La formation à distance, faute de mieux

«L’apprentissage est amoindri par un enseignement donné exclusivement à distance», soutient l'autrice.
Photo: John MacDougall Agence France-Presse «L’apprentissage est amoindri par un enseignement donné exclusivement à distance», soutient l'autrice.

J’ai entendu, comme vous, la question soulevée sur maintes tribunes en cette semaine officielle de rentrée collégiale et universitaire : les diplômes que recevront des étudiants qui vivraient l’ensemble ou la majeure partie de leur formation en mode « non présentiel », peu importe l’appellation prise par la formation donnée à distance, auraient-ils la même valeur que s’ils avaient été acquis au terme d’une formation donnée en classe, en présence d’un professeur ? L’apprentissage est-il amoindri par un enseignement donné exclusivement à distance ?

Et comme vous, peut-être, j’ai été quelque peu surprise d’entendre les recteurs, les professeurs et autres intervenants apporter des réponses plutôt vagues à cette question à laquelle la science a pourtant répondu déjà.

La réponse, sans équivoque, est non. La valeur d’une formation entièrement donnée à distance n’est pas la même que celle d’une formation donnée en présence d’un professeur. Alors oui, l’apprentissage est amoindri par un enseignement donné exclusivement à distance.

Pas nul, mais pas aussi riche

Ça ne veut pas dire qu’il soit nul, loin de là, mais il n’est pas aussi riche. Pourquoi ? Des formations ne se donnent-elles pas à distance depuis des décennies, pourtant, et n’ont-elles pas permis non seulement de démocratiser, dans une certaine mesure, l’enseignement supérieur, mais également de former adéquatement des professionnels dans divers domaines ? Oui, oui, tout à fait. On peut enseigner à distance, et on peut se former sans être assis dans une salle de classe et sans avoir un professeur à ses côtés. On le faisait très bien déjà avant l’actuelle pandémie. On a commencé à le faire dans tous les cégeps et universités de la province, et ce sera très bien aussi. Très bien, faute de mieux…

Une expérience humaine

L’apprentissage se fait parce que l’étudiant lit, consulte des documents, intègre les connaissances qu’il y trouve à celles qu’il possède déjà, fait des liens entre elles. Des exercices sont aussi proposés, à réaliser seuls ou en équipe, dont les membres se rencontrent virtuellement. L’étudiant peut alors échanger, valider sa compréhension des notions apprises, et tout cela contribue aussi à ses apprentissages.

Puis le professeur n’a pas disparu du processus éducatif ! Il est là, au bout de l’écran ou du téléphone, il peut présenter la matière, donner des exemples, poser des questions, susciter des réflexions, soutenir l’intérêt des étudiants, faire des blagues, raconter des histoires, faire tout ce qu’un professeur fait pour faciliter l’apprentissage de ses étudiants, mais sans être physiquement présent dans la même pièce qu’eux.

Alors oui, il y a bel et bien apprentissage, et celui-ci peut aussi continuer d’être évalué, mesuré, suivi.

En quoi est-il moindre alors, me direz-vous ? Il est moindre en ce que l’apprentissage est une expérience humaine qui ne se résume pas à l’intégration de nouvelles connaissances ni à leur mise en pratique dans un domaine donné. Apprendre, c’est plus qu’emmagasiner du savoir. Sans entrer dans le détail de toutes les théories de l’apprentissage, disons simplement qu’il existe un fort consensus moderne selon lequel l’apprentissage est une construction dont le résultat est un enrichissement de l’humain qui dépasse la somme des connaissances assimilées. Cet enrichissement dépend de divers facteurs, dont certains liés à la qualité de la communication et de la relation entre l’apprenant et son maître.

Plus encore, cette communication et cette relation facilitent non seulement l’acquisition de connaissances nouvelles, mais elles font également partie intégrante de l’apprentissage lui-même. Sont-elles réduites lorsqu’elles se passent par écrans interposés ? Bien sûr que oui, personne n’en doute.

Ni optimal ni complet

Alors voilà. Comme la communication et la relation se passent en partie dans le non-dit perceptible en présence de celui avec qui l’on communique et entre en relation, elles sont altérées lorsqu’on n’est pas en présence de cette personne. Il en va donc de même pour l’apprentissage réalisé par les modes d’enseignement sans contact physique.

En résumé, les étudiants qui suivent présentement leurs cours à distance par le biais des plateformes mises en place par nos cégeps et universités apprennent. Cet apprentissage a de la valeur. Mais il n’est ni optimal ni complet au regard de l’expérience que représente le fait d’apprendre. Il me semble que ça mérite d’être dit clairement et sans gêne, sans quoi on diminue tristement l’importance des relations humaines dans l’évolution individuelle et collective.

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