Quand le milieu scolaire implose

«Pourquoi ne pas adopter des pédagogies basées sur l’enseignement inversé avec un soutien particulier à des moments charnières, notamment auprès d’élèves à besoins particuliers?», se questionnent les autrices.
Photo: iStock «Pourquoi ne pas adopter des pédagogies basées sur l’enseignement inversé avec un soutien particulier à des moments charnières, notamment auprès d’élèves à besoins particuliers?», se questionnent les autrices.

Cela fait moins d’un mois que l’école est commencée, et les enseignants sont épuisés, anxieux, déprimés… non pas parce qu’ils ne sont pas des enseignants de qualité, mais parce qu’on leur presse le citron jusqu’à ne plus rien obtenir. Avec pour résultats des départs à la retraite hâtifs, des démissions, des congés de maladie… Le tout, dans un contexte de pénurie. Or, le Québec regorge de ressources compétentes qui, malheureusement, ne sont pas utilisées. Depuis déjà quelques années, on voit des enseignants, jeunes et moins jeunes, demander des contrats à temps partiel plutôt qu’à temps plein. Comme ce type de fonctionnement n’est pas encouragé, des enseignants démissionnent parce qu’ils se préoccupent de leur qualité de vie. Idem pour des personnes près de la retraite, qui, sur la base de l’âge, se font encourager à envisager la sortie. Pourquoi ne pas s’adresser en priorité à tous ceux qui aimaient l’enseignement mais qui cherchaient un contexte plus flexible pour le pratiquer et leur offrir une portion de tâche annualisée ?

À l’aube d’un reconfinement possible, pourquoi ne pas faire de l’école virtuelle une option officielle pour tous les élèves du Québec, selon une modalité hybride ou non, et mettre à profit les enseignants présentement retirés ou à risque qui souhaitent contribuer ? À titre d’exemples, pourquoi ne pas revoir les parcours d’élèves et le regroupement des élèves ? Pourquoi ne pas adopter des pédagogies basées sur l’enseignement inversé avec un soutien particulier à des moments charnières, notamment auprès d’élèves à besoins particuliers ? À cet égard, serait-il envisageable de revoir l’organisation de nos ressources professorales de manière à faire se rencontrer les ressources et les besoins ? En ce sens, serait-il acceptable que les gens qui sont à temps partiel dans un centre de services scolaire puissent obtenir une affection supplémentaire dans un autre centre que le leur ? Peut-on penser à des systèmes de mentorat où des retraités toujours passionnés de l’enseignement seraient jumelés à de nouveaux enseignants qui souhaitent bénéficier de cet accompagnement ? Cette réorganisation des services permettrait de diminuer la pénurie d’enseignants qui prévaut actuellement.

En ce qui concerne les ressources spécialisées dans les centres de services, il appert que dans certaines régions du Québec certains orthopédagogues et conseillers pédagogiques déplorent de ne pas être suffisamment mis à profit. Or, à quel moment est-il prévu de valoriser les ressources dont nous disposons ? De recourir à leur savoir et à leur expérience du terrain ? Certains disposent d’une formation de grande qualité dont pourraient bénéficier de nombreux acteurs scolaires. Le temps est venu de décloisonner… Le monde de l’éducation dispose d’une pléiade de ressources humaines et matérielles dont les milieux ne font pas assez usage. À l’heure où l’on encourage la collaboration professionnelle et interprofessionnelle, il nous apparaît nécessaire de repenser le réseautage possible et l’harmonisation des services dans l’ensemble du Québec.

Quant au soutien des élèves en difficulté, est-il possible de réfléchir au contexte scolaire actuel, de se questionner sur les intentions pédagogiques qui y prévalent et surtout de regarder si les pratiques mises en avant conviennent toujours dans une société du XXIe siècle ? Peut-être est-il temps d’offrir aux acteurs scolaires la possibilité de se réinventer, de laisser tomber la pression et de se centrer ensemble sur l’école d’aujourd’hui qui répond aux besoins de formation des adultes de demain. Voir l’école qui implose tout en sachant qu’un « trésor est caché dedans » réveille en nous une urgence d’agir. Mobilisons à l’échelle provinciale les ressources que nous possédons. Concertons-nous au-delà des frontières territoriales que sont les centres de services scolaires. Partageons enfin une vision commune dans le respect des besoins de chacun. Rien n’est plus désolant que de voir des acteurs scolaires à bout de souffle et des élèves se désengager après un mois d’école. Peut-être sommes-nous dus pour d’autres états généraux sur l’éducation, question de nous dessiner un milieu sain où il fait bon vivre et apprendre…

1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 24 septembre 2020 08 h 47

    Oui pour des états généraux en éducation

    Primo, je doute très fort que les écoles québécoises seront encore ouvertes d’ici la fin de décembre.

    Secundo, c’est vrai que plusieurs enseignants, même en temps de pénurie, ne travaillent qu’à temps partiel et ont des contrats ouverts. Exactement la même chose pour ceux qui approchent de la retraite; ils se font souvent poussés dehors. Après le gouvernement vient pleurer pour avoir cette richesse professionnelle. Ils ont fait de même dans le système de santé durant la pandémie lorsqu’ils criaient pour des professionnels.

    Tertio, le Québec n’a pas l’expertise encore bien développée pour l’école en ligne ou virtuelle. Après des années libérales de stagnation dans le domaine des TIC, tout à coup, le gouvernement québécois semble redécouvrir les qualités de l’école à la maison en temps de pandémie. Tout est pratiquement à refaire au Québec pour l’école virtuelle. Il faudrait que toutes les chaumières du Québec soient connectées à la fibre optique et que ce soit un service essentiel tout comme pour l’eau potable et les réseaux d’assainissement des eaux.

    Quarto, tout enseignement virtuel est un enseignement inversé. Pour cela, il faut une discipline de fer de la part des apprenants et souvent, un accompagnement à la maison soit par les parents ou des tuteurs. Pour ceux qui ont des problèmes d’apprentissage jumelés à des problèmes comportementaux, eh bien, on souhaite bonne chance aux parents. C’est pour cela que plusieurs parents retrouvent des vertus aux enseignant.e.s durant le temps de la pandémie, eux, qui étaient les premiers à se plaindre sur tout et rien à l’école.

    Oui pour des états généraux en éducation. Mais il faudrait que le tout ne soit pas un exercice bureaucratique ou philosophique. Il va falloir repenser l’école, non pas celle de Dewey qui contient quatre murs comme l’éléphant blanc de Lab-École, mais bien une qui répond aux besoins du 21e siècle des apprenants.