Vers une société de confiance, de méfiance ou de défiance?

La «défiance» est un état dans lequel une personne ne fait plus confiance et a pris la décision de se rebeller contre les institutions, les gouvernements, la justice ou la police. Sur cette photo, des gens ont manifesté le 12 septembre dernier à Montréal contre le port obligatoire du couvre-visage.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne La «défiance» est un état dans lequel une personne ne fait plus confiance et a pris la décision de se rebeller contre les institutions, les gouvernements, la justice ou la police. Sur cette photo, des gens ont manifesté le 12 septembre dernier à Montréal contre le port obligatoire du couvre-visage.

L’un des grands constats du dernier indice de confiance sociétale du Québec publié le 17 septembre est qu’un mouvement de « défiance » prend de plus en plus d’ampleur.

Dans un premier temps, il est important de distinguer « confiance », « méfiance » et « défiance ».

La « confiance » est de prendre un pari sur l’autre (conjoint, ami, partenaire d’affaires, gouvernement, etc.) avec de bonnes chances pour tous les deux d’en sortir gagnants. La confiance est à la fois calculée (réputation, compétence, résultats, etc.) et émotive (bienveillance, authenticité, courage, respect, etc.). Elle implique de s’ouvrir à l’autre, de se placer en situation de vulnérabilité et de prendre un pari sur l’autre.

La « méfiance » est un état dans lequel nous n’avons pas assez d’informations, ou alors des informations contradictoires ou des expériences négatives qui nous empêchent d’avoir confiance. Cependant, les gens méfiants continuent à respecter les règles, les lois et à entretenir une relation d’affaires, personnelle et citoyenne malgré cette méfiance.

La « défiance » est un état dans lequel une personne ne fait plus confiance et a pris la décision de se rebeller contre les institutions, les gouvernements, la justice ou la police. L’indice de confiance sociétale (ICS) de septembre démontre que davantage de Québécois ne respectent pas les lois par rapport à l’indice de juin. Plus de Québécois sont contre le port du masque, contre la distanciation, etc. La crise a eu un impact important sur le respect des lois et règlements, l’indice sur cet aspect passant de 64,0 à 56,0, soit une baisse de 8 %.

Une société en santé devrait compter sur une large majorité de citoyens qui ont confiance dans les lois, les institutions, les gouvernements, notre système de justice et notre système économique. Cependant, il est également sain de compter sur des citoyens qui remettent en question certaines informations, certaines règles et décisions de nos gouvernements et institutions. Cette forme de méfiance est saine, permet un débat et contribue souvent à une plus grande vigilance sociétale.

Malheureusement, nous assistons au Québec, mais également dans plusieurs autres endroits dans le monde, à la progression d’un mouvement de « défiance ». Certains appellent les membres de ce mouvement complotistes, extrémistes, covidiots ou disent qu’ils font partie de sectes…

Il faut comprendre pourquoi ces « défiants » existent et deviennent de plus en plus nombreux. La plupart sont des gens pour qui le « système » a failli dans leur vie personnelle ou professionnelle. Ils considèrent souvent les gouvernements et institutions comme étant mensongers ou malhonnêtes. Ils constatent que la répartition de la richesse est trop inégale. Ils sont d’avis que les règles et le système ne sont pas faits pour eux. Ils sont souvent vulnérables à des discours de leaders charismatiques et défiants, lesquels les interpellent et les font se sentir importants. Il ne faut pas penser que ce sont tous des gens moins éduqués ou plus pauvres que la moyenne. L’erreur est de les prendre pour des imbéciles et de seulement les critiquer. Agir ainsi renforce leurs croyances et leur défiance.

Un défi délicat

Quoi faire avec ces défiants ? Leur redonner doucement confiance dans la société. Ce n’est pas une tâche facile, mais cela peut être accompli par de meilleures communications, une écoute de leurs points de vue et des exemples positifs pouvant remédier à ce déficit de confiance. Également, il est important de ne pas les isoler davantage, car en côtoyant seulement des gens défiants comme eux, ils renforcent leurs points de vue.

Présentement, plusieurs intellectuels et journalistes avec qui j’ai eu la chance de discuter sont inquiets de ce mouvement de défiance qui est très bruyant par rapport au nombre de ses membres et qui peut causer des dommages à l’ensemble de la société. Par exemple, les 10 000 manifestants antimasques représentent un réel danger de propagation de la COVID-19. Cela dit, il faut comprendre que le port du masque est un prétexte pour plusieurs d’entre eux pour se révolter. Pour un grand nombre, les manifestations visent avant tout les gouvernements, les institutions et notre société. Plusieurs ont potentiellement souffert de la longue crise de la COVID-19 et voient plus d’inconvénients au port du masque que d’avantages.

Je vous raconte une petite anecdote personnelle. La fin de semaine dernière, j’étais au Patrick-Morin de Saint-Donat pour faire remplir mes bonbonnes de propane. Un jeune d’environ 25-27 ans remplissait mes bonbonnes à l’extérieur sans porter de masque alors que moi, je gardais le mien même si nous étions à l’extérieur. Il m’a demandé si j’étais peureux. Je lui ai dit que je revenais de Montréal et que je faisais cela pour ne pas contaminer Saint-Donat ! Il s’est ouvert à moi et m’a dit qu’il faisait partie des « loups », de la minorité qui veut se révolter. Il a ajouté que sa meute de loups devenait de plus en plus importante et que si cela continuait, cela allait faire dérailler notre société et enfin créer des changements pour le mieux.

J’ai discuté de cet événement avec mon épouse. Notre constat a été que ce jeune n’était pas un imbécile, mais qu’il était déjà marqué par des événements qui ont brisé sa confiance dans la société. Est-ce à cause d’un manque de confiance dans son avenir ? Est-ce à cause de la répartition injuste de la richesse ? Bref, il a certainement des raisons qui lui sont propres. Ce serait dommage de le catégoriser en le traitant d’épais et de le mettre de côté. Il y a un grand nombre de défiants que nous pourrions ramener dans le camp des confiants, mais il faudra déployer des efforts pour mieux les comprendre et améliorer notre société pour qu’ils souhaitent en faire pleinement partie.

Il sera intéressant de suivre l’indice de confiance sociétale (ICS) du Québec au cours des prochains trimestres afin de voir si ce mouvement de défiance prendra de l’ampleur ou si la seconde vague de la pandémie décimera celui-ci et de voir aussi si plusieurs défiants reviendront dans la catégorie des « méfiants », ou peut-être même des « confiants » !

4 commentaires
  • Gilles Delisle - Abonné 19 septembre 2020 07 h 16

    Défier, oui, .... mais avec un minimum d'intelligence et de connaissance!

    Défier une loi, une règle, un gouvernement, oui, c'est possible et permis lorsqu'on croît à une cause juste. Défier une propagation virulente mondiale, et défier l'avis unanime mondial du monde médical, cela m'apparaît injustifié et injustifiable. La seule explication possible de ce dérapage, pour moi, est qu'une dépression humaine mondiale s'accentue devant un phénomène de propagation mondiale que personne n'avait vu venir et que personne n'avait connu jusqu'à maintenant, depuis les années 20 du siècle dernier.

  • Cyril Dionne - Abonné 19 septembre 2020 08 h 03

    La salade des mots

    Bon. Après avoir lu cette salade de mots, de « confiance », « méfiance » et « défiance », il semble qu’on doit s’en tenir au faits seulement. C’est bien beau d'esayer de vouloir nous faire gober cette salade de relation interpersonnelle, mais les gens ne sont plus là.

    Ceci dit, le Québec a connu plus de victimes que n’importe quelle autre province et ce n’est même pas proche après qu’on nous avait au mois de mars que la situation était sous contrôle et que « ça allait bien aller ». Les chiffres ne mentent pas : 685 décès par million de population, et presque 2000 à Montréal et plus de 1500 à Laval. Ailleurs, dans le merveilleux royaume du ROC, c’est 195 pour l’Ontario, 53 pour l’Alberta, 44 pour la Colombie-Britannique, 66 pour la Nouvelle-Écosse, 21 pour la Saskatchewan, 19 pour le Manitoba et enfin, 3 pour le Nouveau-Brunswick. Cela, ce sont des faits.

    En plus, 98% des gens décédés proviennent des gens âgés de plus de 60 ans avec les 70 et plus représentant près de 92% de tous les morts dus à la COVID-19. Ce sont les gens à risque, âge et comorbidité obligent, qu’on aurait dû protéger comme ils l’ont fait ailleurs au Canada. Alors pour la confiance envers le gouvernement en place, elle s’effrite à tous les jours, la méfiance est proportionnelle aux politiques qui se contredisent et la défiance est inversement proportionnelle au carré du nombre de gens qui en ont marre tout simplement.

    Pire encore, après de multiples changements de stratégies, nous n’en sommes pas plus avancés avec une 2e vague qui nous pend au bout du nez. Mais on s’aperçoit très vite que les crises sanitaires sont rentables pour les partis politiques qui sont en fonction puisque la CAQ et le parti libéral à Ottawa avec leurs chefs n’ont jamais été aussi populaires. Mais ce qui monte rapidement, eh bien, a souvent l’effet contraire. Les gens risquent de passer à autre chose une fois la pandémie terminée et cela inclus les changements de gouvernement.

  • Marc Therrien - Abonné 19 septembre 2020 11 h 23

    Rester confiant même dans l'accumulation de pertes


    Si j’ai bien compris votre texte, il y a plus de chance de devenir défiant quand la gestion de la pandémie entraîne des conséquences très négatives comme la perte d’emploi. Il y a plus de chance de rester confiant quand on peut garder son plein emploi et plein salaire même avec une réduction de tâches ou de services justifiée par la gestion de la pandémie.

    Marc Therrien

  • Christian Roy - Abonné 20 septembre 2020 14 h 18

    La pandémie est un révélateur

    J'ai bien aimé lire votre texte M. Riendeau. Il me permet de découvrir entre autre qu'il existe un Institut de la confiance. Vous mettez le doigt sur un phénomène non négligeable.

    J'ajouterai à vos propos le point suivant: dans une situation de stress très élevé comme la pandémie nous a plongé collectivement, il me semble prévisible qu'elle révèle au grand jour les troubles touchant une partie de la population, notamment les troubles anxieux et les troubles d'opposition. C'est à cette dernière catégorie que se rapporte, d'après moi, la défiance que vous décrivez. L'être humain n'est pas que rationnel, bien au contraire.

    Bien d'accord que ces troubles se soignent... en y investissant les ressources nécessaires. Un effort qui s'ajoute au chantier collectif.