Droit des enfants et COVID-19: «what does Canada want»?

«Le Canada n’a certainement pas besoin d’un affrontement Québec-Canada sur cette question et peut-être serait-il souhaitable de s’inspirer des politiques publiques du Québec en adoptant partout au Canada un discours bienveillant et rassurant sur ce retour à l’école», pensent les auteurs.
Photo: Adil Boukind Le Devoir «Le Canada n’a certainement pas besoin d’un affrontement Québec-Canada sur cette question et peut-être serait-il souhaitable de s’inspirer des politiques publiques du Québec en adoptant partout au Canada un discours bienveillant et rassurant sur ce retour à l’école», pensent les auteurs.

De manière plutôt surprenante, la vieille dualité canadienne prend une tournure pour le moins inattendue en cette période pandémique. Alors que le gouvernement du Québec s’emploie à offrir de manière bien imparfaite une rentrée scolaire depuis juin dernier et que la majorité de la société québécoise appuie la réouverture des écoles depuis le mois de mai, le reste du Canada semble avoir de nombreuses craintes et doutes sur l’approche du Québec, voyant dans la réouverture des écoles un choix dangereux, voire suicidaire. Cette perception du reste du Canada quant au choix du Québec de faire du retour à l’école une priorité est pour le moins difficile à comprendre alors que le développement cognitif et social de toute une génération d’enfants canadiens est en jeu.

En avril dernier, le premier ministre Trudeau lui-même se montrait très sceptique devant la réouverture des écoles dans sa circonscription de Papineau, pourtant l’une des plus pauvres au Canada et où les enfants ont besoin plus qu’ailleurs du soutien extraordinaire des professeurs, des éducateurs et des professionnels qui travaillent sans relâche pour offrir aux enfants canadiens un avenir meilleur. Depuis, rien n’indique que la position du premier ministre a changé.

Certes, plusieurs provinces canadiennes ont depuis emboîté le pas en calquant leur approche sur celle du Québec. En Ontario cependant, on prend le risque de laisser aux parents le choix de garder leurs enfants à la maison en plus d’imposer le port du masque en permanence aux enfants dès la 4 année. Cette approche « centrée sur le virus » aura des conséquences dommageables sur la concentration, les apprentissages et la socialisation des enfants.

Bref, on sent qu’il y a un malaise dans la population canadienne à choisir cette voie. Pourquoi cette perception différente dans le reste du Canada et comment faire progresser le débat pour le bien des enfants canadiens ?

Le discours de la peur

À bien des égards, on sent que le niveau d’anxiété face au retour à l’école est beaucoup plus grand dans le reste du Canada qu’au Québec. Pourtant, depuis mars derniers, les études scientifiques semblent converger dans la même direction : même si les enfants ne sont pas épargnés par la COVID-19, ils sont en vaste majorité peu symptomatiques lorsqu’ils la contractent et ils transmettent probablement moins le virus que les autres groupes d’âge, particulièrement s’ils sont âgés de moins de dix ans. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour environ 10 500 cas au pays chez les 0-18 ans, on dénombre un peu plus d’une centaine d’hospitalisations (1 %), très peu d’enfants aux soins intensifs, dont plusieurs pour des raisons autres que la COVID. On ne signale à ce jour aucun décès dans ce groupe d’âge. Un bilan moins lourd que celui engendré annuellement par l’influenza.

Pourtant, il s’est installé dans le reste du Canada un véritable discours de la peur face au retour à l’école, et le fait que le Québec soit l’épicentre canadien de la crise sanitaire a pour résultat de rendre moins crédible le choix d’un retour à l’école. Alors que dans le reste du Canada le discours est orienté vers l’anxiété des parents face aux périls d’une rentrée incertaine, au Québec, les autorités de la santé publique ont plutôt concentré leurs efforts sur les bienfaits et l’enthousiasme face à ce retour pour le moins attendu.

Depuis le début de la pandémie, un consensus semble émerger. Les bénéfices d’un retour à l’école, malgré l’incertitude, dépassent largement les nombreux ravages irréparables que peut causer l’absence prolongée de la fréquentation scolaire : retard de développement et du langage, maltraitance des enfants, précarité alimentaire, démotivation, problèmes de santé mentale, décrochage, toxicomanie, cyberdépendance, etc.

Voilà les véritables conséquences que pourrait causer une remise en question d’un retour à l’école dans l’éventualité d’une deuxième, voire d’une troisième vague. Le Canada n’a certainement pas besoin d’un affrontement Québec-Canada sur cette question et peut-être serait-il souhaitable de s’inspirer des politiques publiques du Québec en adoptant partout au Canada un discours bienveillant et rassurant sur ce retour à l’école.

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1 commentaire
  • Cyril Dionne - Abonné 5 septembre 2020 12 h 20

    La prévention a toujours meilleur goût

    Il faut le dire, ce qu’on appelle le reste du Canada dans cette lettre, eh bien, c’est de la gauche tonitruante dont il est question. Justin Trudeau ne voit pas d’un bon œil ce retour à l’école ou un retour à la normale puisqu’il en profite de cette peur pour ce faire du capital politique et faire pleuvoir des milliards avec de l’argent imprimé dont la valeur est assurée par des intérêts étrangers.

    Ceci dit, l’apprentissage ne sera pas au rendez-vous cette année tout comme l’année précédente et probablement celle de l’an prochain. On peut en douter très fort que les écoles ne seront pas fermées d’ici Noël à moins que le nombre de cas gravite vers le bas. Alors, pour offrir un avenir meilleur aux enfants, nous sommes en pause maintenant. De toute façon, ces conditions extraordinaires ne favorisent aucunement l’enseignement et surtout l’apprentissage. Pour cela, il faut avoir enseigné pour comprendre.

    Ce qui me fait sourire, c’est la question du port du masque. Il y a des fanatiques sur les deux côtés de l’équation et pourtant, nos récipiendaires de cette lettre semblent en proscrire le port à l’école. Bien sûr que cette approche « centrée sur le virus » aura des conséquences dommageables sur la concentration, les apprentissages et la socialisation des enfants. Il faut le dire, 98% des décès au Québec proviennent de la tranche d’âge des 60 ans et plus, donc on ne peut pas dire d’âge scolaire. Pour tous les autres maux scolaire, le retard de développement et du langage, la maltraitance des enfants, la précarité alimentaire, la démotivation, les problèmes de santé mentale, le décrochage, la toxicomanie, la cyberdépendance alléluia, eh bien, ils existaient bien avant notre cher coronavirus.

    C’est ce qui arrive lorsqu’on met tous nos œufs dans le même panier afin de découvrir un vaccin illusoire qui n’arrivera probablement jamais et lieu de se concentrer sur le lien génétique qui semble pourtant évident dans le développement de la maladie de la COVID-19.