La pandémie, une occasion de repenser le marché du travail

«Le gouvernement du Québec veut être un accélérateur de potentiel d’adaptation aux nouvelles réalités du marché du travail», écrit Jean Boulet.
Photo: Mario Beauregard La Presse canadienne «Le gouvernement du Québec veut être un accélérateur de potentiel d’adaptation aux nouvelles réalités du marché du travail», écrit Jean Boulet.

Les crises amènent leur lot de défis, tout comme elles révèlent des occasions à saisir. En tant que ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, je choisis de tourner mon regard du côté des occasions. La plus importante à court terme est de permettre la requalification des quelque 200 000 chômeurs de la pandémie.

Dans une vision d’avenir créatrice de richesse et de paix sociale, notre gouvernement se fait un devoir de réunir les conditions gagnantes pour permettre à ces personnes de contribuer à la relance économique du Québec. Cet objectif crucial est au cœur du Forum sur la requalification de la main-d’œuvre et sur l’emploi, qui aura lieu le 16 octobre prochain. Il rassemblera des représentants des syndicats, du patronat, du milieu communautaire, du milieu de l’enseignement et du gouvernement, et ce, dans une perspective de concertation.

La crise sanitaire a bouleversé l’économie et accentué la transformation du marché du travail québécois. Avant la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre touchait pratiquement tous les secteurs d’activité. Aujourd’hui, un chômage sectoriel élevé côtoie la pénurie de main-d’œuvre qui freine la croissance de certaines entreprises et complique la prestation de services, notamment dans le secteur de la santé.

D’ailleurs, les femmes et les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus touchés par les pertes d’emplois, nombreuses dans les secteurs du tourisme, de la culture, et certains pans du commerce de détail. Il est impératif d’aider chômeurs et chômeuses de la pandémie à acquérir des compétences en adéquation avec leurs aspirations et les nouveaux besoins du marché du travail.

Ce même marché avait déjà amorcé une transition vers la quatrième révolution industrielle, caractérisée par l’automatisation intelligente et l’intégration de nouvelles technologies pour optimiser la productivité. La crise amplifie cette vague de fond et fait disparaître beaucoup d’emplois requérant une qualification moins grande, tout en faisant augmenter la demande pour des travailleurs possédant les compétences du futur. Ces compétences clés, qui représentent des emplois mieux rémunérés, se regroupent en cinq grandes classes, appuyées sur le socle de la littératie et de la numératie. Elles sont les suivantes :

- savoir utiliser le numérique de manière éthique ;

- savoir communiquer et collaborer ;

- être en mesure de gérer des personnes ;

- respecter la diversité et l’inclusion ;

- savoir s’adapter aux mutations constantes.

Les métiers et les professions d’avenir sont ceux qui mèneront à la conception d’outils technologiques et ceux où la technologie ne pourra pas remplacer l’humain. Le marché du travail évolue déjà dans cette direction. La crise sanitaire, par son onde de choc, accélère le changement, et c’est une occasion exceptionnelle de faire de nouveaux gains de productivité afin de diminuer l’écart de 27 % qui sépare le Québec des États-Unis*.

Il y a un an, j’ai mis en œuvre le Plan d’action pour la main-d’œuvre (PAMO), qui s’appuyait sur la hausse de la productivité et la représentation des bassins de main-d’œuvre sous-représentés, notamment les jeunes, les femmes, les Autochtones, les immigrants et les personnes en situation de handicap. Nous allons continuer de soutenir financièrement le rehaussement des compétences des travailleurs et poursuivre notre accompagnement auprès des PME dans leurs efforts de recrutement. Nous voulons aussi créer une voie accélérée pour aider les chômeurs de la pandémie à combler les besoins dans les secteurs où la demande de main-d’œuvre est importante. Selon une consultation récente menée dans notre réseau de partenaires de la société civile, les principaux leviers de notre ambition sont la reconnaissance des acquis, la formation de courte durée, l’alternance travail-études et les programmes d’apprentissage en milieu de travail.

Le taux de chômage au Québec demeure élevé. La situation commande une réponse rapide, car la reprise tardera dans les secteurs les plus fragilisés. Les économistes prévoient qu’il faudra environ deux ans pour retrouver la vigueur d’avant la pandémie, là où elle a causé les plus sérieux dommages en ce qui concerne l’emploi. Ainsi, il faut construire des passerelles, notamment pour des manutentionnaires, des mécaniciens ou des soudeurs du domaine de l’aéronautique, vers des métiers équivalents dans la construction, où les besoins en matière de main-d’œuvre sont importants. Il faut offrir des formations plus rapides vers des emplois dans le secteur de la santé, comme on l’a fait avec les préposés aux bénéficiaires. Le secteur des technologies de l’information requiert aussi notre attention. Attirer davantage de femmes dans les secteurs typiquement masculins et en effervescence représente un défi de société.

Le gouvernement du Québec veut être un accélérateur de potentiel d’adaptation aux nouvelles réalités du marché du travail. À travers le dialogue social sous-jacent au Forum sur la requalification de la main-d’œuvre et sur l’emploi, je souhaite trouver des solutions concrètes et durables, avec nos partenaires, pour assurer une relance économique prospère et inclusive. Nous devons tous contribuer au Québec de demain.

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 10 octobre 2020 09 h 38

    Déjà vu…

    Bon, Johnny nous fait le même discours qu’un certain Bill Clinton avait fait durant sa première élection à ceux qui travaillaient dans une usine de transformation de poisson en Nouvelle-Angleterre qui allait fermer. Bien sûr, les gens sans diplômes pouvaient se recycler facilement dans le secteur des hautes technologies pour y travailler. Il avait aussi oublié de mentionner qu’un travailleur technologique en remplaçait une centaine avec la même efficacité de production. Oui, quelle vision d’avenir créatrice de richesse et de paix sociale. Enfin.

    Maintenant, littératie implique une connaissance langagière de haut niveau et aussi dans une langue seconde en haute technologie. Idem pour la numératie qui dans le domaine de l’automation, de la robotique intelligente et de l’intelligence artificielle, requiert des mathématiques au niveau universitaire. Difficile de voir des gens qui n’ont pas réussi leur cégep et qui vont s’adapter facilement à ce nouveau monde.

    Les non-dits sont aussi tonitruants dans cette affaire. Qui dit haute technologie, dit perte d’emplois massive. Pour chaque nouvel emploi en haute technologie, celui-ci en élimine au moins 10. Au Québec, dans les manufactures, eh bien, la plupart composent encore comme au temps de la 2e révolution industrielle. Disons que la promesse technologique risque de n’être pas garante de l’avenir pour les emplois et il faut enlever ses lunettes roses.

    Et que feront les syndicats vis-à-vis cette situation? Ils ne vont pas otempérer avec cette condition de façon volontaire tout en perdant des cotisations par l’élimination de leurs membres. Technologie est synonyme de perte d’emploi.

    En passant, les travailleurs de l’usine de transformation de poisson de la Nouvelle-Angleterre n’ont jamais pu se requalifier pour travailler dans les secteurs technologiques. La délocalisation de leurs emplois vers des pays du tiers monde n’a pas apporté la richesse espérée pour eux. D’où le phénomène Trump d’aujourd’hui.