L’avenir est prometteur pour les émondeurs à Montréal

«Est-ce que la gestion du patrimoine végétal montréalais doit être laissée à une autorité municipale à la vision électoraliste et à des gestionnaires de cimetières qui dégainent vite les scies à chaînes?» demande l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Est-ce que la gestion du patrimoine végétal montréalais doit être laissée à une autorité municipale à la vision électoraliste et à des gestionnaires de cimetières qui dégainent vite les scies à chaînes?» demande l'auteur.

J’observe depuis des années les arbres sur le mont Royal et ses cimetières ainsique dans l’arrondissement Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Cet été, plusieurs arbres n’arborent pas leur couvert de feuilles habituel. Certains sont partiellement défoliés ; d’autres, presque totalement.

En cherchant une explication à ce phénomène, j’ai constaté que la spongieuse européenne en était l’une des responsables. Cette chenille s’attaque sans distinction à plusieurs essences d’arbres : chêne, bouleau, érable, frêne blanc, peuplier, etc. Elle vient de terminer sa période de ponte et, considérant le diamètre important des masses d’œufs pondus sur des milliers d’arbres, l’on peut prévoir une éclosion importante l’an prochain, d’autant plus si l’hiver est clément et neigeux. Cette infestation sonnerait le glas de ces arbres déjà gravement affectés cet été.

Présente au sud de la frontière depuis la fin du XIXe siècle, la spongieuse européenne coûte actuellement 3,2 milliards de dollars américains par an en Amérique du Nord, d’après une analyse parue dans la revue scientifique Nature Communications. Ces chenilles ont dévoré un arbre sur trois au Massachusetts ce printemps et elles ont forcé Toronto à procéder à l’épandage aérien de biopesticides en pleine ville.

Or, les Montréalais sont déjà aux prises avec les dommages importants causés par l’agrile du frêne, qui hypothèque grandement le couvert végétal de la ville. En 2019, une année record pour l’abattage des arbres, près de 19 000 frênes ont été coupés. En faisant une promenade sur le mont Royal, on est frappé par le nombre d’arbres ceinturés de peinture rouge.

Aux abords des rues, déjà clairsemées par la coupe des frênes, il y a encore plusieurs arbres marqués d’un point rouge qui devront être abattus prochainement. Malgré la plantation de nouveaux arbres, qui ne semblent pas avoir un haut taux de survie sur le mont Royal, ce déficit végétal prendra des décennies à être comblé.

Fin de vie

De plus, les vieux arbres majestueux qui ornent nos parcs sont âgés et plusieurs sont en fin de vie, pourris de l’intérieur. Je réalise qu’ils ont été plantés en même temps et, le jour où il faudra les émonder pour des raisons de sécurité, les parcs risquent de ressembler à ceux que l’on trouve dans les nouvelles banlieues, avec une jeune plantation d’arbustes. Est-ce une incurie ou un manque de vision qu’il n’y ait pas de relève à proximité de ces grands arbres âgés ? Est-ce que le jour où l’arbre arrive en fin de vie la forêt meurt et disparaît avec lui ?

À ce défaut de prévoyance s’ajoutent, au cimetière Mont-Royal, les effets pervers d’un règlement municipal qui exige que l’on soit titulaire d’un permis d’abattage pour les arbres supérieurs à un certain diamètre. Par conséquent, une très importante superficie de jeunes arbres et arbustes de plus de 10 ans ont été rasés dans les dernières années, particulièrement l’an passé. Ce cimetière bordé d’arbres portant la mention « arbre remarquable » n’a pas, avec ce type de gestion, l’objectif de préparer une relève à ses arbres.

Je ne suis pas un spécialiste, mais je me questionne sérieusement sur la gestion des arbres à Montréal. Au contraire de l’agrile du frêne, que l’on ne peut observer de visu, les nids de la spongieuse sont facilement accessibles actuellement et, à ce stade, faciles à détruire, beaucoup plus que lorsqu’ils seront devenus des chenilles dévastatrices l’an prochain. À tout le moins, il me semble que si les gens étaient informés sur la spongieuse européenne, ils pourraient intervenir sur les arbres situés sur leur propre terrain en détruisant les œufs sur les troncs et les branches.

La Ville de Montréal ne devrait-elle pas déjà être à pied d’œuvre pour enrayer la spongieuse au lieu d’attendre et de se fier à l’historique des cycles d’éclosion de la spongieuse européenne, en espérant que le phénomène se résorbe de lui-même ? En supposant que nous soyons à l’aube de nouvelles statistiques inattendues causées par les changements climatiques, la spongieuse décimerait encore plus d’arbres que l’agrile du frêne.

De combien d’arbres sommes-nous prêts à faire encore le sacrifice ? Est-ce que la gestion du patrimoine végétal montréalais doit être laissée à une autorité municipale à la vision électoraliste et à des gestionnaires de cimetières qui dégainent vite les scies à chaînes au détriment de la végétation ?

Ne devrait-on pas envisager de signer des accords d’environnement durable aux objectifs clairement définis dans le temps pour protéger le couvert végétal des Montréalais et y inclure les superficies importantes des cimetières situés sur le mont Royal ?

Cela éviterait les conséquences néfastes de l’improvisation des maires et mairesses successifs… Quel est l’état de santé réel des arbres de Montréal compte tenu des changements climatiques qui favorisent la propagation d’insectes ravageurs ? Quelles doivent être les actions à mener maintenant et dans le futur pour protéger et faire croître ce patrimoine inestimable, qui, considérant les effets dramatiques du réchauffement climatique, est plus que jamais essentiel à la santé des Montréalais ?