Montréal 2050: lorsque la bulle remplacera le masque

«Les villes comme les individus vont devoir s’adapter, que ce soit à travers le confinement, en se couvrant le visage d’un masque ou en se mettant la tête dans une bulle», écrit l'autrice.
Illustration: ONF «Les villes comme les individus vont devoir s’adapter, que ce soit à travers le confinement, en se couvrant le visage d’un masque ou en se mettant la tête dans une bulle», écrit l'autrice.

Aujourd’hui, l’expérience interactive Bulle voit le jour. Elle a été créée il y a plus d’un an par huit stagiaires, étudiants à l’UQAM, aux studios interactifs de l’ONF dont j’ai fait partie. Cette œuvre, qui se projette en 2050, imagine un monde où rien n’a été fait pour freiner le réchauffement climatique. Une vision pessimiste diront certains ; nous préférons le terme réaliste.

Lorsque notre aventure à l’ONF a commencé, en avril 2019, on nous avait demandé de créer une œuvre sur la résilience de Montréal en matière d’environnement, d’imaginer notre résilience, notre futur. D’un commun accord, on voulait porter un regard optimiste sur notre avenir, aller à contre-courant de ce préjugé que « les jeunes sont fatalistes, ils exagèrent » lorsqu’il est question du réchauffement climatique.

Nous avions conscience que de se transposer en 2050 était une avenue délicate. Les projections environnementales sont multiples et nous voulions être le plus près possible de la réalité. Tout au long de ce projet, nous avons été guidés par notre désir de changer les choses, de réveiller ceux qui sont endormis face à la crise climatique. Un désir que plusieurs jeunes de notre génération partagent. On se sentait le porte-voix d’une génération fatiguée de hurler qu’il y a urgence. C’est pourquoi nous avons documenté notre avenir comme s’il s’agissait de notre présent. On ne voulait pas être comme les autres, comme ces jeunes pessimistes.

Nous nous sommes, entre autres, basés sur les rapports du GIEC et le soutien d’experts de l’Institut des sciences de l’environnement de l’UQAM. La théorie de la collapsologie nous a également servi de point d’ancrage.

Selon le Portail de collapsologie mis sur pied par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, théoriciens sur le sujet, la collapsologie « s’appuie sur les conclusions de nombreuses disciplines scientifiques pour comprendre et anticiper les dynamiques de déclin ou de chute des systèmes sociaux et écologiques qui pourraient provoquer la fin de la civilisation industrielle ». Elle s’appuie donc sur la prémisse que les bouleversements climatiques sont bel et bien réels et vont transformer radicalement le monde tel qu’on le connaît.

Ces recherches nous démontrent également que les événements climatiquesextrêmes sont peut-être extraordinaires aujourd’hui, mais qu’ils feront bientôt partie de notre quotidien.

Selon le climatologue Alain Bourque dans son article « Les changements climatiques et leurs impacts », « la hausse appréhendée de certains types d’événements météorologiques extrêmes a le potentiel de produire des impacts dont l’ampleur peut être aussi catastrophique que spectaculaire ».

Pensons simplement aux feux de forêt en Australie et en Californie, aux inondations à Sainte-Marthe-sur-le-Lac au printemps 2019 ou aux canicules répétées cet été. Il y a quelque chose d’apocalyptique à s’imaginer que ces catastrophes naturelles seront de plus en plus fréquentes. Or, les villes devront être transformées pour être résilientes face à ces bouleversements. Cela se passe même en ce moment ; l’agriculture urbaine, le verdissement des rues et ruelles et les haltes fraîcheur font partie des solutions mises en place depuis des années par la Ville de Montréal pour s’adapter à notre environnement changeant.

Nous croyons surtout que la résilience des villes face aux catastrophes passe par les individus. Il suffit de jeter un regard à la pandémie actuelle pour se rendre compte que nous dépendons de la coopération des citoyens pour survivre et qu’il y a toujours réticence.

Certains semblent davantage affectés par la violence d’être cloîtrés à la maison que par celle des bilans quotidiens dénombrant des milliers de morts. Est-ce que la situation sera la même lorsqu’il sera question de bouleversements environnementaux ? Verrons-nous ce même « je, me, moi » lorsque le bilan rapportera un nombre accablant de morts liées à la crise climatique ?

C’est pourquoi, lorsque les studios interactifs de l’ONF nous ont demandé de penser à notre quotidien en 2050, nous n’avons pu nous empêcher d’imaginer un Montréal affaibli, essoufflé et individualiste. C’est ce qui nous semblait être le plus près de notre réalité. C’est ce que la science semble aussi nous démontrer.

Le monde tel que nous le connaissons est en pleine transformation, qu’on le veuille ou non. Les villes comme les individus vont devoir s’adapter, que ce soit à travers le confinement, en se couvrant le visage d’un masque ou en se mettant la tête dans une bulle.

* Bulle a été cocréée dans le cadre du stage Jeunes pousses par Diana Aziz, Marianne Bourdages, Camille Foisy, Jonathan Gagnon, Louise Hammouda, Andréa Henry-Etesse, Marie-Blanche Rossi et Gabriel Turcotte-Dubé.

2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 29 août 2020 13 h 20

    La bulle

    On se base sur les rapports du GIEC dont la plupart ne comprennent pas les données empiriques et probantes qui en découlent. Personne dans ce groupe de jeunes n’est en sciences. Et en sciences, une théorie est un ensemble similaire d'explications, de notions ou d'idées sur un sujet précis, pouvant inclure des lois et des hypothèses, qui est le résultat de l'accumulation de faits provenant de l'observation, l'expérimentation, mais qui est toujours non prouvée, reproductible et non revue par les pairs. Pour la théorie de « collapsologie », on devrait s’en tenir plutôt à celle de l’entropie (le niveau de désorganisation, ou d'imprédictibilité du contenu en information d'un système) qui est omniprésente partout dans l’univers.

    Faire des raccourcis scientifiques comme dire que la fréquence des feux en Californie ont augmenté, c’est oublier qu’il y a 50 ans passés, cette région comptait moins de monde et d’habitations. Les feux de forêts étaient toujours aussi ubiquitaires mais on en parle plus aujourd’hui parce que ce sont des habitations qui s’envolent en flammes et non pas des arbres. C’est la simplification de phénomènes naturels qui est le pied d’Achille des changements climatiques. Idem pour Sainte-Marthe-sur-le-Lac parce que la municipalité a laissé construire des habitations en milieu inondable.

    Ce que je retiens surtout à la fin, c’est l’allusion à l’individualisme. Or, il n’y a pas de génération benjamines aussi individualistes que celles d’aujourd’hui. En fait, on devrait parler d’hyper-individualisme. Et cette liberté a été acquise par ceux qui sont venus avant eux.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 30 août 2020 13 h 24

    Visionnable sur le Web?!

    Pas moyen de voir votre documentaire dans mon navigateur Firefox! Sur quelle planète Internet vivez-vous, au fait?