Pour la création de l’Université internationale de la Francophonie

«L’Université internationale de la Francophonie pourra faire apparaître pour les universités québécoises le rôle fédérateur qui leur manque», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «L’Université internationale de la Francophonie pourra faire apparaître pour les universités québécoises le rôle fédérateur qui leur manque», écrit l'auteur.

Le ministre Jolin-Barette semble bien déterminé à faire un effort sérieux de redressement de la situation du français. Aura-t-il les appuis suffisants au sein du caucus de la CAQ et plus largement au sein du gouvernement pour mettre en œuvre des mesures qui permettront d’infléchir les tendances lourdes et de mettre le cap sur une voie mobilisatrice, stimulante et audacieuse ? Cela reste à voir. Les vents contraires vont souffler fort et les anathèmes en décoifferont sans doute plusieurs. Mais il ne sert à rien de s’en inquiéter, tout se déroulera de manière tellement prévisible…

Le français a besoin d’amour et de confiance. Il a surtout besoin d’audace pour lui donner la place qui lui revient, c’est-à-dire celle d’un espace élargi, attirant et prometteur. Autant dire qu’il faut que le ministre Jolin-Barette sorte du cadre provincial pour épouser les vastes horizons auxquels le Québec est en droit d’aspirer. Il lui faut poser un geste fort qui témoignera à la face du monde que notre langue est celle de l’invention de l’avenir, d’un avenir de convergence et de partage entre les peuples. Un geste d’audace pour dire notre attachement à une grande langue de civilisation. Pour apporter notre contribution à son enrichissement et à son rayonnement, ici et dans le monde.

La véritable réforme dont le français a besoin est celle qui établira le primat de l’initiative sur le repli défensif. Il faut témoigner de la confiance dans la force et la capacité portante du français comme moyen et matériau de construction de notre apport au concert des nations. Une proposition phare doit être lancée pour faire la preuve du sérieux du gouvernement du Québec.

La création de l’Université internationale de la Francophonie devrait inaugurer le plan de renforcement et de promotion du français. Le Québec possède un très riche bassin de compétences dans tous les domaines du savoir et dans ses nombreuses universités. Ses savants et chercheurs sont en contact avec nombre d’homologues dans la plupart des pays francophones. Il est temps de propulser ces collaborations dans un cadre institutionnel qui en dévoilera tout le potentiel et en élargira les possibles. Notre présence internationale s’en trouvera mieux affirmée. Notre contribution aux diverses instances de la Francophonie pourrait y trouver son axe le plus structurant.

Il faut songer à une université du XXIe siècle, une université surtout consacrée aux études de deuxième et troisième cycles, destinée à accueillir des étudiants et professeurs d e toute la Francophonie. Elle pourrait reposer sur un modèle apparenté au fonctionnement en consortium auquel les diverses universités du Québec seraient appelées à participer en y déléguant des professeurs, en y apportant leurs meilleurs programmes, leurs séminaires des plus hauts niveaux, etc. Son fonctionnement reste à inventer. Ce serait la première tâche d’un comité fondateur auquel devraient être associés les responsables de l’Organisation internationale de la Francophonie et des regroupements d’universités francophones. Ce comité devrait être présidé par la ministre des Relations internationales et de la Francophonie en collaboration avec la ministre de l’Enseignement supérieur.

À Montréal

C’est à Montréal, sur les flancs du mont Royal, que cette université devrait être implantée. Le bâtiment de l’ancien hôpital Royal Victoria devrait l’accueillir. Sa création procéderait de la nécessaire reconfiguration institutionnelle requise pour la pérennisation du français au pays. Plantée au cœur de la métropole, elle contribuerait à en faire le centre de gravité, à lui donner visibilité et force attractive.

Une institution phare témoignant de la force et du prestige du français donnera au centre-ville l’instrument qui lui manque pour affirmer et démontrer que le cosmopolitisme peut fort bien se décliner en français. Notre métropole a besoin de la puissance symbolique d’une telle institution. Des centaines et des centaines d’étudiants en provenance du Sénégal, du Maroc, de la Réunion ou d’ailleurs pourront côtoyer de jeunes Québécois et s’y former et mieux se connaître, alors que les meilleurs professeurs des universités de la Côte d'Ivoire, de la Suisse ou de la Belgique pourront y tenir des séminaires et y donner des cours aux côtés de leurs collègues de l’UQAM, de l’Université de Montréal ou de l’Université Laval.

L’Université internationale de la Francophonie pourra faire apparaître pour les universités québécoises le rôle fédérateur qui leur manque. Elle favorisera la mise en commun des ressources et l’optimisation des initiatives actuellement trop éparpillées et malheureusement trop souvent conduites en concurrence. Elle permettra une meilleure gestion des ressources de rayonnement et l’émergence d’une vision partagée qui pourrait éventuellement contribuer à l’enrichissement des politiques de soutien au savoir et à la recherche. La coopération entre institutions n’aura plus à souffrir de hiatus entre les priorités nationales et les projets internationaux.

La métropole du Québec est déjà un centre universitaire exceptionnel. Il faut renforcer sa vocation et améliorer sa position. La création d’une université de calibre et à vocation internationale ne sera pas sans d’importantes retombées économiques. Malmené par la crise sanitaire et ses impacts sur les perspectives de développement, le centre-ville pourrait bien trouver, avec l’apport de cette nouvelle institution, un moyen de relance pouvant contribuer à la mutation de sa vocation. […]

C’est grâce à l’audace de l’Université de Montréal qu’a été créée en 1961 l’Association des universités partiellement ou entièrement de langue française (AUPELF). Il faut savoir s’inscrire dans la continuité et s’inspirer des valeurs des innovateurs qui ont défié la peur en misant sur la fierté et la confiance.

C’est pour cela que l’Université internationale de la Francophonie devrait porter le nom de Jean-Marc Léger, un artisan de l’AUPELF et un visionnaire dont l’amour de la langue française a balisé tous les engagements.


 
14 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 3 septembre 2020 07 h 29

    L'idée ne me semble pas mauvaise! Voici mes questionnements en lien avec cette idée :

    1 - Si cette idée devait se concrétiser, Montréal est-il le meilleur endroit pour l'institutionnaliser (il y a déjà plusieurs universités dans la métropole et peut-être qu'il y a un besoin plus grand pour une telle institution - ailleurs - au Québec)? Si oui, est-ce une bonne idée de profiter de la création de cette université francophone pour diminuer le surfinancement de nos universités anglophones au Québec en décidant de franciser entièrement l'Université McGill (cette université deviendrait l’Université internationale de la Francophonie)?

    2 - Pourquoi faire de cette université une institution « surtout consacrée aux études de deuxième et troisième cycles »? Pourquoi cibler surtout le deuxième et troisième cycle? Voici deux hypothèses qui me viennent spontanément à l'esprit : Question d'attirer des professeurs francophones du monde entier qui n'aiment pas trop enseigner? Question d'appâter au Québec des intellectuels francophones en devenir du monde entier? Je ne comprends pas.

  • Jacques Patenaude - Abonné 3 septembre 2020 08 h 34

    Beau projet

    Très beau projet, ouvert sur le monde et sur l'avenir. Ça fait changement avec les discours fermés, passéistes, acrimonieux et revanchard qu'on lit trop souvent de la part des conservateurs-identitaire.
    Peut-être est-ce le début d'une sortie des barricades? Espérons-le.

    • Claude Bariteau - Abonné 4 septembre 2020 08 h 40

      Effectivement, ça sens le souffle et l'imagination, ce dont recèle M. Laplante en plus d'être un sagace analyste et un homme qui sait mettre les points sur les « i ».

      L'idée de base est de rapprocher les universités qui sont reconnues de langue française, mais sans l'être officiellement ce qu'a révélé M. Chevrier dans le dernier numéro d'Argument. Il faudrait peut-être, au préalable, que le gouvernement du Québec les institue des universités de langue française. Ce serait un pas dans la bonne direction. Quant à les rapprocher pour qu'elles se dotent pour mission commune de faire rayonner le Québec sur la scène internationale, ça m'apparaît le deuxième pas, qui aura pour incidence de créer un synergie entre elles et diverses universités sur la scène internationale en y renforçant la présence du Québec.

      Les bases seraient alors présentes pour imaginer une université de la francophonie avec des universités de langue française actives en Europe, mais aussi sur le continent africain.

      M. Laplante a conçu un projet d'envergure avec pour visée de créer un engouement pour la langue française dans un Montréal qui s'anglicise. Il faudrait d'abord franciser les universités et les cegeps du Québec et orchestrer des rapprochements entre les institutions de ces niveaux d'enseignements. La suite viendra, car il y aura des moteurs actifs en ce sens.

  • Cyril Dionne - Abonné 3 septembre 2020 08 h 34

    Comme me disait une personne de Montréal : « Thanks, but no thanks »

    Bon. Personne n’est contre la vertu et encore moins contre le renforcement et la promotion du français en Amérique ou plus précisément au Québec. Ici, on parle de chez nous et non pas d’ailleurs. Et avant de concevoir des plans grandioses, on pourrait commencer par refranciser « Montreal » au lieu de courir après des moulins à vent francophones.

    Ceci dit, pourquoi subventionner tout ce beau monde qui viendrait d’ailleurs? Surtout, qu’avons-nous en commun avec ceux qui parlent la langue de leur maître d’antan, les colonialistes français? Pardieu, qu’avons-nous en commun avec les étudiants en provenance du Sénégal, du Maroc ou de la Réunion à tous les points de vue à part d’une langue qui est dans leur cas, une d’assimilation? Pourquoi diriger cette université seulement pour les deuxième et troisième cycles alors qu’on sait que la plupart des jeunes francophones n’y sont plus?

    Est-ce qu’on n’a rien appris de la pandémie? En temps de crise aiguë, ce sont les frontières qui sont nos amis et ce multiculturalisme francophone qu’on espère voir ici est identique à celui perpétré par les Anglos du Canada et l’ancien empire colonial britannique dans le monde, jeux du Commonwealth obligent.

    Juste pour dire non merci. Nous voulons un pays, pas un empire néocolonialiste francophone.

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 septembre 2020 09 h 21

      «Personne n’est contre la vertu et encore moins contre le renforcement et la promotion du français en Amérique ou plus précisément au Québec. »?

      Je serais curieux de savoir quel est le pourcentage des anglophones et des allophones du Québec qui sont pour le renforcement de la langue française?

      « Nous voulons un pays, pas un empire néocolonialiste francophone. »?

      Ici, il est seulement question de créer une Université internationale de la francophonie qui va accueillir ceux qui le veulent bien. Nous sommes bien loin avec cette proposition d'un « empire néocolonialiste francophone ».

    • Cyril Dionne - Abonné 3 septembre 2020 11 h 41

      @ Boulanger

      Je n'ai aucunement parlé des anglophones et des allophones du Québec parce qu'eux favorisent l'assimilation au carcan anglo-américain. C'est pour cela qu'ils votent à plus de 90 ou 95% pour des partis fédéralistes, multiculturalistes et anglophones. En fait, la moitié de ceux qui votent pour QS, le 4% du 9%, sont des multiculturalistes et fédéralistes invétérés.

      Et non aux empires néocolonialistes, qu'ils soient francophone, anglophone, italien, espagnole, allemand, portugais, scandinave...

    • Gilles Théberge - Abonné 3 septembre 2020 12 h 31

      Quelle mouche vous a ...piqué monsieur Dionne ce matin ?

    • Jacques Patenaude - Abonné 3 septembre 2020 19 h 14

      Quelle mouche? la même que d'habitude l'intolérance.

    • Patrick Boulanger - Abonné 4 septembre 2020 12 h 18

      @ M. Dionne

      En lisant votre réponse il me semble que vous auriez dû écrire autrement le début de votre premier commentaire. Quoi qu'il en soit, je vous signale que QS est passé à 16.10% lors des dernières élections (et non 9%).

  • Bernard Morin - Abonné 3 septembre 2020 08 h 51

    Un projet audacieux qui mérite une séreuse analyse de faisabilité.

  • François Beaulne - Abonné 3 septembre 2020 09 h 59

    Excellente idée

    Cette initiative contribuerait à redonner au Québec l'image de dynamisme, de créativité et de rassembleur qu'il avait au sein de la Francophonie, image qui s'est quelque peu ternie au fil des décennies de gouvernance libérale. De plus, l'installation d'une telle institution à Montréal lancerait un signal fort que la métropole du Québec se veut un centre d'excellence de la Francophonie et que le gouvernement du Québec est déterminé à freiner l'érosion du Français qui la menace.
    L'idée est d'autant plus pertinente qu'il suffit de parcourir l'Afrique francophone pour constater l'attrait et le respect pour le Québec qu'entretiennent les populations et leurs dirigeants, filon qu'il est de notre intérêt collectif de cristalliser par des gestes concrets.
    En voici un qui peut faire rêver.