Le libéralisme remis en question, une chance pour la démocratie

«On ne peut confondre les institutions d’un pays avec les politiques et les hommes qui font celles-ci», écrit l'auteur.
Photo: Martin Bureau Agence France-Presse «On ne peut confondre les institutions d’un pays avec les politiques et les hommes qui font celles-ci», écrit l'auteur.

Assaillie par les radicaux de gauche, qui lui reprochent de succomber aux sirènes de la mondialisation, et par les radicaux de droite, qui la blâment d’avoir failli à sa tâche de consolider l’État-nation devant le délitement des valeurs et l’immigration incontrôlée, la démocratie libérale est remise en question. Elle doute d’elle-même et on doute d’elle. Il suffit d’entendre Donald Trump affirmer que les États-Unis dirigés par les démocrates seraient livrés à la racaille anarchiste ; à l’inverse, pour ses opposants, la réélection de Trump, c’est la fin de la démocratie. C’est dire…

En France, la droite radicale parle d’islamisation du pays ; en Angleterre, Brexit ou pas, c’eût été, à terme, la disparition du royaume… et tout à l’avenant ! L’intempérance de langage va de pair avec l’outrance des postures. Ce n’est pas nouveau : dans l’entre-deux-guerres (1918-1939), Maurras exécrait la république et l’appelait « la Gueuse », les fascistes méprisaient la démocratie, et les communistes la traitaient de décadente.

On fait à la démocratie un mauvais procès, car on confond les institutions d’un pays avec ses politiques. Ce n’est pas parce que nos dirigeants commettent des fautes de gestion ou des maladresses de style que nos institutions parlementaires sont mauvaises en elles-mêmes. On ne peut confondre les institutions d’un pays avec les politiques et les hommes qui font celles-ci. Au demeurant, que la démocratie se remette en cause a du bon : sans le doute sur soi, l’examen de conscience, l’ironie et même l’autodérision, on n’invente rien, et qui n’invente rien n’a rien d’autre que les illusions et les chimères.

L’esprit radical entretient à dessein cette confusion, qui lui permet de faire appel à l’émotion pour promouvoir des positions extrêmes, simplistes, propres à séduire les mécontents. À l’inverse, l’esprit libéral privilégie le recours à la raison et à l’expérience, il s’appuie sur les faits et propose des solutions pragmatiques, à la mesure des enjeux auxquels nous faisons face. La radicalité est séductrice et verse dans la démagogie; le libéralisme est exigeant et souffre quand la haine déforme la vérité.

Les réalités et non les abstractions

Le libéralisme politique est le fruit des réflexions de John Locke qui, dans son Traité du gouvernement civil de 1690, a défini la démocratie comme « l’agrégat des individus consentants ». Tout est dans ces quatre mots : la reconnaissance de l’individu comme protagoniste de la société, ses libertés puisqu’il est consentant, enfin le fait que cet individu ne soit pas une molécule dans l’air, mais un membre libre et conscient d’une entité soudée (agrégat) qu’on appelle peuple, État, nation. Ce qu’il y a d’essentiel dans cette affirmation, c’est qu’elle puise sa légitimité dans les réalités (individus consentants), et non dans les abstractions chargées d’un potentiel meurtrier (races, classes, nationalités). Elle s’appuie sur l’observation, l’expérience et la raison pour fonder les institutions politiques qui en découlent. Et si elle vit depuis plus de deux siècles, c’est parce qu’elle a réussi à s’adapter aux mentalités et aux nécessités du temps. À la différence du communisme et du fascisme, le libéralisme politique est une idée qui évolue avec le temps, non une idéologie fermée et intangible ; c’est une définition politique, non un dogme religieux ; c’est une référence qui tient de l’éthique, non un ordre moral imposé. Parce qu’il s’inspire des réalités humaines, le domaine du politique est relatif dans sa finalité, souple dans sa démarche, soumis aux limites que lui dicte la raison, perfectible, contingent, méfiant à l’égard des absolus, plus enclin au scepticisme qu’aux axiomes des systèmes et des idéologies.

La démocratie proclame les principes de liberté et d’égalité, mais les assortit de la grande chaîne des responsabilités : il n’y a pas de pouvoirs sans contre-pouvoirs, ni de droits sans obligations, ni de libertés sans limites. Car le pouvoir tend toujours à plus de pouvoir — c’est une logique vieille comme le monde —, et il faut limiter le pouvoir des hommes par les hommes et accroître le pouvoir des hommes par les lois, pour paraphraser Tocqueville dans De la démocratie en Amérique (1832). De là l’importance d’une magistrature indépendante, seule garantie des libertés des citoyens contre l’arbitraire du pouvoir !

Le sens de la mesure

Un État n’est viable qu’à condition d’être légitime, d’aspirer au bien public et d’être fondé sur la reconnaissance des principes et des droits. Ni Dieu ni diable, ni dogme idéologique ni culte du chef, la proposition libérale ne se réfère qu’aux êtres humains, ne prétend bâtir que la cité d’ici-bas : allergique aux lendemains qui chantent comme aux tables rases des révolutions, elle procède par tâtonnements, reste dans le domaine du possible, respectueuse des traditions et des mentalités, elle réforme en corrigeant, non en détruisant. Elle est humaine, résolument humaine : c’est sa force et sa fragilité.

« La puissance publique a pour but de réaliser le droit. […] Nul n’a le droit de commander aux autres : ni un empereur, ni un roi, ni un parlement, ni une majorité populaire ne peuvent imposer leur volonté comme telle ; leurs actes ne peuvent s’imposer aux gouvernés que s’ils sont conformes au droit » (Léon Duguit, Traité de droit constitutionnel, t. 1, 1921). C’est ce qu’on appelle l’État de droit, fruit du libéralisme politique.


 
19 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 14 septembre 2020 03 h 59

    La gouvernance néolibérale a trahi l'intérêt public et la démocratie.

    Malheureusement, «le bien public» a été sacrifié par des gouvernements successifs pendant les 4 dernières décennies depuis la gouvernance néolibérale de Margaret Thatcher en Angleterre et de Ronald Reagan aux États-Unis.
    Le modèle néolibéral avec ses compressions budgétaires pour les pauvres et ses cadeaux fiscaux pour les riches a tourné en dérision la notion du libéralisme et de la démocratie.
    Les inégalités aux seines de nos sociétés dites libérales témoignent d'une faillite démocratique.

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 septembre 2020 09 h 16

      Mme Alexan,
      C'est bien beau lancer lancer des accusations, trouver des coupables, mais ça n'arrange rien et ça prépare de bien pires erreurs.

      Vous faites exactement ce qu'on fait les néolibéraux dans les années 40 : attaquer les vices, très évidents, du marxisme. Ils ont même réussi à confondre le marxisme avec la social-démocratie, qui pourtant est totalement différente.
      Les marxiste de QS tiennent le même discours pour raison électorales. La force de ces idéologies est la confusion.

      Si on n'explique pas dans le détail en quoi le néolibéralisme se trompe, on ne peut que, soit répéter ses erreurs, soit tomber dans les erreurs contraires.

      Si le libéralisme ne voit que l'État et l'individu, refusant ainsi la dimensions sociale de l'humain, le marxisme ne voit que l'État et les classes sociales, et encore, les classes sociales que l'État reconnaît! C'est bien pire! En soi les groupements sociaux sont forcément des contre-pouvoirs à l'État, alors...! En attendant, l'individu prend le bord, comme on le voit dans tous les pays marxistes.

      Cette propension à accuser des marxistes est exactement la même que celle utilisée par les néolibéraux qui ont mis dans le même tas l'État, le marxisme et la social-démocratie, pour les condamner en bloc face au "magnifique" libre-marché, si efficace...

      Les marxiste en font autant pour le libéralisme et l'État, tout en se réclamant de la social-démocratie parce que "ça fait bien". C'est un tout aussi odieux mensonge.
      Les deux font dans la confusion et l'agression verbale. Pis ça pogne!

      La constitution américaine, un bijou en son temps, a su créer des contre-pouvoirs dans tous les cas... sauf l'argent. C'est qu'elle a été écrite alors que le grand ennemi était un État, le Roi. Pour le reste, on y voit les mêmes erreurs répétées par les néolibéraux et les marxistes aujourd'hui. On lit en filigrane : "C'est nous aut' les bons parce que les aut' c'est des pas bons".

      Boulechite.

  • Francois Ricard - Abonné 14 septembre 2020 05 h 03

    La démocratie du cul levé

    Le parlementarisme à la britannique, par son exigence de respecter la ligne de parti, est une dictature déguisée. Le premier ministre est, pour la durée de son mandat, le seul maître à bord. Un véritable monarque.Le parlementarisme britannique a été conçu par et pour la haute bourgeoisie. Il est tout-à-fait bancal pour une utilisation plébéienne.Il fonctionnait bien lorsque les Whigs et Tories étaient plutôt des clubs sociaux plutôt que des partis politiques. Le système n'a pas été conçu pour des partis de masse.
    Et c'est ainsi que tous nos élus, se lèvent à demi de leur siège, pour endosser les propositions de leur chef.

    • Claude Bernard - Abonné 15 septembre 2020 18 h 06

      M Ricard
      Une dictature de quatre ans soumises aux lois et à une Constitution, signéeou non, plébiscitée ou référendumisée,qu'importe, est ce que les hommes ont trouvé de plus à même d'assurer la liberté et la justice sans oublier une égalité, toute relative soit-elle.
      Essayez de trouver mieux et vous vous retrouverez dans un État totalitaire et dans un état d'esclave des puissants.
      Quatre milles ans d'histoire en sont la preuve.

    • Francois Ricard - Abonné 15 septembre 2020 19 h 39

      M. Bernard,

    • Francois Ricard - Abonné 15 septembre 2020 19 h 43

      M. Bernard,
      Dans un système démocratique, il est impératif qu’il y ait une nette séparation des pouvoirs: le judiciaire, le législatif et l’exécutif.Les USA ont possiblement le système le plus démocratique.Le système fait une nette distinction entre les trois pouvoirs: le législatif, l'exécutif et le judiciaire. Les représentants et les sénateurs ne sont pas liés par une camisole de force Par ailleurs, à cause d'un financement débridé, le complexe militaro-industriel s'est emparé du pouvoir. À tel ,point que les USA ne sont plus une démocratie mais une oligarchie ploutocratique..Eisenhower les avait pourtant averti de cela en 1958. Mais aucun de ses successeurs n'y a donné suite.
      Avec un meilleur contrôle du financement des partis et un scrutin à la préférentielle, les USA auraient à nouveau un système démocratique supérieur à tout ce qui existe.
      Un Québec indépendant pourrait s'en inspirer.

  • Yvon Montoya - Inscrit 14 septembre 2020 06 h 47

    Que voila un vrai texte d’un esprit libre et lucide. Oui! votre constat est le mien avec quelques autres ( de plus en plus rare). On ne peut que constater avec amertume l’effondrement de la démocratie. Nous nous trouvons en plein milieu de la ruine de part et d’autres des idéologies de Droite toute Extreme ou de Gauche toute extreme. Au milieu la haine explose dans les médias et Réseaux sociaux combinés et vous,avec quelques autres, vous vous trouvez au milieu. Merci.

    • Claude Poulin - Abonné 14 septembre 2020 10 h 57

      Complètement d'accord, ce constat est aussi le miens!

  • François Beaulé - Inscrit 14 septembre 2020 07 h 59

    Le libéralisme est aussi une idéologie

    Aveuglé par sa croyance dans le libéralisme, Sam Haroun s'efforce de nier le fait que le libéralisme est aussi une idéologie.

    Selon l'idéologie libérale, la société est le résultat des interactions d'individus parfaitement libres. Ce qui est faux puisque les individus sont déterminés par la société, ses institutions et ses systèmes. Et, à notre époque, un système est particulièrement déterminant, le système économique capitaliste, que M. Haroun fait mine d'ignorer. Dans sa dithyrambe, il ne fait nulle part le lien entre le libéralisme comme idéologie et le capitalisme comme système déterminant. Or ce système est beaucoup plus puissant que les États, notamment depuis sa mondialisation accélérée.

    « La démocratie proclame les principes de liberté et d’égalité ». En effet, elle le proclame mais dans les faits nous ne sommes pas égaux et nos libertés sont relatives. Certains sont plus libres que d'autres, sans jamais l'être de façon absolue.

    Le libéralisme est le principal promoteur de l'individualisme et c'est cet individualisme exacerbé qui cause le déclin des sociétés libérales modernes. Ce n'est pas un hasard, puisque l'idéologie libérale repose sur une conception individualiste de l'être humain. C'est cette conception qu'il faut être capable de remettre en question, radicalement.

    • Jean-François Trottier - Abonné 14 septembre 2020 10 h 17

      M. Beaulé,

      la démocratie n'a jamais proclamé(?) une quelconque égalité. On parle d'égalité politique, comme dans un conseil de famille : on vote, puis les parents prennent la décision finale.
      C'est entre autres à ça que sert une constitution : dire à quoi servira un vote dans un cadre précisé d'avance.

      La pensée par slogan aime prêter de grandioses vertus à la démocratie.
      Elle oublie la société de droit, pas "démocratique" et pourtant essentielle, et la charte des droits, capitale même si elle permet un peu tout au radicaux, y compris condamner une enseignante d'Université parce qu'elle a osé dire "Nègres"... blancs d'Amérique.
      Il y a 40 ans, on m'aurait empêché d'écrire "hostie". J'en profite : Hostie de morale à marde!

      Si, comme les marxistes, on finit par nier l'individualisme sous couvert de classes, et si on recouvre le tout d'un vernis de morale pour décider du bien et du mal, c'est mille fois pire!
      L'égalité n'est pas un absolu à atteindre. On devrait parler de maximiser les possibilités d'atteindre le bonheur.

      Faudrait sortir la morale de tout discours politique. La morale ne revient qu'aux personnes. S'il y a quelque chose d'individuel, c'est bien ça! Tant qu'elle sera une "valeur" on tombera dans les extrêmes que nous vivons.
      Un État moral, qui se croit bon, est en soi un état totalitaire, tout comme la morale. De Trump à QS, même combat "populaire".

      Je reconnais le radical quand je le vois : "C'est cette conception qu'il faut être capable de remettre en question, radicalement." dit exactement ce qu'il en est.
      Cette phrase à elle seule démolit tout votre argumentaire précédent. Elle dit que vous vous foutez des humains "radicalement", et que vous êtes prêts à tomber dans l'excès contraire. C'est ça, être radical.

      Je vous invite à penser aux vraies personnes, à vos amis, ou à vos (rares?) ennemis auxquels vous ne souhaitez pas l'enfer éternel. Et à revoir vos positions.

    • Robert Bernier - Abonné 14 septembre 2020 10 h 26

      Vous écrivez: "le libéralisme est aussi une idéologie". Oui mais avec plus de nuances que selon votre description.

      Vous écrivez: "Selon l'idéologie libérale, la société est le résultat des interactions d'individus parfaitement libres. " Et il faudrait apporter des nuances. D'abord, selon Adam Smith, l'État a aussi des devoirs et des responsabilités envers les individus. Ensuite, depuis au moins J.S. Mill, chaque individu doit être conscient de sa responsabilité et du fait que sa liberté s'arrête là où commence celle des autres.

      Plus loin, vous écrivez: "Le libéralisme est le principal promoteur de l'individualisme et c'est cet individualisme exacerbé qui cause le déclin des sociétés libérales modernes." Et vous avez raison en bonne partie sur les faits. Mais, là aussi, il faudrait nuancer. Il n'y a rien dans le libéralisme qui "force" les individus à cet individualisme exacerbé que vous condamnez. Chacun a le choix de ses valeurs et de ses actions mais J.S. Mill et plus encore Kant exigent de chacun qu'il entre en lui-même, fasse examen de conscience, et adhère de façon éthique à une conception plus haute et plus exigeante de la vie en société. À moins de ne se voir lui-même que comme une boule de billard qui va là où la pousse la dernière interaction au prix d'y laisser sa dignité.

      Vous écrivez aussi: "il ne fait nulle part le lien entre le libéralisme comme idéologie et le capitalisme comme système déterminant." Nuance ici encore. De quel capitalisme parlez-vous? Du capitalisme d'État comme celui de la Chine? Du capitalisme financier qui a cours depuis les années Thatcher-Reagan? Du capitalisme des social-démocraties dont font partie les pays de la Scandinavie et, dans une marge plus restreinte, plusieurs pays d'Europe, le Canada et, plus encore, notre Québec?

      Vous concluez: "C'est cette conception qu'il faut être capable de remettre en question, radicalement." Après toutes les nuances qu'il faudrait apporter, le mot "radicalement" est de trop.

    • Jacques Patenaude - Abonné 14 septembre 2020 11 h 04

      Oui le libéralisme est une idéologie vous avez raison. Mais le libéralisme lockien n'est pas la seule expression de ce courant politique. Il y a bel et bien ce libéralisme d'origine anglo-saxon qui a inspiré la charte canadienne des droits. Son fondement est comme le dit l'auteur individualiste en définissant « la démocratie comme « l’agrégat des individus consentants. » » elle suppose qu'il n'y a aucun intermédiaire entre les citoyens tous présupposés éclairés. Dans les faits un tel libéralisme amène à nier l'existence de groupes ayant des droits spécifiques au sein de la nation. Il n'est pas surprenant que Trudeau père aie voulut abroger la loi des indiens en leur laissant comme seule alternative l'assimilation individuelle à la société canadienne. Pas plus qu'il n'est surprenant que Trudeau aie refusé toute reconnaissance de la spécificité du Québec. Pourtant il existe une autre conception celle des droits humains approche adoptée par l'ONU. On y retrouve une conception plus large qui reconnaît des droits au-delà de ceux des seuls individus où les droits sociaux, économiques et politique ont leur place. C'est l'approche que prend la charte québécoise des droits de la personne. Il est dommage qu'au Québec même les tenants de la souveraineté se définissant comme progressiste ont fini par occulter celle-ci et ne font plus référence à ce qui est devenu « La Charte ». Pourtant voilà un contre-poids dont ils se privent. En cette période où la covid démontre comment la conception individualiste des droits met à mal le bien commun il serait particulièrement utile de rappeler le mérite de notre charte québécoise.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 septembre 2020 08 h 51

    De quel libéralisme parle-t-on?

    Bon, c’est bien beau tout cela, mais la clé dans toute démocratie, tout système libéralisme, eh bien, ce sont les citoyens. Un État-nation ne peut promulguer ses valeurs devant une immigration incontrôlée qui devient vite une auberge espagnole postnationale et multiculturaliste. La libre circulation des personnes et le phénomène des doubles citoyennetés rongent de l’intérieur tous les concepts même de l’État de droit. Le libéralisme politique de John Locke avait peut-être sa place dans un monde colonialiste afin de légitimité cette pratique, mais aujourd’hui, dire qu’il est dépassé est superflu.

    Si la démocratie est la synergie d’individus consentants, il faut différencier ceux qui sont des citoyens et ceux qui ne le sont pas. De là, découle les libertés et responsabilités du citoyen puisqu’il en est un consentant et participe de plein gré à cette communion sociétale. Et rien ne cristallise plus un peuple, une nation ou un état que des frontières dans un monde qui devient de plus en plus, démondialisé. Et, est-ce qu’il y a rien de plus naturel pour des gens qui partagent les mêmes affinités et valeurs dans une état de droit de vouloir vivre ensemble avec des frontières délimitées?

    Cela dit, on critique le système américain et pourtant, nous vivons dans une monarchie constitutionnelle ou le chef de l’état et de l’église habite sur un autre continent. Le pouvoir existe entre les mains d’un monarque élu à tous les quatre ans, mais les contre-pouvoirs sont un rêve chimérique concocté par des colonialistes où le soleil ne se couchait jamais sur leur empire. La charte des droits tirée du multiculturalisme dénature le précepte de nation fondatrice pour mettre toutes les cultures sur le même pied d’égalité afin de garder le contrôle hégémonique sur les différents états tout comme le font les accords de libre-échange. Alors, la liberté des citoyens est seulement illusoire puisqu’ils le sont seulement la journée d’élections et peut être usurpé en tout temps.

    • Marc Therrien - Abonné 14 septembre 2020 18 h 49

      En disant que le libéralisme politique de John Locke est dépassé, voulez-vous dire aussi qu’on peut se passer facilement d’une des valeurs fondamentales de la démocratie libérale qu’il a établie, c’est-à-dire la tolérance? La tolérance qui consiste essentiellement à respecter ce qui va à l’encontre de ses propres convictions. Ainsi, dans la dialectique des débats politiques, chaque protagoniste, au nom de la tolérance, s’évertue à détecter l’intolérance chez son vis-à-vis et en même temps doit être capable de tolérer l’expression d’intolérance à son égard. Par cette capacité de tolérance mutuelle, ils fondent l’espoir d’une société juste dont les membres, pour la plupart tolérants, sont capables de tolérer les intolérants. Mais, idéalement «la tolérance ne devrait être qu'un état transitoire. Elle doit mener au respect. Tolérer c'est offenser» (Johann Wolfgang von Goethe).

      « L’immigration incontrôlée qui devient vite une auberge espagnole » pose certes un défi pour la tolérance. Dans la relation tolérant-toléré dont on espère qu’elle évolue minimalement vers une relation égalitaire tolérant-tolérant, il serait peut-être sage qu’on fasse l’examen de conscience qui consiste à se demander si on est soi-même capable de réaliser les changements requis que l’on demande à autrui, notre vis-à-vis, pour assurer que cette relation porte les fruits désirés. Il semble qu’un des problèmes soit celui de la ponctuation de la relation qui doit être davantage envisagée comme une spirale interactionnelle plutôt que dans une perspective linéaire cherchant un idéal de bilatéralité. Qui demande quoi à qui? Et qui doit initier le changement d’attitudes requis pour que l’autre prenne aussi le risque de changer?

      Marc Therrien