Macdonald et la revanche d’Hector-Louis Langevin

«Hector-Louis Langevin (1826-1906) n’est pas le créateur des pensionnats autochtones; les premiers pensionnats autochtones ont été ouverts en 1820, six ans avant la naissance de Langevin», écrit l'auteur.
Photo: Bibliothèque et Archives Canada «Hector-Louis Langevin (1826-1906) n’est pas le créateur des pensionnats autochtones; les premiers pensionnats autochtones ont été ouverts en 1820, six ans avant la naissance de Langevin», écrit l'auteur.

Le 21 juin 2017, Justin Trudeau a décidé de renommer l’Édifice Langevin et de le désigner dorénavant sous le nom de Bureau du premier ministre et du Conseil privé, sous prétexte qu’Hector-Louis Langevin aurait été « l’architecte des pensionnats autochtones » et qu’il aurait été à l’origine de la création du système des pensionnats autochtones, ce qui est parfaitement faux.

Hector-Louis Langevin (1826-1906) n’est pas le créateur des pensionnats autochtones ; les premiers pensionnats autochtones ont été ouverts en 1820, six ans avant la naissance de Langevin. Ces pensionnats relevaient de l’Église anglicane, et l’Église catholique attendra 30 ans avant d’en ouvrir de son côté.

Langevin n’était pas surintendant des Affaires indiennes quand ces pensionnats ont été érigés en système par le fédéral. Langevin a occupé ce poste pendant seulement un an et demi, du 22 mai 1868 au 7 décembre 1869, alors que l’Indian Act a été adopté en 1876 par le gouvernement libéral d’Alexander Mackenzie (et non sous John A. Macdonald) et que la décision de créer un système fédéral de pensionnats autochtones date de 1883 (soit 14 ans après la fin du mandat de Langevin aux Affaires indiennes).

En 1883, c’est Macdonald qui occupait les postes à la fois de premier ministre et de surintendant des Affaires indiennes. Pour ce qui est des pensionnats autochtones, sa responsabilité est entière.

Langevin est mort en 1906, alors que la fréquentation des pensionnats par les Autochtones a été rendue obligatoire quatorze ans plus tard, en 1920, et il n’est nullement responsable du fait que le système des pensionnats autochtones a duré plus d’un siècle, de 1883 à 1996. À ce titre, Jean Chrétien a une très lourde responsabilité, lui qui a été ministre des Affaires indiennes de 1968 à 1974 et qui a maintenu en place cet odieux système d’assimilation.

Bien qu’à aucun moment de sa vie Hector-Louis Langevin n’ait exercé la moindre autorité ministérielle sur un quelconque pensionnat autochtone, Justin Trudeau a choisi d’effacer son nom de notre mémoire collective. Or, Langevin est non seulement un Père de la Confédération canadienne, il est aussi bel et bien, avec George-Étienne Cartier, un des deux pères du fédéralisme québécois.

En effet, Langevin et Cartier ont été les deux seuls francophones à avoir assisté aux trois conférences qui ont donné naissance à la Confédération, dont les francophones représentaient 40 % de la population. À la conférence de Charlottetown, seulement 11,7 % des participants étaient des Canadiens français [4 / 34] ; à la conférence de Québec, ils ne représentaient que 12,9 % d’entre eux [4 / 31] et à celle de Londres, 13,3 % [2 / 15].

On aura compris que, lorsque Macdonald déclarait au sous-ministre francophone Georges-Auguste Gigault : « Vous êtes 40 % de la population et, si vous êtes unis, vous pouvez toujours faire respecter vos droits », il se moquait de lui, de nous et de la supposée démocratie Canadian.

De même, lorsque Justin Trudeau invite à ne pas toucher aux statues de Macdonald, grand responsable de la mise sur pied du réseau fédéral des pensionnats autochtones, après avoir lui-même effacé le nom de Langevin qui n’en fut aucunement responsable, il se moque de nous.

16 commentaires
  • Yvon Pesant - Abonné 3 septembre 2020 05 h 32

    Leçon d’histoire

    Et vlan! dans les gencives du petit PET.

    Merci, monsieur Tellier, pour cette leçon si bien servie.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 septembre 2020 15 h 32

      « Or, Langevin est non seulement un Père de la Confédération canadienne, il est aussi bel et bien, avec George-Étienne Cartier, un des deux pères du fédéralisme québécois ».

      Cette phrase est lourde de sens.

      Non seulement, ces deux députés se sont-ils associés au projet de la Grande Coalition, mais ont été, au sein de la section-est (l'ex-Bas-Canada) qui deviendra la province de Québec, les promoteurs de l'insertion du Québec dans le projet fédéraliste supporté par les conservateurs canadiens-français et canadiens-anglais de la section-est, mais aussi par le clergé et à l'encontre des opposants du Parti rouge, anciennement le Parti patriote, dont le chef demanda la tenue d'un référendum qui fut refusé par les membres de la Grande Coalition.

      Point important : ce projet fut réactivé par Londres et ses représentants en Amérique du nord après la défaite des Sudistes en 1864, qu'ils ont appuyés avec la promesse de lier l'est à l'ouest avec pour centre l'Ontario par un chemin de fer associant les colonies actuelles e futures issues de la transformation de territoires britanniques où vivaient des Autochtones et des métis et quelques entrepreneurs britanniques.

      Le Dominion créé, avec Riel, les métis et Autochtones du Manitoba créèrent cette province. Ils voulurent faire la même chose avec le territoire de la Saskatchewan. Le PM Macdonald eut recours au chemin de fer et à des milices pour mâter les hommes de Riel et, après un procès militaire, il fut condamné à la pendaison.

      Riel tassé, les terres occupées par les Autochtones et les Métis furent vite reprises pour les offrir à des colons britanniques. Quant aux enfants autochtones, on voulut les muter en blancs par les pensionnats sous contrôle religieux, ce qui était une pratique en cours depuis 1820.

  • Christian Gagnon - Inscrit 3 septembre 2020 05 h 34

    Bravo!

    Voilà la démonstration limpide que le bannissement du nom de Langevin sur cet édifice fédéral a uniquement servi à ce que la majorité anglo-canadienne préserve sa prétention de supériorité morale en attribuant l'établissement des pensionnats autochtones à un Canadiens-français. Comme chacun sait outre-Outaouais, ces "Frenchies"sont génétiquement enclins à verser dans le totalitarisme et la violation des droits individuels, alors que les Anglo-saxons, eux... Rappelons que c'est aussi un Trudeau qui, après avoir violé les droits fondamentaux (en particulier l'habeas corpus) de tous les Québécois en promulguant en 1970 la Loi sur les mesures de guerre, passa ensuite des années à se gargariser de beaux discours sur sa sacro-sainte charte canadienne des droits. Pourtant, l'article 23 de cette charte aura eu pour principal objectif de mettre en échec la Loi 101. Une chance qu'Ottawa est là pour protéger les Québécois contre eux-mêmes...

  • Robert Morin - Abonné 3 septembre 2020 08 h 17

    Très éclairant...

    ...merci! Les francophones ont malheureusement toujours le dos aussi large dans le ROC.

  • Denis Carrier - Abonné 3 septembre 2020 08 h 29

    Les «fakes news» à la Trudeau.

    Un gros merci à Luc-Normand Tellier pour rétablir la vérité. C'est apprécié.

  • Christian Gagnon - Inscrit 3 septembre 2020 08 h 32

    À quand les excuses de la reine Élizabeth II?

    Le 29 mai 2017, le premier ministre Justin Trudeau rencontrait le pape François dans le but de lui demander les excuses de l’Église catholique pour ses torts dans le dossier des pensionnats autochtones. Ô combien il était réconfortant pour la majorité WASP de voir son premier ministre pointer du doigt le pape au sujet du génocide culturel et des mauvais traitements subis par les autochtones dans les sordides pensionnats. Bien sûr, tout est la faute des Catholiques, s’empressera-t-on de conclure dans les chaumières du Rest of Canada. On pointera même du doigt Hector-Louis Langevin, ce providentiel bouc émissaire French Canadian qui, à titre de Superintendent-General of Indian Affairs en 1868-69, ne joua aucun un rôle dans la mise en place des honteux pensionnats. On en profitera même pour changer le nom de l’édifice Langevin à Ottawa. Cela est bien pratique pour oublier que ce sont d’abord et avant tout Macdonald lui-même et tous les membres anglophones de son gouvernement qui ont fait de ces indéfendables pensionnats leur politique officielle. Et que cela dura plus d’un siècle (20 ans de plus dans l’Ouest qu’au Québec). Or outre l’Église catholique, lesdits pensionnats ont été tenus bien auparavant par l’Église anglicane, l’Église presbytérienne et l’Église Unie du Canada. Et qui donc agit en tant que « papesse » de toutes ces autres églises? La reine Elizabeth II, chef de l’État canadien! Quand donc Justin Trudeau demandera-t-il à Sa Majesté britannique les excuses officielles de son Église pour les torts subis par les Autochtones canadiens? Jamais, au grand jamais, car la chose est politiquement impensable. Voilà ce qu’on pourrait appeler voir le pape qui est dans l’oeil du voisin mais pas la reine qui est dans le sien. Les Chrétien et Trudeau de ce monde ont compris depuis longtemps que pour devenir Premier ministre du Canada, il faut dire à la majorité anglaise ce qu'elle veut entendre. Pensons à l'opposition de Chrétien à la société distincte de Meech en 1990.

    • Claude Bariteau - Abonné 3 septembre 2020 15 h 44

      M. Gagnon, le PM Trudeau-fils ne pouvait pas ne pas savoir que l'église catholique du Canada « est une partie intégrante de l'Église catholique universelle sous l'autorité spirituelle du pape et de la Conférence des évêques catholiques du Canada » qui choisit son primat canadien, lequel est sous l'autorité de la royauté britannique. Aussi, en faisant cette demande au Pape, il s'adressait à la mauvaise personne, car ce dernier n'a aucune autorité sur les affaires autres que spirituelles de l'église catholique canadienne.

    • Loraine King - Abonnée 3 septembre 2020 21 h 14

      Monsieur Gagnon, concernant Elizabeth II, elle est uniquement Gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre. La couronne n'a aucune relation, p. ex., avec l'Église d'Écosse (presbytérienne) bien que la reine aille à la messe dans cette église lorsqu'elle est à Balmoral, en tant que simple paroissienne. Elle n'a aucun lien avec des églises hormis celle de la vieille Angleterre, ni elle ni ces ancêtres, et ce depuis, de mémoire, avant Jacques Cartier, aucun n'a eu autorité au sein d'une église autre que celle de la vieille Angleterre.

      L'église anglicane responsable dans le dossier des autochtone est totallement canadienne et indépendante de la couronne anglaise.

      C'est cela la grande différence. Vous êtes Québécois, donc de culture catholique, vous pensez pouvoir centralisé à Romne, pape et papesse, alors que les églises anglicanes sont gérées par des synodes, des corps législatif et administratif composé de membres du clergé et de laïcs élus. En passant, ce n'est pas le fruit du hasard que l'Église d'Angleterre fut la première église catholique à permettre l'ordination des femmes... ce qui fit un schisme dont on ressent encore aujourd'hui les soubressauts aux États-Unis (lire Jerry Falwell, si votre estomac est assez fort).

      Que Dieu protège la Reine!