Reconnaissons les adolescents comme des citoyens à part entière

«La grande stratégie à adopter pour prendre en compte l’intérêt supérieur des jeunes est de respecter l’ensemble de leurs droits énoncés dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies, à laquelle adhère le Québec depuis 1991», écrivent les auteurs.
Photo: Nenad Stojnev Getty Images «La grande stratégie à adopter pour prendre en compte l’intérêt supérieur des jeunes est de respecter l’ensemble de leurs droits énoncés dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies, à laquelle adhère le Québec depuis 1991», écrivent les auteurs.

Si nous étions ados et que nous apprenions que notre génération est perdue, nous serions fort probablement démobilisés. C’est pourtant ce message qu’on laisse entendre aux ados dans les médias. N’est-ce pas manquer totalement de respect envers les jeunes, envers leurs forces et leur capacité à comprendre et à agir ? On peut comprendre qu’on n’aime pas les mesures imposées aux ados, mais en même temps, on ne croit pas qu’être aussi alarmiste en situation de stress majeur soit un pas dans la bonne direction. C’est plutôt démobilisant pour les ados, mais aussi pour toute la société.

Dans les 42 centres de pédiatrie sociale en communauté au Québec, et depuis plusieurs années déjà, la majorité des enfants et des jeunes présentent des troubles d’anxiété importants et d’autres troubles liés aux conditions difficiles dans lesquelles ils évoluent. Ce nouveau virus, le coronavirus, qui coexiste avec d’autres virus plus connus, comme l’influenza, et surtout les mesures parfois inappropriées qu’on impose aux ados s’ajoutent à la liste des stress qu’ils vivent. Les dégâts collatéraux de ces mesures se transforment en traumatismes qui compromettent leur santé et leur développement de différentes façons.

Voilà. Mais une fois qu’on a dit cela, que fait-on ?

La grande stratégie à adopter pour prendre en compte l’intérêt supérieur des jeunes est de respecter l’ensemble de leurs droits énoncés dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies, à laquelle adhère le Québec depuis 1991. Nous vous invitons d’ailleurs à la lire, si vous ne l’avez pas encore fait. Cet outil, même imparfait, nourrit l’espoir, même en temps de pandémie. Il confirme l’importance de placer les enfants et les ados au cœur de la réflexion et de les mobiliser pour trouver des solutions adaptées à leurs besoins et à leurs intérêts. Pour cela, ils doivent avoir l’heure juste. Ils doivent avoir accès à l’information utile et à un espace pour réfléchir aux mesures qui seraient plus adaptées à leur réalité. C’est ce que font chaque jour les centaines de professionnels qui pratiquent la pédiatrie sociale en communauté à travers la province et ailleurs au Canada. Et ça fonctionne !

Rappelons-nous qu’il n’y a pas si longtemps, les jeunes se sont mobilisés pour le climat. En temps de pandémie, ils sauront nous guider pour qu’ils puissent préserver leur santé et celle des autres, tout en continuant de se développer, de bouger et de socialiser. Si on respecte leur droit de participer réellement aux décisions qui les concernent (c’est l’article 12 de la Convention), ils sauront nous dire comment s’y prendre dans les circonstances pour le faire en respectant les normes de santé publique.

Nous invitons donc les ados à bien s’informer et à prendre la parole dans leur école pour définir localement les meilleures mesures à prendre pour contribuer à leur bien-être et à celui de leur communauté. Nous invitons aussi les adultes qui les entourent, les médecins et les intervenants qui participent à leur santé globale de même que les politiciens et les décideurs qui veulent miser sur leur adhésion, à les écouter attentivement et surtout à collaborer avec eux pour trouver des solutions qui auront enfin du sens pour tout le monde.

Considérons, en fin de compte, que les meilleurs remèdes pour apaiser les souffrances des enfants et des jeunes forment souvent un curieux mélange qui produit une sorte d’immunité et de mécanisme de défense appelé résilience. Les ingrédients sont : l’amour et la confiance qu’on leur donne, la sécurité affective qu’ils ressentent, l’attachement qu’ils ont pour leur entourage et l’identité qui nourrit leurs racines de survie. C’est ce mélange qui les protège et qui leur permettra de passer sains et saufs à travers différentes épreuves qui se dressent sur leur parcours. C’est comme un masque de protection pour sauvegarder la santé mentale des enfants et des jeunes.

Il est donc temps de revoir le processus décisionnel qui concerne les ados, surtout pendant cette pandémie. Comprenons que ce n’est pas parce que nous sommes politiciens, spécialistes ou pédiatres que nous pouvons, seuls, leur imposer des mesures qui s’avèrent souvent inefficaces et plus dangereuses que la COVID-19 pour leur santé. Cessons de leur imposer des mesures contraignantes, sans qu’ils aient eu le droit de participer réellement pour faire connaître leur avis éclairé. Bref, même s’ils n’ont pas le droit de vote, notre société leur a donné ce droit de participation et d’information en les reconnaissant comme citoyens à part entière. Allons dans cette direction. On a tout à y gagner.

2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 9 octobre 2020 09 h 15

    Misère

    Qui dit droit, dit aussi responsabilité. Or, comment cela peut-il se faire lorsqu’un enfant est en pleine croissance? Il est justement en train d’apprendre à se connaître et le monde qui l’entoure. Cet apprentissage est basé sur l’erreur et correction. Alors, pour leur avis éclairé en tant que citoyens, il faut se garder une petite gêne.

    Encore une fois, on fait référence à une génération perdue. Misère. Que dire de celles des parents des baby-boomers et des baby-boomers? Ce sont eux qui en paient le prix et ces générations sont vraiment perdues lorsque qu’ils décèdent seuls dans des conditions abominables. En fait, dans les CHSLD, c’était un génocide dû à la négligence de l’État.

    Au cas où que personne n’a encore reçu le tweet, le courriel, l’appel, nous sommes en pleine pandémie où tout le monde doit faire de sacrifices afin de préserver la vie et la santé des bâtisseurs du Québec, nos parents et grands-parents et qu’il n’y pas de surcharge dans les hôpitaux qui entraîne l’annulation des plusieurs chirurgies et soins vitaux. Le coronavirus est sans pitié pour eux et ils représentent 98% de tous les décès dus à la pandémie au Québec. Pour les enfants, chers pédiatres qui carburent aux droits de l’enfant des Nations unies, c’est 0%. Mais ils sont des vecteurs importants de contamination.

    Il faudrait leur dire qu’ils ne vivent pas dans un pays du tiers monde où plus de 5,2 millions d’enfants en bas de l’âge de 5 ans meurent de causes évitables. Il faudrait leur dire ce qu’est la guerre, la malnutrition, les camps de réfugiés, les génocides et la misère noire. On parle des enfants en occultant tous les autres citoyens qui subissent ces mêmes sévices psychologiques engendrés par une crise sanitaire hors du commun. On est tous persuadé qu’on peut faire fi d’un petit party de fin d’année, d’une graduation du secondaire et qu’ils comprendront et s'en remettront psychologiquement plus tard. Sinon, dans quel monde veulent-ils vivre après la pandémie?

  • Jacques Légaré - Abonné 10 octobre 2020 11 h 33

    «La santé est un sursaut d’orgueil que la maladie guérit» (Alcyon).

    «La santé est un sursaut d’orgueil que la maladie guérit» (Alcyon).

    Le scénario québécois des 10 plaies d'Égypte

    1, l'indiscipline sociale augmente la pandémie.
    2, les gens contraints souffrent et hurlent du confinement et autres mesures gênantes.
    3, la désobéissance se généralise,
    4, la pandémie devient colossale, et touche le personnel de la santé en grand nombre
    5, les policiers sont débordés par la désobéissance, eux-mêmes sont infectés
    6, La petite criminalité explose
    7, les magasins d'alimentation faute de personnel à cause des vols multiples
    8, l'anarchie se répand, la criminalité gagne les bons citoyens désemparés.
    9 le nombre de victimes de toute nature explose.
    10, l'État s'effondre, la société civile panique, des milices privées et illégales se pointent...

    S'ils n'ont pas dormi dans le cours ECR (une étudiante m'a avoué qu'elle n'y avait rien appris...), nos jeunes pourront comprendre.

    À moins que la pensée magique instillée dans ce cours, en contradiction avec la formation scientifique qu'on essaie si difficilement de leur inculquer, leur dise : «Si Dieu le veut ! ».

    Ou plus sérieux :

    « Cette maladie de vieux ne nous concerne pas...»
    « Encore un pouvoir des aînés sur nous. Il est de trop celui-là ».

    Le seul remède est donc :
    «La santé est un sursaut d’orgueil que la maladie guérit» (Alcyon).