom de l’urgence sanitaire sont en train de se transformer en stress chronique, que l’on sait fortement associé à la détresse morale et aux troubles psychiatriques», écrivent les autrices.

La première vague et son confinement ont eu des effets dévastateurs sur le plan psychologique pour beaucoup d’enfants et d’adolescents. Pour n’en nommer que quelques-uns : isolement social, crises familiales, décrochage scolaire, dépression, anxiété, troubles alimentaires, toxicomanie… Simultanément, le réseau de la santé s’est réorganisé : interruption de services dans les réseaux publics et privés, rencontres repoussées, éloignées, virtualisées, perte d’intervenants en milieux scolaire et communautaire, la crainte de venir à l’hôpital. En même temps, le bouleversement de la vie familiale en temps de pandémie imposé aux parents les a épuisés et isolés ; leurs capacités à s’adapter et à accompagner leurs enfants en sont grandement affectées. Mais à ce moment, les familles étaient en « mode survie », un style adaptatif qui vient avec son lot d’adrénaline qui nous aide à garder la tête hors de l’eau. Et il y avait l’espoir d’un été plus doux, d’une trêve dans cette lutte contre ce virus invisible, mais si présent.

Avec la deuxième vague qui sera certainement longue et l’hiver qui s’en vient, attendons-nous à une forte secousse sur la santé mentale de nos jeunes, une santé déjà très fragilisée. Les changements d’habitudes, les deuils et les accommodements demandés à nos enfants et à nos adolescents au nom de l’urgence sanitaire sont en train de se transformer en stress chronique, que l’on sait fortement associé à la détresse morale et aux troubles psychiatriques. Nos jeunes sont résilients, courageux, téméraires et nous les admirons. Mais ils ont aussi leurs limites et celles-ci ont été atteintes pour un nombre grandissant d’entre eux.

Depuis le début du mois de septembre, le nombre de consultations à l’urgence du CHU Sainte-Justine pour de la détresse psychologique chez les enfants et les adolescents a augmenté de façon fulgurante. Les crises suicidaires sont fréquentes et des gestes dangereux sont posés chaque jour. Les familles craquent, « on n’est plus capables », nous disent-elles. En tant que professionnelles de la santé présentes aux premières lignes auprès des enfants en situation de crise, nous l’avons vu et senti. Non seulement les consultations augmentent, mais l’intensité de la détresse atteint des niveaux sans précédent.

Plusieurs de ces patients ou leur famille ont déjà demandé de l’aide dans leur communauté. Or, les délais pour bénéficier d’un suivi psychosocial peuvent maintenant atteindre jusqu’à 24 mois ! Même les ressources au privé sont saturées, car les psychologues au privé ne prennent plus de nouveaux patients. À cela s’ajoute l’inconfort généralisé de réaliser un suivi à travers un écran alors que ces familles ont besoin de présence afin de les aider réellement à surmonter leurs enjeux. Cette réalité nouvelle complexifie énormément le travail de référence puisque, force est de constater qu’en ces temps de précarité, les portes se ferment beaucoup plus qu’elles ne s’ouvrent pour notre future génération.

Notre constat : ni le réseau public ni le réseau privé n’arrivent à absorber la crise sanitaire en santé mentale à laquelle nous assistons en pédiatrie.

Nos jeunes dépendent de nous, les adultes. En tant que société, nous avons déjà fait le choix judicieux de prioriser nos jeunes en maintenant les écoles ouvertes en présence, même si la rentrée scolaire a été difficile pour plus de jeunes que d’habitude. Nous avons maintenant le devoir de continuer à défendre leurs intérêts, leur bien-être, leur futur, et de les protéger. La deuxième vague sera longue, beaucoup plus longue que 28 jours. Les mesures ajoutées cette semaine pour des jeunes qui sont peu ou pas malades de la COVID serviront-elles vraiment à réduire les hospitalisations et les décès dans la population âgée ? Il n’est pas si clair que le fait de couper la présence physique à l’école de moitié et d’annuler les activités parascolaires collectives puisse diminuer la propagation du virus au sein des populations vulnérables. Par contre, la structure de l’école, la richesse des contacts sociaux (avec des jeunes de leur âge) et les bénéfices du sport et de l’art sont essentiels pour éviter que cette crise ne se transforme en catastrophe.

Oui, nous les adultes, nous la société, nous pouvons choisir d’accorder aux jeunes certains privilèges au nom de leur santé, surtout en temps de crise sanitaire. Agissons dès maintenant pour amoindrir les conséquences de la pandémie sur leur santé mentale.

Maintenons nos écoles ouvertes avec présence en classe. Conservons les activités parascolaires artistiques et sportives. Nos jeunes en ont besoin.

9 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 15 octobre 2020 01 h 36

    Deuxième paragraphe. Première phrase «in fine». !? ?!

    Sérieuses?! Si on écrit, admet, reconnait que : «[...], une santé déjà très fragilisée.» [...] La faute à qui? La réponse est devant une «glace» (miroir pour le lambda). Misère! Le fruit ne tombe jamais loin de l'arbre. Pour le lambda: «Un bananier n'est pas un arbre». Mouarf! Sur ce...

    JHS Baril

    • Marc Pelletier - Abonné 15 octobre 2020 11 h 47

      La lettre ci-dessus devrait être acheminée au premier ministre, car ce qui est suggéré est fort pertinent et je vous en remercie.

      Qui a dit qu'un enfant doit être élevé par un village ?

      Mme Marie Nobert et JHS Baril, je vous souhaite longue vie dans votre bunker.

  • Cyril Dionne - Abonné 15 octobre 2020 09 h 19

    La détresse sélective

    Bon, on nous parle toujours de la détresse chez les jeunes et jamais chez les autres segments de la population qui sont encore plus touchés. Tous vivent présentement l’isolement social, les crises familiales, le décrochage scolaire chez les adultes, la dépression, l’anxiété, les troubles alimentaires, la toxicomanie et pourrait ajouter à ceux-là pour les adultes, la peur de tout perdre financièrement. Vous savez, la plupart des covidiots qui préconisent la fin des mesures sanitaires, eh bien, si vous cherchez un peu, vous allez vous apercevoir que leur comportement antisocial est issu de causes socioéconomiques.

    Ceci dit, non seulement les familles sont en mode survie, elles l’étaient hier avec le nombre de divorce. Donc, rien de nouveau sous le soleil. On nous parle toujours de la santé psychologique des enfants et adolescents, mais jamais un traite mot sur les autres. Maintenant, on nous parle d’accorder des privilèges aux jeunes sachant fort bien qu’ils sont souvent des super propagateurs du virus, mais n’en vivent aucune conséquence. On le sait, 98% de tous les décès au Québec sont parmi les 60 ans et plus. On pourrait aussi rajouter à l’équation le nombre d’hospitalisation chez les 60 ans et plus.

    Enfin, sans vaccin et médicament efficace, de 60 à 80% de la population sera infectée dans les années à venir. Cela, c’est une certitude. Le seul remède à tout cela, ce sont les mesures sanitaires afin que le système de santé ne déborde pas. Pardieu, en ces temps de pandémie, il ne faut pas être pressé de mourir si on est atteint d’une maladie sauf pour la COVID-19. Combien de chirurgies et de traitements ont été reportés depuis les six derniers mois? Nul besoin de répondre, tous connaissent la réponse.

    Oui, il va falloir apprendre à vivre normalement avec ce virus, mais les jeunes devront mettre l’épaule à la roue. Eux aussi devront faire des sacrifices. Cela pourrait pire pour eux. Ils auraient pu naître dans un pays du tiers monde.

    • Marc Pelletier - Abonné 15 octobre 2020 12 h 30

      M. Dionne,

      Nos jeunes, jusqu'ici, n'ont pas été soumis aux mêmes défis, aux mêmes confrontations que les adultes : ils n'ont pas atteint notre niveau de maturité pour affronter les restrictions actuelles.
      D'autre part est-ce que les adultes réagissent toujours en adultes avec eux ?

      Finalement, les besoins des jeunes, surtout à l'adolescence, ne sont-ils pas fort différents de ceux des adultes ? Et.... qui s'en soucie ?

      Je crois qu'Ils sont présentement les plus pénalisés dans notre société.

    • Cyril Dionne - Abonné 15 octobre 2020 16 h 04

      Sur quelle planète vivez-vous M. Levesque? Les jeunes font fi de toutes les restrictions sanitaires et sont des grands vecteurs de contagion puisque ceux qui sont asymptomatiques n'entrent pas dans les statistiques (et la plupart des jeunes le sont). Eux, ils s'en foutent comme en l'an quarante puisqu'ils en sont rarement malades de ce virus et en plus, n'en meurent certainement pas. Voir les statistiques de Santé Québec (Répartition des décès selon le groupe d'âge). Aucun d'entre eux en est décédé et ceci, pour tous ceux qui ont 29 ans ou moins. Pardieu, ils représentent 29% de tous les cas de contagion sans compter les asymptomatiques et zéro victime. Pour ceux qui ont 60 ans et plus, c'est aussi 29% de gens atteint de la COVID-19, mais représentent plus de 98% de toutes les victimes de ce virus au Québec. Cela fait plus de 5 885 décès sur 6 005.

      https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/situation-coronavirus-quebec/#c63031

      Alors, on passera pour leurs problèmes de santé psychologique.

  • Yves Corbeil - Inscrit 15 octobre 2020 11 h 10

    Et si on les impliquaient

    Notre société traverse une période difficile, vous constatez que plusieurs personnes subiront des séquelles permanentes et que les ressources déjà saturées ne pourront nous venir en aide, ça ne prends pas la tête à Papineau pour le comprendre. Alors pour alléger le fardeau à venir, pourquoi ne proposez-vous pas une façon d'impliquer les jeunes dans les solutions. Quand ça va mal tu as besoin de toutes tes ressources pour venir à bout des problèmes, bien là en temps de pandémie au lieu de laisser de côté ces forces vives pourquoi ne pas les impliqués. On ne fait que créer d'autres problèmes pour lesquelles les ressources sont déjà saturés en les mettant de côté. Vous détenez tous des diplômes dans plusieurs domaines alors cassez-vous les méninges pour apporter des solutions aux problèmes des jeunes qui serviront à tous pour qu'on passe au travers cette pandémie qui sera bien plus longue qu'on veut bien nous le laisser croire. Ils sont les moins à risque d'en crever et ils sont les plus à risque en demeurant inactifs, faites un effort et proposer des solutions les impliquants aux dirigeants qui sont dépassé par les évènements. Oui absolument, ils faut que les jeunes soit à l'école mais quand t'es jeunes, t'as du gaz dans ta tank et tu peux en faire des choses après l'école et si c'est une question d'argent, bien combien ça va coûter si on fait rien ou si on laisse le père no well d'Ottawa préparé leur avenir avec la dette publique. Allez les spécialistes en tous genres, creusez vous les méninges.

  • François Beaulé - Inscrit 15 octobre 2020 11 h 27

    Pendant ce temps en Chine...

    La vie a repris normalement ou presque depuis plus de 6 mois ! Alors que le virus a été transmis à un humain la première fois dans ce pays. Nous payons chèrement le prix de notre incapacité à éradiquer le virus. Les libertés ont été sévèrement restreintes en Chine mais pour quelques mois seulement. Et depuis, les Chinois sont beaucoup plus libres que nous.

    Rappelons-nous qu'en février et au début de mars, le gouvernement canadien ne restreignait pas les voyages à l'étranger. Pour favoriser la liberté individuelle à court terme, cela a boosté le nombre de cas ici. Même erreur avec le refus d'une stratégie d'éradication du virus...

  • Christian Roy - Abonné 15 octobre 2020 11 h 31

    Tout cela nous ramène sur le terrain de l'école

    Oui, une bonne pensée encore aujourd'hui pour les membres du personnel scolaire qui accompagnent notre jeunesse.
    Chaque jour suffit sa peine.

    Comme on dit, c'est là que ça se passe...

    Merci à chacun d'eux.