Le REV, une proposition bien alléchante

«Le REV est et demeure
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Le REV est et demeure "une mesure parmi d’autres" pour tenter d’atteindre un niveau honorable de responsabilité collective», estime l'auteur.

Montréal va bien, et le projet REV (Réseau express vélo) se met en place, nettement plus alléchant que la vieille proposition fondée sur l’auto, rien que l’auto. C’était en 1950, nous sommes en 2020, et nous imaginons 2070 : ces voies cyclables invitent à une autre mobilité, et celle-ci est durable.

Elles offrent aux Montréalais une proposition de transport supplémentaire en tout temps ; elles offrent aussi aux personnes handicapées un meilleur accès à la ville qui, enfin, leur propose autre chose que de serrer à droite sur une route et de se faire frôler à 10 cm par un bus.

Le REV ne consiste après tout qu’à implanter des voies cyclables sur quelques artères. Une timide caresse à la traditionnelle autoroute urbaine si chère à nos grands-parents.

Il a pour objectif, aussi, de participer au dynamisme local, étant intégré dans un ensemble plus vaste de mesures toutes aussi pertinentes les unes que les autres. Dans un tel contexte, isoler volontairement une voie cyclable pour lui donner autant de patine qu’en ont les propos de ceux qui s’amusent à cela est un acte criant de mauvaise foi.

Qu’on le veuille ou non, ces gens (les « sans-auto ») existent et il appartient à Montréal d’assurer leur sécurité. Cela est aussi vrai pour toutes les personnes qui habitent et usent de l’espace public. C’est ce qui est fait.

Montréal ne pouvait raisonnablement continuer à exclure des usagers de l’espace public pour satisfaire aux velléités de certaines personnes désœuvrées et d’autres politicards en manque de visibilité. C’est inimaginable. Il faudrait accepter d’abord que des personnes meurent faute d’aménagements adéquats.

Il faudrait aussi admettre de partager des voies de circulation avec des usagers qui n’ont pas l’attention requise pour ce faire : le nombre incroyable de panneaux à lire, la densité du trafic, la radio, le téléphone et les écrans des véhicules sont autant de facteurs de nature à saturer la charge attentionnelle des conducteurs.

Interrogez n’importe quelle sommité en la matière : la séparation des voies de circulation est nécessaire chaque fois que le contexte est de nature à créer un faible sentiment de sécurité chez les plus vulnérables. A fortiori lorsqu’à plusieurs reprises des personnes meurent sur un axe donné, comme cela est le cas par exemple sur la rue Saint-Denis, sur la rue Saint-Zotique, sur le boulevard Rosemont ou encore sur la rue du Parc, ces aménagements deviennent nécessaires.

Tout cela est très simple : on a des usagers qui se déplacent différemment et chaque catégorie mérite la même attention. Personne ne veut apprendre que son enfant de 12 ans est mort sur un trottoir sous les roues d’un camion cube. Alors nous devons rendre compte dans l’espace public de la diversité des usages et la protéger.

Mais il y a aussi des prérogatives impérieuses à tout cela : la santé et la sécurité publique, et le réchauffement climatique.

Environ 3000 personnes meurent de complications liées aux émissions de particules fines par les véhicules motorisés chaque année, et il ne se passe pas un jour sans que l’on apprenne qu’une personne de plus devra vivre avec les conséquences de la dangerosité liée à la conduite automobile.

En ce qui concerne la question climatique, les GES émis par les automobiles dans nos villes sont un facteur significatif du réchauffement climatique actuel et la demande pour changer de paradigme est énorme. Il faudrait avoir la tête enfoncée bien profond dans le sable pour oublier la dernière marche pour le climat à Montréal.

C’est d’ailleurs pourquoi Montréal participe au mouvement Global Covenant of Mayors for Climate & Energy qui rassemble plus de 10 000 métropoles et villes du monde ; c’est aussi pourquoi Montréal a intégré le réseau C40 englobant 96 grandes métropoles du monde et visant à trouver des solutions communes au problème climatique actuel ; en 2015, Montréal a soutenu la déclaration du Sommet des élus locaux pour le climat tenu à Paris la même année, intégrant alors à son Plan Montréal durable la cible de réduction de 80 % des GES d’ici 2050 ; plus récemment, Montréal a aussi appuyé la Charte de Chicago sur le climat, comme la Déclaration d’Edmonton.

En somme, Montréal est une ville sérieuse qui pose des gestes concrets visant aussi bien à la rendre carboneutre et à tendre vers le zéro déchet qu’à permettre à tous d’y vivre sans crainte de se faire rouler dessus et avec l’espoir de jours plus responsables.

Elle s’est engagée à modifier rapidement les modes de vie et de consommation, parce que le monde entier s’y est engagé et parce que nous nous y sommes tous engagés auprès de nos enfants. Personne ne peut dire aujourd’hui que six files d’autos comportant une personne par auto sont un paysage honorable et responsable dans une ville en 2020. Comment peut-on, dans ce contexte, ne pas vouloir avoir des arbres, des personnes à pied et à vélo, en plus du reste, dans une rue ?

Certes, il nous faudra nous adapter et il faudra accompagner les plus vulnérables dans ces changements rapides mais nécessaires.

Il faudra aussi que nous nous adaptions nous-mêmes : quel est le véhicule qui est le plus adapté à mes besoins pour ce que je m’apprête à faire ? Comment puis-je faire pour diminuer mes émissions ? Comment réduire mon impact sur mon environnement ? C’est aussi poser des gestes concrets que de faire ce travail.

Mais le REV est et demeure « une mesure parmi d’autres » pour tenter d’atteindre un niveau honorable de responsabilité collective.

Je suis heureux de savoir que ma ville se prend ainsi en main. Je suis heureux de me sentir humain en ville, enfin.


 
7 commentaires
  • François Poitras - Abonné 12 septembre 2020 09 h 42

    Instrumentaliser le vélo

    Montréal approche les 1000 kms de voies cyclables par rapport à 2750 kms de voies artérielles.

    Selon les données de la CMM, la part modale du vélo pour le navettage maison-travail est passée de 1.9% en 2001 à 3,6% en 2016. Donc, une conversion de 1.7% des déplacements de navettage en 15 ans.

    Pour obtenir un portrait un tant soit peu réaliste de la circulation urbaine, il faut pondérer ces chiffres peu par l’ajout des déplacements de véhicules de service (services d’urgence, voirie, livraisons, constructions, services professionnels, etc.) dont le nombre et les durées doublent minimalement les déplacements de navettage.

    Ce qui ramène la part du vélo à moins de 1% de l’utilisation du réseau routier.

    Les conséquences d’un développement inconsidéré du réseau cyclable sont nombreuses : augmentations de la congestion, augmentations des émissions de gaz à effet de serre, nuisances aux déplacements piétonniers et à l’accès aux transports collectifs, nuisance à l’électrification du transport et enfin, « effet de beigne » par l’exode des familles et déclin économique.

    Que ces considérations soient prises à la légère par les gouvernants montréalais laisse pantois. Des modifications importantes sont amenée sans la moindre analyse des besoins, sans la moindre étude d'impact.

    Il faut craindre l’illusion idéologique, sinon l’illusion écologique de l’instrumentalisation politique du vélo urbain.
    .

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 12 septembre 2020 10 h 27

      Merci Monsieur Poitras.

      J'ai utilisé le vélo pendant des années, même l'hiver. Mon travail m'oblige à prendre ma voiture (à l'envers, je fais partie de ces citadins qui vont travailler en région) je peux vous dire que l'offre alternative est pitoyable. À titre d'exemple, pour prendre le train à la station Parc, il était plus facile pour moi de marcher, depuis mon ancienne résidence, en longeant la voie ferrée (à laquelle j'avais accès depuis ma cour!). Mais c'est interdit et l'AMT délivrait des contravention quand elle me voyait. Je dois faire un long détour à pied ou à vélo, mais comme je revenais en covoiturage, aller à la gare à vélo me pénalisait puisqu'il était alors coincé-là. Bref, si ça me prend 20 minutes me rendre à la gare pour 1h de trajet, alors que ça m'en prend 45 en auto, je vais prendre mon auto.

      J'adore marcher, j'adore le vélo, mais quand je suis en auto et qu'un feu interdit de tourner à droite pour protéger les piétons pendant qu'il n'y en a pas, c'est ridicule. Souvent, le véhicule voulant tourner à droite congestionne le reste du trafic, ce qui nuit ensuite en aval à tout le monde. On se demande ensuite si la congestion n'est pas encouragée précisément pour des raisons idéologiques.

      À titre de cycliste qui n'a pas profité des voix cyclables actuelles et qui utilisait le réseau routier « normal » je préconiserais de loin un partage de la route cohérent, convivial : faciliter les virages, les arrêts, pour les piétons et les cyclistes (ex. traverser les rues en diagonale). Bien sûr il faut penser aux familles et il est plutôt téméraire de faire du vélo sur la chaussée avec son enfant de 4 ans sur Parc, mais à terme, ça devrait être l'objectif, réduire la vitesse des autos, faciliter les déplacements, par exemple limiter les livraisons et les gros camions à certaines plages horaires.

      On fait des voies expresses, mais les viaduc demeurent dangereux et les vélos prennent alors le trottoir des piétons.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 septembre 2020 11 h 23

      M. Poitras, essayez d'expliquer cette science aux disciples de la secte verte à Montréal et ce sera peine perdue. Les pistes cyclables ne diminueront pas les GES dans cette ville, mais les augmenteront en plus de diriger Montréal, capitale de la COVID-19, vers la banqueroute économique. Restera les condos des riches achetés par la plupart, des étrangers qui n'y séjournent même pas et iront très bien avec les tours vides du centre-ville délaissées par ceux qui font du télétravail.

      Je n'avais jamais pu pensé que des idioties d'une telle ampleur pourraient faire regretter à plusieurs le départ de Denis Coderre à la mairie de Montréal. Cela, c'est tout un exploit. Wow! Faut le faire. Chapeau.

      Pardieu que cette ville a besoin du sang neuf avant qu'elle croule sous des politiques de médiocrité de l’extrême gauche.

    • Guillaume Blanchette-Doutre - Abonné 13 septembre 2020 19 h 55

      On aura tout entendu!

      « Les conséquences d’un développement inconsidéré du réseau cyclable sont nombreuses : augmentations de la congestion, augmentations des émissions de gaz à effet de serre, nuisances aux déplacements piétonniers et à l’accès aux transports collectifs. »

      Pour la circulation automobile, si on augmente l’offre (plus de voies), la demande augmentera aussi. Mais si on réduit l’offre (diminution du nombre de voies), la demande diminuera également. Donc la demande demeure proportionnelle à l’offre. Faites une recherche sur la « demande induite ».
      Cela dit, affirmer que les pistes cyclables augmentent les émissions de gaz à effet de serre relève de la mauvaise foi.
      Également, il est reconnu que l’ajout d’une piste cyclable sur une rue permet l’apaisement de la circulation, ce qui est favorable aux piétons.
      Finalement, il n’y a aucune raison pour laquelle une piste cyclable nuirait au transport collectif.

      Je suis ébahi par la créativité des détracteurs de pistes cyclables à trouver des arguments qui ne font aucun sens simplement pour renforcer leur position. Je vous l’accorde, il est difficile d’argumenter contre les bienfaits de ce mode de transport urbain.

  • Jérôme Laviolette - Abonné 13 septembre 2020 09 h 58

    Excellent texte!

    Superbe texte qui souligne les avantages multiples de mettre en place des infrastructures cyclables de qualité, offrant ainsi au citoyen-nes de Montréal des alternatives sécuritaires et efficaces à l'automobile.

    Beaucoup diront qu'ils n'ont pas le choix de se déplacer en voiture parce qu'il n'y a pas d'alternatives, mais dès qu'on propose des réaménagements de rues AVEC des alternatives, ils sont les premiers à monter aux barricades pour crier qu'on veut attaque les "pauvres" automobilistes qui ne peuvent plus se déplacer nul part. Trouvez l'erreur.

    Bref, pour les défenseurs du statu quo, tous les arguments, autant fallacieux soient-ils, sont bons pour ne pas vouloir changer soit-même ou voir sa société évolué.
    @François Poitras : je mets dans la catégorie des arguments fallacieux votre argument selon lequel la bonification du réseau cyclable mènerait à une augmentation des GES. Trouvez moi une étude sérieuse qui montre que c'est le cas. Toutes les études pointes dans l'autre direction : des aménagements cyclables de qualité entraine une hausse importante de l'utilisation du vélo utilitaire et une réduction des GES. Par exemple, cette étude réalisée par des chercheurs de McGill avec des données montréalaises :
    "Addition of new cycling facilities reduce transportation GHG emissions by 1.75%" (https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S136192091630270X)

  • Luc Le Blanc - Abonné 13 septembre 2020 10 h 58

    Des fois j'ai l'impression de lire Trump

    Disciples de la science verte, extrême-gauche, illusion idéologique. Tous les arguments ignorants et démagogiques sont utilisés pour fustiger un réseau de pistes cyclables bien minoritaire dans un immense réseau automobile qui nous a mené à la crise écologique actuelle. Les gens de droite et autres émules de Denis Coderre ne respirent pas? Ils n'aspirent pas à une ville apaisée? Les GES ne les atteignent pas? Ou ils se voilent la face en espérant profiter au maximum du monde actuel et tant pis pour les autres et la suite? La réalité actuelle qu'ils croient normale ne fonctione plua, il faut évoluer. Le vélo est une bonne direction, et sa popularité ne cesse de grandir, été comme hiver. Ma coiffeuse, qui n'est jamais allée marcher avec Greta, habite Villeray et prenait sa voiture pour travailler dans la Petite-Patrie; elle vient de se mettre au vélo, un changement sur lequel je n'aurais jamais osé parier. Depuis elle dit découvrir la ville, s'arrête partout, pousse ses randos de plus en plus loin dans ses temps libres, et envisage de continuer à pédaler jusqu'en décembre, voire plus. Mais elle ne l'aurait jamais fait sans le sentiment de sécurité que lui confèrent des pistes cyclables adéquates. Voilà à quoi ça sert un REV.

  • Franc-Sois Dandurand - Inscrit 13 septembre 2020 22 h 30

    La sempiternelle arme des anti-cyclistes: l'exagération et la déformation de la réalité!

    @François Poitras, bien qu'il devrait y avoir à terme 971 km de *voies* cyclables Vs plus de 4100 km (!) de voies routières lors de la fin de travaux d'entretien et d'expansion du réseau cyclable montréalais en fin d'automne 2020, seulement environ 11% seront des pistes protégées. La vaste majorité des voies cyclables étant toujours constituée de bandes étroites peintes au sol ne protégeant que symboliquement leurs usager.ère.s des aléas de la circulation et du risque d'emportiérage.

    Comble de malhonnêteté intellectuelle, vous comparez les réseaux cyclable et véhiculaire montréalais à la part modale cycliste de la CMM (!), qui englobe 82 municipalités, et qui est évidement nettement plus basse que celle de la ville de Montréal, elle-même bien moins élevée que celle des quartiers centraux.

    Vous me faites sourire avec votre "effet de beigne" (veuillez noter que les années 1980-2000 sont révolues!) Le taux de vacances des logements locatifs des quartiers centraux est à son plus bas depuis des lustres, et la possibilité de s'y déplacer activement plus sécuritairememt plaît aux populations des quartiers centraux au point de réélire des administrations Projet Mtl avec de fortes majorités, croissantes dans le temps.