«Migwetc», merci Joyce!

«Dans la scène qui se déroulait à l’hôpital de Joliette, le racisme ordinaire nous a sauté au visage, mais il n’y avait pas que cela. En toile de fond, il y avait cette chose insidieuse, le racisme systémique», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Dans la scène qui se déroulait à l’hôpital de Joliette, le racisme ordinaire nous a sauté au visage, mais il n’y avait pas que cela. En toile de fond, il y avait cette chose insidieuse, le racisme systémique», écrit l'autrice.

Chère Joyce,

Depuis que j’ai vu ta vidéo, je suis profondément bouleversée, je suis à la fois triste et enragée.

Ce qui t’est arrivé n’aurait jamais dû arriver. Pourtant, bien que ce soit incroyable que cela se produise au Québec en 2020, personne chez les Premières Nations n’est vraiment surpris. On le sait, les préjugés et le racisme ne sont jamais loin de la surface.

Je veux te dire migwetc, merci, Joyce, d’avoir filmé ce qui t’arrivait.

Tous ont pu entendre la méchanceté et le mépris, tous ont été témoins de cette scène odieuse où ils ont entendu les insultes proférées à ton égard par ces personnes qui avaient la responsabilité de te protéger et te soigner.

Maintenant, tous le savent, ils ne peuvent plus faire semblant que le racisme, ça n’existe pas.

Certains diront peut-être encore que c’est une exception, que ce n’est pas chose courante… Bien sûr, la majorité des travailleurs et des travailleuses de la santé font leur travail avec compassion et intégrité, mais il y a les autres, ceux et celles qui se cachent derrière le système pour faire leurs petites saloperies, un système qui est aveugle face au racisme.

Merci, Joyce, d’avoir montré au monde le vrai visage du racisme.

Si nos sœurs de Val-d’Or avaient pu filmer ce qui leur est arrivé lorsqu’elles ont eu affaire aux policiers de la SQ, si toutes celles et tous ceux qui ont subi des gestes à caractère raciste ou des agressions verbales ou physiques avaient filmé tout ça bout à bout, on aurait un long film d’horreur.

Dans la scène qui se déroulait à l’hôpital de Joliette, le racisme ordinaire nous a sauté au visage, mais il n’y avait pas que cela. En toile de fond, il y avait cette chose insidieuse, le racisme systémique.

Dans un texte paru dans Le Devoir en 2018, la professeure de droit Colleen Sheppard écrivait ceci à propos du racisme systémique : « Un problème est systémique lorsqu’il va au-delà des situations isolées et individuelles. Il se reflète plutôt à travers des problèmes récurrents et répandus, des politiques et pratiques institutionnelles qui excluent des personnes et des injustices dans plusieurs facettes de la société et à travers plusieurs générations. » C’est exactement ce que nous dénonçons depuis si longtemps. Nous avons maintes fois dénoncé la discrimination, les problèmes récurrents et répandus, les pratiques institutionnelles qui nous causent préjudice et les injustices que nous avons subies à travers plusieurs générations.

Nous voulons que les choses changent, nous voulons que le système change, c’est ce que nous disons depuis des années. On ne cesse de le répéter, on l’a dit à des fonctionnaires, on l’a dit à des commissaires et on l’a dit à des ministres. Qu’ont-ils fait, qu’ont-elles fait ? On a eu droit à de belles excuses, de belles paroles… la rhétorique de circonstance.

Mais en ce 28 septembre 2020, tu leur as dit, Joyce, que toutes ces belles paroles, toutes ces excuses vides n’ont rien changé, le racisme ordinaire et le racisme systémique sont bel et bien présents et bien portants au Québec.

En sept minutes, tu nous as montré jusqu’où ça pouvait aller.

Merci, Joyce, pour ce rappel brutal.

Ton cri du cœur, Joyce, est plus fort que tout, plus fort que ces commissions, que ces multiples rapports et que tous ces discours vides. Que ce soit le timide rapport de la commission Viens ou tout autre rapport… Rendus là, on s’en fout, qu’on cesse de tergiverser et de se renvoyer la balle, qu’on cesse de faire de la petite politique et qu’on agisse !

Le premier ministre du Québec doit reconnaître l’existence du racisme systémique dans les services publics s’il veut pouvoir poser des actions significatives qui auront un impact réel. Le gouvernement ne peut plus agir à la pièce, au cas par cas, en faisant deux ou trois congédiements ou avec la formation d’un comité quelconque qui devra faire rapport et bla-bla-bla… Tout ça n’est qu’un leurre et ça ne change rien au problème de fond.

La réponse du gouvernement doit être de la même envergure que l’ampleur du problème. Il faut contrer le racisme et il faut mettre fin au racisme systémique, il faut que les choses changent en profondeur afin que plus jamais… plus jamais, Joyce.

Que ton cri résonne !

Tu as crié pour ta dignité, tu as crié pour ton peuple, tu as crié pour nous tous et toutes.

Je te dis migwetc, Joyce !

6 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 3 octobre 2020 08 h 21

    Le prix d'une vie autochtone

    Oui, merci Joyce au nom de tous ceux, Autochtones ou pas, qui veulent que cesse ce racisme systémique, colonialiste, qu'on retrouve au Canada. Il fallait qu'elle perde la vie pour qu'on en parle. On a beau avoir eu des dizaines de commissions d'enquête dont celle sur les femmes autochtones disparues ou assassinées et la Commission Viens, sans parler de la Commission de vérité et réconciliation mais à chaque fois, on prend acte de la situation puis on met le rapport sur les tablettes et on passe à autre chose.

    Les Attikamekw sont encore parqués dans des réserves, sans traité, et leur territoire est dévasté au profit de la société dominante et, surtout, de multinationales étrangères, depuis des décennies. Il faut parler des solutions et la première chose à faire, à part de régler le problème des soins de santé pour ses membres, c'est d'en arriver à un traité véritable où les Attikamekw retrouvent l'autorité sur leur territoire ancestral et où ils se gouvernent eux-même, sans interférence de gouvernements coloniaux.

    Les Attikamekw, comme les autres nations autochtones du Québec, devraient avoir leur propre député à l'Assemblée nationale et être maîtres chez eux, c'est-à-dire toute action, tout geste, loi, règlement du gouvernement devrait faire l'objet de consultation avec eux et obtenir leur consentement préalable, libre et éclairé. Ils doivent pouvoir se gouverner selon leurs propres traditions juridiques adaptées au monde d'aujourd'hui, selon leurs lois et leurs règlements. Ils ont le droit d'avoir des services de santé par et pour les Attikamekw, dans leur langue, et on doit encourager la formation de médecins et d'infirmières attikamekw.

    On doit faire la même chose pour les autres secteurs comme l'éducation, la justice et la police. En d'autres mots, ils doivent avoir le droit de se gouverner eux-mêmes, selon leur culture et leurs traditions. C'est une question de droits fondamentaux, rien de moins.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 octobre 2020 11 h 25

    « Kitimakisiw »

    Bon, si on veut que la situation change et des épisodes sordides comme celui de Joyce Echaquan cessent, ce n’est pas au premier ministre du Québec qu’il vous faut adresser vos remarques, mais bien au gouvernement fédéral qui a créé ces conditions dont vous revendiquez la fin. Pensez-vous pour une seconde que tout va changer si on n’efface pas la Loi sur les Indiens de la « canadian consitution »? Encore une fois, il ne faut pas prendre ses désirs pour des réalités lorsqu’on vit en apartheid de la société. Vous savez, les réserves sont le fil conducteur de tous vos problèmes. Vouloir vivre dans un système de ségrégation volontaire et penser que tout ira pour le mieux, eh bien, nous en sommes abasourdis. Il faudra un jour exprimer le désir de nous rejoindre au 21e siècle et laissez de côté ces prisons à ciel ouvert qu’on appelle communément les réserves.

    Ce que Colleen Sheppard et tous les autres comme elle ne semblent pas vouloir comprendre, le racisme systémique provient du système colonialiste que ses ancêtres ont mis en place pour régler le problème autochtone afin de s’approprier leurs terres. Encore une fois, on regarde les feuilles d’un arbre et on occulte toute la forêt. Vouloir vivre dans des conditions disparates sur des réserves confond les plus vertueux. Il n’y a aucun avenir sur ces réserves pour tous ceux qui y vivent. Aucun.

    Pensez-y pour une seconde. Si vos sœurs de Val-d’Or ne vivaient pas dans ces prisons à ciel ouvert, elle n’auraient nul besoin de filmer ce qui leur est arrivé lorsqu’elles ont eu affaire aux policiers de la SQ. Aucun, puisqu’elles vivraient avec nous et non pas dans un apartheid sordide. Et la police ferait bien plus attention avant de bafouer les droits inaliénables de vos sœurs.

    Enfin, vous êtes devant trois choix. Le premier, c’est de mettre fin aux réserves. Le 2e, c’est de devenir indépendant à part entière. Le 3e, c’est le statu quo et le racisme systémique qui est bien ancré partout au Canada et la misère.

  • Bernard Dupuis - Abonné 3 octobre 2020 12 h 42

    Le "racisme systémique" est un terme politique

    Le texte de M. Dionne m’apparait des plus éloquents. C’est pourquoi, l’on peut dire que le terme de « racisme systémique », en plus d’être contestable sur un plan épistémologique, est devenu un terme politique. L’insistance avec laquelle on veut forcer le gouvernement du Québec de l’utiliser montre qu’en fait il s’agit d’un terme voulant discréditer le Québec et faire croire que le racisme y est érigé en système.

    Ceux qui tiennent absolument à imposer ce terme à M. Legault sont les mêmes qui s’opposent à son gouvernement à tout point de vue. Ceux-ci devrait se présenter aux prochaines élections et obliger la population à admettre que le racisme est érigé en système partout au Québec.

    Bernard Dupuis, 03/10/2020

  • Sylvain Rivest - Abonné 4 octobre 2020 00 h 41

    L’amalgame, encore une fois

    Est-ce que le racisme existe? Ben oui! Et ça existe partout et dans toutes les races. Est-ce qu'on peut parler, au Canada de racisme systématique? Ben oui! La loi sur les indiens c'est du racisme systématique. Car c'est une loi vise un groupe de gens en particulier. Est-ce que cette événement démontre le racisme systématique? Non! C'est pas parce que des employés sont méchants et possiblement racistes que c'est comme ça dans tous les hôpitaux. Les autochtones au Canada vivent dans une prison à ciel ouvert. On devrait abolir les réserves. Ces gens devraient intégrer la société et cesser de vivre en marge de celle-ci. Si non, on devrait leur céder un territoire et cesser de la infantiliser. Question qu'ils deviennent autonome et cessent de dépendre de nous.

    • Bernard Dupuis - Abonné 4 octobre 2020 10 h 41

      Pourtant, ce sont les chefs amérindiens qui se sont le plus opposés à l’abolition des réserves comme le proposait Jean Chrétien dans les années soixante-dix. L’existence des réserves semble compatible avec leurs intérêts. Est-ce qui je me trompe?

  • Léonce Naud - Abonné 4 octobre 2020 11 h 20

    Sur quoi au juste reposent les « races » ?

    « Le Sang se transmettait d'autre part en valeur ultra-précieuse, étant le vecteur liquide d'une aristocratie de l'élite raciale… ». Si aujourd'hui c'est bon pour pitou, craignons qu'un jour ce ne devienne bon aussi pour minou.

    L'ADN du fascisme, Emmanuel LeRoy-Ladurie, Le Figaro, 9 octobre 2003.