Haut-Karabakh: le silence tue

L’intensification des combats dans le Haut-Karabakh continue de faire des victimes civiles tout en entraînant dans son sillage d’importants déplacements de populations, en dépit des appels internationaux au cessez-le-feu.
Photo: Aris Messinis Agence France-Presse L’intensification des combats dans le Haut-Karabakh continue de faire des victimes civiles tout en entraînant dans son sillage d’importants déplacements de populations, en dépit des appels internationaux au cessez-le-feu.

Il y a un peu plus d’un siècle, les Turcs ottomans perpétraient un génocide qui décima, à l’abri des regards, près de la moitié de la population arménienne de l’époque. Aujourd’hui, c’est au tour des descendants de ce peuple survivant de faire face à une nouvelle tragédie. Cette fois, au vu et au su de tous.

L’intensification des combats dans le Haut-Karabakh continue de faire des victimes civiles tout en entraînant dans son sillage d’importants déplacements de populations, en dépit des appels internationaux au cessez-le-feu. Pour l’instant, aucune trêve n’est envisagée. Plus encore, au dire des combattants séparatistes arméniens et des autorités azerbaïdjanaises, qui multiplient les provocations de part et d’autre, les affrontements risquent de dégénérer, d’autant plus que plane au-dessus de cette région le spectre d’une internationalisation du conflit. De fait, la Turquie n’hésite pas à fournir un appui militaire et logistique à son allié azerbaïdjanais, tout en exhortant le monde à le soutenir, au nom du droit international.

Au cœur de ces hostilités, la dispute d’une enclave territoriale de 4400 km2 peuplée majoritairement d’Arméniens, située à l’intérieur des frontières de l’Azerbaïdjan, pays qui partage avec la Turquie de très fortes relations, les deux États s’étant mutuellement décrits comme « une seule nation ». Depuis 1991, année d’autoproclamation de son indépendance, le statut du Haut-Karabakh est toujours contesté, malgré un arbitrage de la communauté internationale sous l’égide du Groupe de Minsk, qui a échoué à maintes reprises dans sa mission de trouver une solution pacifique à ce conflit.

À l’instar des multiples guerres interethniques qui ont surgi après la décomposition de l’Union soviétique, ce conflit cristallise une opposition irréconciliable entre deux principes du droit international, soit le principe d’autodétermination et le principe d’intégrité territoriale, chaque camp étant bien déterminé à ne pas céder un cheveu de sa souveraineté sur un territoire qu’il juge lui appartenir, en vertu de ce même droit.

Conséquence de cette situation, le conflit s’est envenimé, et sa résolution repose désormais sur un jeu d’alliance entre les superpuissances, déjà pipé par une donne énergétique et des intérêts géostratégiques qui dépassent de loin les frontières de ces pays et semblent irrévocablement pencher en faveur de l’Azerbaïdjan, qui peut compter sur des réserves pétrolières en mer estimées à 2 milliards de tonnes et des gisements gaziers de l’ordre de 4 billions (4000 milliards) de mètres cubes. En plus de pouvoir bénéficier, par ses rives de la mer Caspienne, d’un accès facile au Kazakhstan, au Turkménistan et, de là, au reste de l’Asie centrale.

Sans un engagement fort de la communauté internationale — aujourd’hui et maintenant —, le peuple arménien est voué à disparaître sous nos yeux, livré aux ambitions hégémoniques de dictateurs, abandonné aux doctrines et aux violences racistes qui ne tarderont pas à avoir raison de lui.

Le Canada a bien fait de soulever ses inquiétudes quant aux bombardements de collectivités et des pertes civiles. Nous saluons aussi son annonce visant le gel de licences d’exportation d’armes vers la Turquie. Mais cela ne suffira pas à stopper le massacre qui a cours en ce moment et qui risque de fausser à jamais les réalités anthropologiques de ce territoire par l’élimination pure et simple de son peuple autochtone.

En tant que membre de l’OTAN, le Canada devrait user de son influence pour exhorter la Turquie à respecter ses engagements en faveur des règlements pacifiques des conflits, et encourager les autres États membres à faire de même. De plus, en tant que leader international en matière de droits de la personne et défenseur de la liberté, le Canada devrait condamner sévèrement les attaques contre les civils et dénoncer haut et fort les violations du droit international humanitaire. Enfin, le Canada et la communauté internationale ne devraient pas hésiter à proposer et à mettre en œuvre des mesures plus coercitives afin de faire respecter le droit international, quitte à déployer sur le terrain des forces de maintien de la paix pour astreindre les parties prenantes à retourner à la table des négociations.

Sans quoi, le peuple arménien est voué à un deuxième génocide.

2 commentaires
  • François Beaulé - Inscrit 13 octobre 2020 11 h 26

    Principe d'autodétermination d'un peuple et création d'un État indépendant

    L'auteur nous rappelle que la population du territoire en question, le Haut-Karabakh, a proclamé son indépendance en 1991. Or près de 30 ans plus tard, celle-ci est encore contestée. N'est-ce pas là le fond du problème, la cause des combats armés actuels qui font de nombreuses victimes ?

    Comment se fait-il que l'ONU ne puisse faire reconnaître la création d'un État indépendant ? Que vaut le principe d'autodétermination sans cela ? Comment se fait-il que l'Azerbaïdjan et la Turquie puissent refuser de reconnaître un tel État pendant 30 ans sans subir de représailles de l'ONU et de la communauté internationale ?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 13 octobre 2020 15 h 13

    L'intervention de la Russie

    Si une réelle négociation est impossible, je ne vois pas d'autre solution que l'intervention militaire de la Russie. Elle est chrétienne, comme l'Arménie ; cela devrait suffire.

    Sinon, le Haut-Karabakh se fera avaler par l'Azerbaïdjan, la Turquie, avec en support des djihadistes venus de partout et toujours partants pour bouffer du chrétien.