Faut-il hausser l’âge d’admissibilité aux régimes de retraite?

«[L]es nouvelles caractéristiques de l’organisation du travail — télétravail, automatisation de certaines fonctions, redéfinition de postes et restructuration d’entreprises — risquent de refaçonner le marché du travail de façon quasi permanente», prédit l'auteur.
Photo: Getty Images «[L]es nouvelles caractéristiques de l’organisation du travail — télétravail, automatisation de certaines fonctions, redéfinition de postes et restructuration d’entreprises — risquent de refaçonner le marché du travail de façon quasi permanente», prédit l'auteur.

L’impact de la COVID-19 sur le marché du travail se fera sentir pour des années à venir. Bien que la reprise économique soit bel et bien entamée, le « travail » tel que nous le connaissions avant le confinement a été profondément altéré par l’ensemble des mesures prises par nos gouvernements et nos entreprises pour lutter contre le virus.

De plus, force est de constater que plusieurs de ces nouvelles caractéristiques de l’organisation du travail — télétravail, automatisation de certaines fonctions, redéfinition de postes et restructuration d’entreprises — risquent de refaçonner le marché du travail de façon quasi permanente.

L’adaptation à ces nouvelles réalités s’impose pour tous les travailleurs, mais il y a lieu de s’interroger sur l’impact de ces changements sur les travailleurs qui approchent ou qui ont atteint l’âge d’admissibilité aux régimes de retraite. Dans certains cas, les travailleurs plus âgés choisiront une retraite anticipée plutôt que de faire la transition nécessaire ; dans d’autres cas, ils y seront poussés en raison des difficultés qu’ils pourraient éprouver à se replacer dans le nouveau marché du travail. Peu importe les motifs, la décision d’accéder aux prestations d’un régime de retraite à un plus bas âge peut avoir des répercussions importantes sur nos revenus à long terme. Il faut donc être prudent.

Planification

Dans un contexte de hausse constante de l’espérance de vie, le recul des pensions d’employeur à prestations déterminées accentue l’importance des rentes publiques et souligne la nécessité pour chacun de prendre les bonnes décisions pour maximiser ses revenus de retraite et faire face au risque financier associé à la longévité. La date à laquelle une personne décide de prendre la rente de la Sécurité de la vieillesse, du Régime de rentes du Québec (RRQ) ou du Régime de pensions du Canada (RPC) représente donc un élément important de la planification financière de la retraite.

Au Québec, plus de la moitié des travailleurs décident de prendre la rente du RRQ dès 60 ans, et ils sont plus nombreux à le faire que les autres Canadiens. D’un point de vue financier, est-ce véritablement l’âge optimal auquel on devrait prendre la rente ? Selon les résultats de nos recherches, rendus publics récemment par l’Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), il est effectivement avantageux pour plusieurs personnes — surtout des personnes seules ou ayant eu de faibles gains en carrière — de commencer à percevoir la rente à 60 ans. Mais beaucoup d’autres gagneraient financièrement à reporter la prise de la rente après cet âge.

Afin de minimiser les répercussions financières négatives de la retraite anticipée, l’Institut canadien des actuaires (ICA) a mis en avant une proposition en avril 2019 : hausser de 60 à 62 ans l’âge d’admissibilité au RRQ et au RPC tout en assurant que la rente à 62 ans soit la même que celle qui, dans le système actuel, est accordée aux personnes qui commencent à prendre leur rente à 62 ans. L’ICA indique qu’une telle hausse pourrait se révéler une option intéressante pour bonifier les rentes et assurer une sécurité financière additionnelle aux retraités. De plus, une telle hausse pourrait favoriser un report de la retraite et ainsi pallier la rareté de la main-d’œuvre.

Selon notre évaluation de cette proposition, la hausse de l’âge d’admissibilité aurait un effet positif sur le revenu de la plupart des ménages, quoique pour plusieurs l’effet serait négatif. Si on ne tient pas compte de la possibilité de recevoir de l’aide sociale, plus de la moitié des Québécois âgés de 60 ans bénéficieraient de la hausse de l’âge d’admissibilité ; dans l’ensemble, leur gain moyen, en valeur actualisée calculée à 60 ans (après impôts), pourrait s’élever à plus de 1000 $. Pour les personnes qui y perdent, comme celles qui y gagnent, la perte ou le gain moyen, selon le cas, se chiffrerait autour de 3000 $. C’est parmi les personnes seules que l’on trouverait le plus de perdants.

Compensations

Qui plus est, la proposition de hausser l’âge d’admissibilité au RRQ aurait aussi des effets sur les coûts d’autres programmes gouvernementaux. Les dépenses du gouvernement fédéral liées au Supplément de revenu garanti pourraient diminuer, alors que les dépenses du gouvernement du Québec pour l’aide sociale devraient augmenter. Même si le gouvernement n’intervenait pas pour compenser le revenu des perdants de la réforme, celle-ci entraînerait automatiquement une hausse des dépenses d’aide sociale. S’il souhaitait soutenir davantage les perdants, le coût serait bien entendu plus élevé que cette hausse.

Bien que la hausse de l’âge d’admissibilité puisse s’avérer bénéfique pour plusieurs de nos concitoyens, d’autres avenues moins coûteuses et controversées sont sans doute envisageables pour inciter les Québécois à reporter le moment où ils commencent à percevoir leur rente du RRQ.

Par exemple, modifier la présentation de l’information sur le report de la rente (changements déjà amorcés) ou mieux étaler la pénalité pour un début anticipé de la pension pourrait aider les futurs retraités à prendre de meilleures décisions financières pour faire face aux défis que pose la longévité.

9 commentaires
  • Simon Grenier - Abonné 31 août 2020 07 h 46

    Plutôt que de forcer les gens à rester sur le marché du travail, pourquoi pas prendre le problème par le bout inverse en améliorant plutôt les conditions de travail pour tous? Cela n'a pas à être nécessairement salarial, on sait maintenant que flexibilité horaire, semaines de travail réduites, travail indépendant (autonome), congés plus fréquents, télétravail et autres sont prisés par de plus en plus de gens - mais pas par tous! Modulons les charges sociales des employeurs - c'est-à-dire: changeons les lois du travail, de l'assistance-sociale et autres - pour que les employés à temps partiel ne soient pas "moins rentables" que ceux à temps complet et pour que les gens qui reçoivent x-y-z prestation ne soient pas pénalisés pour travailler une ou deux journées par semaine. Alouette, mettons le ministre du Travail à l'ouvrage et faisons preuve de notre beau pragmatisme.

    Adoptons un cadre plus flexible, rendons le travail attirant pour beaucoup plus de gens et laissons les gens épuisés, sinon brisés, par une vie de misère prendre leur retraite à 60 ans (ou avant?), histoire de souffler un peu pour la première fois de leur vie.

  • François Beaulé - Inscrit 31 août 2020 08 h 18

    Hausser l'âge de la retraite, une nécessité

    L'espérance de vie est très élevée au Canada alors que la fécondité est faible, particulièrement au Québec depuis près de 50 ans.

    Déjà depuis des décennies, des Québécois prennent leur retraite tôt, même avant l'âge de 60 ans. Des employés de la Ville de Montréal, d'Hydro-Québec, de Radio-Canada, des fonctionnaires et plusieurs autres quittent leur emploi après 30 ans de service, parfois âgés de moins de 55 ans ! Après avoir travaillé 30 ans, ils seront à la retraite pendant 30 ans ou plus !

    L'évolution de la démographie, le vieillissement de la population et le manque de main-d'œuvre ne permettent plus une retraite si hâtive. Les conséquences sont collectives et elles dépassent l'importance des revenus de retraite. L'intervention du gouvernement sera nécessaire pour corriger les inégalités déjà présentes et qui risquent de s'accentuer quant à l'âge de la retraite. Le pouvoir syndical pourrait être réactionnaire dans cette recherche d'équité sociale.

  • Luc Normandin - Abonné 31 août 2020 09 h 05

    Et pourquoi pas l’équité?

    Si l'argent manque, il ne manque pas partout.
    Taxons les fortunes, les multinationales, les GAFA, les héritages énormes, les gains en capital; imposons agressivement les riches, abolissons les paradis fiscaux.
    Quand cela sera fait, parlons des régimes de retraites des gens ordinaires...

  • Paul Gagnon - Inscrit 31 août 2020 09 h 06

    Question d'estime de soi

    Comme le dirait "Simon Grenier - Abonné 31 août 2020 07 h 46", il me semble qu'une heure de télétravail par jour c'est amplement suffisant. Plus, c'est risquer de «maganer» notre estime de soi.
    Appliquons le savoir faire des maternelles à nos lieux de travail.
    Une solidarité maternelle s'impose.
    Enfin!!!

  • Cyril Dionne - Abonné 31 août 2020 09 h 55

    Non!

    Faut-il hausser l’âge d’admissibilité aux régimes de retraite? Pour moi c'est un non catégorique. S'ils veulent se garder de l'argent dans le bas de laine de la Caisse de dépôt et placement du Québec, eh bien, celle-ci devrait être indépendante de toute manoeuvre politique. Ils devraient s’inspirer plutôt de Teachers’ en Ontario pour faire augmenter le fond de retraite des Québécois.

    Ceci dit, le gouvernement Legault, pour ne pas dire M. Legault, s’apprête à investir plus de 2 milliards de fonds publics d’ici 5 à 10 ans dans sa filière électrique. Devenez d’où proviendra l’argent dans cette affaire? C’est une question rhétorique. Oui, c’est pour faire des piles électriques au lithium. Et contrairement à ce qu’ils pensent, ce n’est pas le pétrole du XXI siècle, mais plutôt la prochaine catastrophe au point de vue environnemental au Québec. Est-ce qu’ils sont conscient de l’effet pollueur des batteries au lithium? J’en doute. Le lithium va de pair avec le pétrole sale de l’Ouest. Un autre éléphant blanc où s’engouffra l’argent des retraités québécois comme ce fut le cas avec le Cirque du Soleil et Bombardier.

    Misère, la CAQ est dépassée par les événements et elle n'apprend rien de ses échecs passés. On comprend maintenant leur gestion désastreuse dans l’histoire de la pandémie et leur 681 décès par million de population, un des taux les plus élevés au monde, 3e derrière le Pérou et la Belgique.

    • Réal Bouchard - Abonné 31 août 2020 23 h 01

      Mauvaise gestion sans doute, mais quand ta chaloupe prend l'eau et que la tempête se lève ,,,