Miroir, miroir, dis-nous que nous ne sommes pas racistes

«Après le rapport de la commission Viens, les blâmes de l’ONU et le S.O.S. de Joyce Echaquan, ce déni de nos dirigeants et d’une part significative de la population n’est pas seulement irresponsable et abject, il est aussi caricatural», déplore l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Après le rapport de la commission Viens, les blâmes de l’ONU et le S.O.S. de Joyce Echaquan, ce déni de nos dirigeants et d’une part significative de la population n’est pas seulement irresponsable et abject, il est aussi caricatural», déplore l'autrice.

C’est depuis le Nunavik que je suis l’affaire Joyce Echaquan. Après vingt ans passés à entendre les confidences d’Autochtones dans le cadre de mon travail de psychiatre, rien dans cette sinistre affaire ne me surprend. Ne pas être écoutés ni crus, ne pas susciter la même empathie que les Blancs, être méprisés et dépeints comme des lâches au crochet de l’État, tout juste bons à se saouler et à se prostituer, ne sont pas des expériences extraordinaires chez les Autochtones.

Aujourd’hui, la mort tragique de Joyce Echaquan constitue un véritable traumatisme pour eux, engendrant des flashbacks de leurs propres expériences de racisme, la peur d’être ainsi traités dans un hôpital, la peur que leur enfant, leur mère ou leur frère le soient eux aussi… Ce matin, une collègue inuite me demandait le plus spontanément et sincèrement du monde : « Quand vont-ils réaliser que nous sommes des êtres humains ? » Je vous relaie la question.

Si je me fie à la réaction de notre premier ministre, qui nie toujours la réalité du racisme systémique au Québec, et à celle du maire de Joliette, qui « ne sent pas ça chez nous », ma collègue a intérêtà prendre son mal en patience. Après le rapport de la commission Viens, les blâmes de l’ONU et le S.O.S. de Joyce Echaquan, ce déni de nos dirigeants et d’une part significative de la population n’est pas seulement irresponsable et abject, il est aussi caricatural.

J’imagine la réaction de tous ces gens si, dans un hôpital ontarien, une mère de famille québécoise crevait comme un animal sous les « Fuc**ng frog ! » de soignants au cœur desséché. J’imagine la vague de lucidité et de mobilisation à propos du racisme qui déferlerait alors sur la province. Longtemps, j’ai rêvé d’une résonance empathique entre le vécu d’oppression culturelle des francophones et des Autochtones. À présent, je ne rêve plus. Je ne fais qu’essayer de soigner les séquelles psychiques de ce désastre compassionnel.

Si Joyce Echaquan était venue d’une communauté où les Autochtones parlent l’anglais comme langue seconde, elle n’aurait pas seulement entendu « Ça, là, ce serait mieux mort ! », « Meilleure pour fourrer que pour d’autres choses ! » et « C’est nous autres qui payent pour ça ! ». On lui aurait sans doute aussi balancé : « On est au Québec, ici, pourquoi ils parlent pas français, c’te monde-là ? ». Comment je le sais ? Parce que je l’ai entendu des dizaines de fois.

Plusieurs allochtones considèrent comme parfaitement légitime d’exiger des membres des Premières Nations qu’ils protègent la culture québécoise et la langue française, et ce, même après que des autorités francophones ont envoyé leurs enfants dans des pensionnats pour anéantir leur culture, même si eux-mêmes ne connaissent pas un mot des langues autochtones et qu’ils ne sont pas encore foutus, en 2020, de distinguer le Nunavik du Nunavut, les Inuits des Innus, ou de nommer cinq des onze nations autochtones du Québec. Avoir l’identitaire crispé et meurtri peut rendre les gens insensibles (et incultes) à ce point.

Le rapport de domination, nous ne le voyons que du point de vue de l’opprimé, pas de celui de l’oppresseur. Or en activant la vidéo de son cellulaire, Joyce Echaquan nous a mis un miroir devant le visage. Nous n’y avons pas vu l’image que nous espérions et que nous continuons d’implorer le miroir de nous renvoyer. Nous y avons vu la laideur d’un racisme systémique, mortifère, dont nous sommes collectivement responsables et que nous ne cessons de fuir du regard.

Pour avoir parcouru ce chemin moi-même dans le cadre de mon travail, j’ai compris que reconnaître la discrimination envers les Autochtones n’a rien de l’autoflagellation et du « Québecbashing » que caquettent ad nauseamceux qui s’enfoncent la tête dans le sable identitaire. On a tort de croire que la réconciliation a quelque chose de salvateur uniquement pour les Autochtones, qu’infliger collectivement pareille violence à un peuple n’est pas également toxique pour nous-mêmes. La réconciliation implique une ouverture à l’autretout aussi libératrice et réparatrice pour les Québécois de souche.

En terminant, c’est aux Autochtones que je m’adresse. Je veux leur dire que nous sommes plusieurs, parmi les allochtones, à trouver irrespirable cet air vicié par le racisme et l’aveuglement volontaire. Et nous sommes de plus en plus nombreux. Nos dirigeants ont beau s’accrocher à un déni devenu grotesque et gênant, nous ne tairons plus cette violence. Nous avançons vers vous avec un sincère désir de réconciliation, les yeux ouverts, les mains tendues. La déchirure entre nos peuples se réparera de la même façon que la chair lacérée : par la base.

45 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 5 octobre 2020 08 h 22

    Non, la réconciliation n’aura pas lieu dans ces conditions

    Bon, voilà un autre discours qui ne fera que perpétuer le racisme systémique qui est bien ancré dans le système fédéral et inscrit dans la « canadian constitution ». Évidemment, comme pour nos apôtres d’hier à l’émission TLMEP, aucun traite mot sur les réserves qui génèrent la ségrégation, l’apartheid institutionnalisé et la misère des prisons à ciel ouvert. Bien non, les chefs des conseils de bande, une institution qui a été forcée auprès des communautés autochtones par la Couronne britannique, n’ont aucun intérêt à voir cette ignominie disparaître puisqu’ils en récoltent les fruits et les dollars.

    SVP, ne pas invoquer les Nations unies ou le rapport Viens. Les Nations unies sont coupables de corruption et racisme à l’échelle planétaire et le rapport Viens est un autre bouquin qui dort aux oubliettes. Vous n’avez pas encore compris que vous générez votre propre malheur en s’accrochant dans une ségrégation volontaire imposée par les pouvoirs colonialistes d’antan?

    Pardieu, sur 139 pensionnats autochtones au Canada, il y en avait 12 seulement au Québec. Et oui, des cas de racisme systémique envers les francophones hors Québec abondent chère madame. Comme Franco-Ontarien de 3e génération, si vous saviez le nombre d’insultes reçues parce qu’on avait le front de parler français dans un pays qui se targue d’être bilingue, eh bien, il est supérieur au nombre d’autochtones au Canada. Enfin, on le sait bien que la plupart des enfants autochtones parlent l’anglais même dans le grand nord québécois et qu’ils ne parlent plus leur langue maternelle.

    Non, la réconciliation n’aura pas lieu dans ces conditions. Il faudra un jour que vous puissiez nous rejoindre au 21e siècle. Les réserves sont les génératrices et les matrices de ce racisme systémique et où le désespoir règne en maître. Il n’y aucun avenir pour tous ceux qui sont dans ces prisons à ciel ouvert. Aucun. Alors, vous êtes devant un choix : le statu quo, l’émancipation ou bien votre propre pays. Choisissez.

    • Alain Pérusse - Abonné 5 octobre 2020 10 h 12

      En une réplique nous avons la preuve du bien fondé des demandes des Premières Nations. Pardieu, voilà le commentateur habituel nous enseigner par sa connaisssance de tous les dossiers apportés à section Opinion du Devoir ces quelques mots: "Vous êtes devant un choix". Son paternalisme d'une époque révolue semble être la solution à tous nos maux sociaux, depuis le temps où on lit ses diatribes et ses gémonies. N'empêche, voilà une nouvelle preuve de sa rage de ne pas avoir prise sur rien aujourd'hui, sauf l'attention de quelques lecteurs du Devoir. Et aussi de sa situation de retraité avec trop de temps libre.

    • Léonce Naud - Abonné 5 octobre 2020 11 h 24

      Alain Pérusse : avez-vous déjà travaillé à Ottawa au Department of Indian Affairs and Northern Development ? Moi, si. J'oeuvrais dans la Northern Social Research Division. J'ai réalisé que tout ce Ministère fédéral reposait une base unique : la race de ses administrés. Au Canada, toute cette histoire va un jour finir à peu près de la même façon qu'elle s'est terminée en Afrique du Sud. Pourquoi ? La politique canadienne d'apartheid est analogue à celle qui a longtemps prévalu en Afrique australe.

    • Pierre Rousseau - Abonné 5 octobre 2020 12 h 22

      Le colonialisme canadien est toujours bien vivant en lisant le commentaire de M. Dionne. D'abord, il recèle un nombre important de stéréotypes et de clichés qui n'ont que peu ou pas de rapport avec la réalité. D'abord, les prisons à ciel ouvert que sont les réserves. C'était bien l'Intention du colonisateur de faire disparaître les peuples autochtones et en fait c'est ce qu'ils espéraient des réserves prévues pour être des prisons à ciel ouvert. En même temps, on proposait « l'émancipation » à ceux qui voulaient en sortir, pourvu qu'ils s'assimilent à la culture dominante. Quand c'était volontaire, au milieu du XIXe siècle, un seul membre des Premières Nations en a fait la demande... En fait, le plan des colonisateurs s'est retourné contre eux et les réserves ont servi de pôle à la résistance autochtone. Je passe les stéréotypes à propos des conseils de bande financés par Ottawa, c'est un cliché éculé.

      Donc, comme les francophones hors-Québec subissaient le racisme systémique, comme le dit si bien M. Dionne, c'est correct de le faire pour les peuples autochtones ? Est-ce que c'est pour se venger du racisme systémique anglo-canadien envers les franco-canadiens que c'est correct pour ces derniers de faire payer les peuples autochtones ?

      Dans sa grande sagesse, M. Dionne explique que « la plupart des enfants autochtones parlent l’anglais même dans le grand nord québécois et qu’ils ne parlent plus leur langue maternelle ». J'imagine que sa source c'est Facebook ou les suprémacistes blancs car la réalité est toute autre. Au Nunavik comme au Nunavut et dans les autres territoires inuits du Canada on enseigne le dialecte local de l'inuktut jusqu'en troisème année et on commence à enseigner la langue seconde (coloniale, anglais ou français) par la suite. J'ai eu le bonheur de voir beaucoup d'enfants qui parlaient inuktitut au Nunavut et qui me demandaient « kinauvit » ? Comment je m'appelais. Je n'ai pas assez d'espace pour continue mais vous comprenez n'est-ce pas?

    • Cyril Dionne - Abonné 5 octobre 2020 12 h 30

      Cher M. Pérusse,

      Premièrement, si on n’aime pas, on ne lit tout simplement pas. C’est cela la liberté d’expression. Pourtant, c’est si simple à comprendre.

      Cela dit, contrairement à tous les curés aux âmes sensibles de la gauche qui hantent ces forums du Devoir, j’ai travaillé avec les Autochtones pendant plusieurs années. Vous savez, enseigner à des enfants qui nous viennent des réserves à moitié vêtus en hiver et qui n’ont pas mangé le matin, disons que plusieurs enseignant.e.s connaissent cette situation. Se faire dire par des enfants autochtones qu’ils n’ont pas besoin de venir à l'école 5 jours semaine, trois suffisent selon leurs parents, disons aussi que nous connaissons cette situation. Donner des services pluridisciplinaires puisque les enfants sont souvent atteints de toutes sortes de maux qui découlent de la négligence parentales et qui coûtent une fortune aux conseils scolaires, disons aussi qu’on connaissait cela.

      Pourtant, après avoir conjugué avec des élèves autochtones hors réserves et ceux qui nous venaient directement des pires réserves au Canada, le constat était évident et c’était très simple de voir l’effet qu’on ces prisons à ciel ouvert sur la santé mentale et physique des enfants. Aussi, il faut le dire, la plupart de ces enfants parlent la langue de leurs conquérants, l’anglais. En passant, le terme « Frenchy » à mon égard m’est souvent revenu. Cet apartheid et ségrégation volontaire qui profitent aux chefs de bandes et leurs proches sont aussi évidents. En passant, j’avais le même discours même lorsque je travaillais dans ces écoles. Mes commentaires à travers les années confirment mes dires.

      Enfin, j’aimerais que tout ce beau monde qui est prêt à déchirer sa chemise sur une situation qui était intenable à voir et comprendre, eh bien, je les invite à aller vivre sur ces réserves de façon permanente. C’est vrai, les chefs ne le permettront pas puisqu’ils ne sont pas racialement purs et autochtones. C’est « ben » pour dire.

    • Marc Therrien - Abonné 5 octobre 2020 13 h 52

      Il serait intéressant maintenant que vous puissiez nous démontrer comment le Québec et les Québécois ont réussi à ne pas se laisser prendre par ce racisme systémique qui est « bien ancré dans le système fédéral et inscrit dans la « canadian constitution ». J’espère que vous, qui êtes plus intelligent que Justin Trudeau et capable de comprendre la pensée complexe définie par Edgar Morin, ne me répondrez pas trop simplement que c’est parce qu’ils n’ont pas signé la dite constitution qu’ils sont libérés de toute cette influence négative transmise par le « système » fédéral dans lequel ils pataugent quand même depuis la fondation du Canada.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 5 octobre 2020 17 h 06

      Cher M. Rousseau,

      J'ai enseigné à ces élèves qui venaient d'une réserve indienne du grand nord québécois en Ontario. Au lieu de parler à travers notre chapeau comme plusieurs le font ici, je l'ai vécu cette situation. En plus, ces élèves accusaient des retards académiques tellement important que les autres élèves ne voulaient rien savoir d'eux au bout d'un certain temps. Mais les conseils scolaires les aiment bien ces élèves puisqu'ils reçoivent toutes sortes de subventions à l'emporte pièce même si le résultat final sera un désastre. Aucun de ses élèves avec un âge chronologique d'un élève du secondaire ne s'en allait à une institution postsecondaire même s'ils l'auraient voulu. Vous aviez des élèves avec trois ou quatre ans de retard académique sur les autres et je demeure poli. Ils allaient retourner tout simplement à leur réserve sans aucun avenir à la fin de cet exercice. De toute façon, ils ont mis fin à cet exercice puisque c’était ridicule.

      Mais continuez avec votre tête dans le sable et blâmons le racisme systémique alors que ce sont les réserves, la Loi sur les Indiens qui en sont ultimement responsables. Plus facile de blâmer les autres, surtout les gros méchants « francophones ». Comme j’ai dis plus bas, la Loi sur les Indiens et les réserves sont comme un éléphant dans un magasin de porcelaine « canadian ». Mais devinez donc qui se bat pour maintenir la ségrégation raciale et l’apartheid bien « canadian » en 2020? « Ben » oui, ce sont les chefs des conseils de bande, une invention de l’ancienne Couronne britannique, et le gouvernement fédéral. Le premier, eh bien, c’est tout simplement parce que c’est payant et pour l’autre, Justin Trudeau a une peur mordicus de rouvrir cette vieille constitution de son père, le fossoyeur des Canadiens français, venue des tablettes poussiéreuses de l’Angleterre.

  • Raynald Rouette - Abonné 5 octobre 2020 08 h 40

    Abolissons les réserves et la Loi sur les indiens


    Les sources de tous les maux pour les autochtones. Avant Québec, il y a passage obligé par Ottawa...

    • Jean-Yves Arès - Abonné 5 octobre 2020 12 h 53

      Abolir les réserves par quoi au juste ?

      Parce que là abolir pour abolir sans projet précis et détaillé on va nul part.

      En plus cette demande en est une qui n'émane pas de ceux les plus concernés !

    • Cyril Dionne - Abonné 5 octobre 2020 13 h 14

      Oui, je suis bien d'accord avec vous M. Rouette. La Loi sur les Indiens et les réserves sont comme un éléphant dans un magasin de porcelaine « canadian ». Mais devinez donc qui se bat pour maintenir la ségrégation raciale et l’apartheid bien « canadian » en 2020? Eh bien, ce sont les chefs des conseils de bande, une invention de l’ancienne Couronne britannique, et le gouvernement fédéral. Le premier, eh bien, c’est tout simplement parce que c’est payant et pour l’autre, Justin Trudeau a une peur mordicus de rouvrir cette vieille constitution de son père, le fossoyeur des Canadiens français, venue des tablettes poussiéreuses de l’Angleterre.

    • Raynald Rouette - Abonné 5 octobre 2020 13 h 31

      M. Arès, poser la question c'est y répondre. Tout est politique. Cela va prendre la volonté et le consentement de tout le monde, la tâche s'annonce titanesque voir impossible...? Depuis 1759, le Canada est un projet colonial en continuelle évolution, alors...

      Tout le reste est affaire personnelle, question d'attitude et de comportement, toutes cultures confondues...

    • Cyril Dionne - Abonné 5 octobre 2020 13 h 37

      M. Arès, est-ce que vous seriez d'accord de vivre dans une ségrégation infâme et un apartheid volontaire qu'on appelle communément les réserves, ces prisons à ciel ouvert où vous n'avez aucun avenir? Premièrement, pour pouvoir le faire, vous avez besoin d'être racialement pur en ce qui concerne vos gènes autochtones afin de vous qualifier pour la manne des gouvernements selon la Loi sur les Indiens. Sinon, comme la plupart des femmes qui marient une personne hors des réserves, elles et vous ne sont pas les bienvenues.

      En ce qui concerne un projet précis, quel est le problème qu’ils viennent nous rejoindre au 21e siècle au lieu de vivre sur une autre planète souvent sans eau potable, sans électricité et sans avenir?

    • Gilles Théberge - Abonné 5 octobre 2020 16 h 28

      Monsieur Arès, les remplacer par des municipalités. Et abolir la loi sur les indiens qui les maintiens dans un état de dépendance abjecte. Et leur apporter les services municipaux, ordinaires, l'électicité, l'aqueduc, en contrepartie d'une reddition de comptes ordinaires. Voilà ce qu'il faut faire.

      Quant aux services de santé il faut les réformer de façon à ce que une éthique s'applique à tout le monde, sans réserves. Ifaut également identifier les médecins qui étaient de garde ce jour-là. Comment de fait-il que le personnel soignant soit si généralement si raciste, sans que les médecins de cet hopital ne soient concernés...?

      Arrêtons de niaiser avec la rondelle...!

    • Loyola Leroux - Abonné 5 octobre 2020 21 h 41

      Ou seraint les Indiens en 2020, si les réserves n'avaient pas été créées ? Les intentions des législateurs de l'époque étaient-elles méchantes ? Les Grands Chefs des Réserves actuelles ne recoivent-ils pas de généreux émoluments pour leurs activités ?

  • Jean-Sébastien Delisle - Abonné 5 octobre 2020 08 h 54

    Le colonisé colonisateur

    Vous avez raison sur beaucoup de choses. J'ai moi aussi pensé que la communion entre Autochtones et Francophones aurait dû être plus naturelle. Elle le fut en bien des endroits avant que le Québec reprenne les méthodes colonisatrices du Canada. N'est-il pas fréquent que le violent soit l'ancien violenté ou l'intimidateur l'ancien intimidé? Là non-plus les exemples ne manquent pas.
    Les derniers événements doivent forcer l'introspection collective et inviter à des approches audacieuses. Le gouvernement du Québec et les Québécois (qui peu importe leur origine sont tous membres d'une minorité) ont une opportunité à saisir. Cette fois-ci, il ne faut pas rater notre coup. Merci pour votre témoignage.

  • Fabienne Boucher - Abonnée 5 octobre 2020 08 h 59

    Bravo!

    Je suis tout à fait d'accord avec vous Docteure Cotton. J'ai enseigné pendant neuf ans chez les Innus, et j'ai entendu moi aussi des commentaires négatifs et dégradants, de la part de certains collègues. J'ai toujours pensé qu'enseigner le français aux Innus comme si c'était leur langue maternelle relevait de l'oppression, et malgré cet état de fait aberrant, ce peuple pacifique et tellement plus "humain" que nous les Blancs, m'a accueillie et respectée. Nous avons beaucoup à apprendre d'eux, de leur culture, de leur savoir-faire, de leur patience et de leur courage. J'attends encore et toujours les jours meilleurs où nos élites et gouvernements reconnaîtront qu'ils ne savent pas tout, qu'il existe d'autres manières de faire, que les choses peuvent évoluer autrement que selon leurs désirs et leurs idées préconçues. Une peu plus d'humilité serait de mise et ainsi, la vie sera meilleure pour tous.
    Sylvie Vézina

    • Pierre Rousseau - Abonné 5 octobre 2020 12 h 29

      Bravo aussi à vous Mme Vézina. J'ai aussi vécu ce genre d'expérience avec les Inuits et je pourrais dire la même chose de ce peuple tellement attachant. Hélas, bien des gens du Sud venaient avec leurs préjugés et, heureusement, la plupart du temps ils ne restaient pas longtemps. J'ai appris quelques rudiments d'inuktitut avec une star de cinéma, Sipporah Ungalak (dans le film Kabloonak, qui n'a malheureusement pas reçu l'accueil escompté mais qui est très touchant - il raconte le « making of » du film Nanook of the North du cinéaste Flaherty) et c'est une langue fascinante mais si différente des nôtres. Oui, nous avons tellement à apprendre d'eux et en fait j'ai appris beaucoup plus avec eux qu'en bien des années d'école. Ils ont une approche du monde qui est tellement intéressante et connectée avec le territoire. Je les remercie sincèrement de m'avoir permis de passer quelques années avec eux.

  • Carole Gagnon - Inscrit 5 octobre 2020 09 h 01

    Une opinion plus que pertinente, percutante!

    Merci pour ce texte. Merci d'avoir osé l'écrire, merci de l'avoir publié. Il nous reste à prendre vraiment conscience de nos pensées-paroles, qui sont aussi destructrices que des armes, pour les modifier. Je nous le souhaite à tous.