Qui a tué le felquiste Mario Bachand?

«Nous sommes plusieurs à partager des soupçons sur cette personne qui aurait assassiné Mario Bachand», écrit l'auteur.
Photo: Archives Le Devoir «Nous sommes plusieurs à partager des soupçons sur cette personne qui aurait assassiné Mario Bachand», écrit l'auteur.

En 1997, l’émission Enjeux de Radio-Canada diffusait le reportage « Une bombe sur le FLQ ». Avec Francine Tremblay et Simon Durivage, nous avions alors tenté de découvrir qui avait assassiné le felquiste Mario Bachand, à Saint-Ouen en banlieue de Paris, le 29 mars 1971. Quelques mois après la crise d’Octobre, il s’agissait donc d’une autre mort violente impliquant, cette fois, un membre du Front de libération du Québec en exil à Paris.

Plusieurs hypothèses d’explication ont circulé après sa mort. De notre côté, nous avions eu la possibilité d’accompagner à Paris sa sœur, Michèle Bachand, où pour la première fois elle avait eu accès au rapport de la police française et aux documents judiciaires liés à cet assassinat.

Le rapport de la police française et les enquêtes convergeaient vers une seule conclusion : Mario Bachand avait été tué par des camarades du FLQ. Le rapport des autorités françaises concluait que c’était le FLQ qui avait tué Bachand, plus précisément un ou des membres de la cellule du FLQ basée en Algérie. Dans l’entrevue accordée à mon collègue Simon Durivage, animateur d’Enjeux, le chef de cette cellule du FLQ à Alger, Raymond Villeneuve, s’en défendait malgré les allégations portées par la police française.

Notre reportage ne donnait pas l’identité du coupable, mais démontrait qu’il y avait bel et bien eu un complot de certains membres du FLQ afin d’éliminer Mario Bachand. Il était devenu trop gênant à leurs yeux depuis qu’il s’était autoproclamé secrétaire général du FLQ dans un magazine français.

La filière de la police française remontait donc aux trois membres de la cellule basée à Alger, Michel Lambert, Normand Roy (connus à l’époque comme Selim et Salem) et Raymond Villeneuve. Nos recherches exposaient également les liens entre cette cellule et deux autres felquistes alors en exil à Cuba, Pierre Charrette et Alain Allard. Dans une lettre retrouvée dans un dossier de la GRC et datée du 22 février 1971, soit cinq semaines avant l’assassinat de Bachand, Raymond Villeneuve écrit à Pierre Charrette et Alain Allard cette phrase : « Nous sommes parfaitement d’accord sur la nécessité de l’épuration dont vous parlez. »

Dans une entrevue qu’il nous a accordée, Jacques Lanctôt, autrefois de la cellule Libération du FLQ, celle qui avait enlevé l’attaché britannique James Richard Cross, disait ne pas pouvoir concevoir que des camarades du FLQ aient pu tuer son ami Mario Bachand. Il nous a raconté qu’au début de leur exil à La Havane, les membres de la cellule Libération, dont il était, avaient eu une première rencontre avec Pierre Charrette. Jacques Lanctôt se rappelle sa stupéfaction d’entendre, à cette occasion, Pierre Charrette déclarer : « Je suis l’auteur spirituel de la mort de Bachand. » Il était bouleversé et a cherché à comprendre.

Pour Jacques Lanctôt, il n’y a aucun doute. C’était bel et bien le FLQ qui avait tué son ami Mario Bachand. Ce n’était ni la GRC ni personne d’autre. Deux autres membres de la cellule Libération qui assistaient à cette même rencontre à La Havane ont confirmé avoir entendu cette même déclaration de Pierre Charrette.

Dans une note confidentielle datée de mai 1971, quelques mois après le meurtre de Mario Bachand, un informateur de la GRC à Cuba a écrit « Bachand a été liquidé par des membres du FLQ » et « il semble même que Charrette et Allard aient eu quelque chose à voir dans cette affaire ». Il ajoute aussi : « ils auraient été les premiers à être mis au courant… » et plus loin : « l’ex-maîtresse de Bachand à Cuba, Barbara, affirme même que des membres du FLQ l’ont exécuté ».

Une série de reportages est diffusée ces jours-ci sur cet assassinat pour lequel aucune accusation n’a jamais été portée contre qui que ce soit. Pourtant, les apparences sont tellement monumentales. Nous sommes plusieurs à partager des soupçons sur cette personne qui aurait assassiné Mario Bachand. Le jour de l’assassinat, cet homme a mangé à la même table que Bachand et ses colocataires Pierre Barral et sa conjointe. Il était accompagné d’une femme qui portait un béret, selon les colocataires de la victime.

Le dossier de la police française possède toutes ces informations.

Il est incroyable que la justice canadienne n’ait jamais voulu éclaircir ce meurtre et porter des accusations contre son auteur.

Pourtant, il existe certaines preuves recueillies par la police française. Ainsi, nous savons que des empreintes digitales n’appartenant pas aux locataires de l’appartement ont été retrouvées sur place. Ce sont probablement les empreintes de ce couple de Québécois qui s’est présenté comme des « camarades ».

En 1997, je lançais un appel pour que le ministère de la Justice du Canada puisse comparer les empreintes en question avec celles des membres du FLQ revenus au Canada quelques années plus tard afin d’y purger une peine d’emprisonnement. Elles se trouvent certainement dans leurs dossiers judiciaires, lorsqu’ils ont été emprisonnés. Comparer ces empreintes pourrait constituer un point de départ pour éventuellement bâtir un dossier d’accusation et trouver enfin le ou les coupables.

En mars 1971, un citoyen canadien a été assassiné à Paris, vraisemblablement par un ou des membres du FLQ, provenant d’Alger. On attend la reprise de cette enquête depuis 50 ans